mercredi 25 avril 2018

Soap magazines, dernier carré de la presse TV américaine


Sur le présentoir avant une caisse
dans un supermarché Publix (avril 2018)
La presse télévision américaine a vécu ; elle a été asphyxiée par l'abondance de télévision et par le développement d'outils de connaissance et de sélection électronique puis numériques, plus commodes, offerts d'abord par le câble puis le satellite, puis, enfin par Internet. Cela se termine par des applis. Netflix donne le ton du guide de la consommation de la télévision de l'abondance. L'ergonomie des guides électoniques ou numériques reste discutable ; la commande vocale est approximative... mais cela devrait progresser ! Dernière évolution : Netflix propose une appli pour des previews de 30 secondes...

Pourtant, une presse résiste discrètement qui reste en vente dans les supermarchés, une presse de magazines papier qui couvrent les soap operas (en plus de deux titres spécialisés). Plutôt people télévision : gros plans sur des acteurs, leur vie, leur vêtements... Récapitulation des intrigues (Storyline recaps), indications concernant les événements en cours (sneak previews). Tout ce qu'il faut pour suivre son soap favori.

Voici trois titres. Ils se ressemblent beaucoup : bimensuels, même format poche, 98 pages, même prix (4,99 $). Ils traitent des soap opera diffusés par les trois networks historiques (ABC, CBS, NBC), en début d'après-mdi (tranche horaire dite daytime). Très peu de publicité, surtout pour des produits VPC.
Les soaps constituent un genre télévisuel après avoir été un genre radiophonique ils témoignent d'un phénomène télévisuelet socio-culturel remarquable. Certains soaps ont une longévité étonnante. "Guiding Light" commença sa diffusion à la radio en 1937 avant de passer à la télévision en 1952 ; pendant une phase de transition, il fut diffusé à la radio et à la télévision et sa diffusion ne cessa qu'en 2009 (après plus de 20 000 épisodes - radio + télévision). Une chaîne spécialisée (câble et satellite) a existé entre 2000 et 2013, Soapnet (groupe Disney); elle se consacrait à la rediffusion de soaps.

Les soaps, c'est toute une culture ! Ils ont leurs fans, au premier comme au second degré (House, le fameux médecin de la série, est un de ces fans). Chaque soap suit les aventures et les querelles de familles établies dans une ville moyenne, meurtres, maladies graves, mariages, divorces... c'est qu'il en faut des événements pour qu'un soap puisse durer ! Du coup, il existe des Soap Trivia pour que s'y mesurent les spécialistes et fans (exemple), et de véritables addictions.

Les magazines traitent principalement de quatre soap opera :

  • "General Hospital" (GH), diffusé par ABC, compte plus de 14 000 épisodes ; il a débuté en 1953, c'est le plus célèbre. Elisabeth Taylor et Roseanne Barr (de "Roseanne") y ont été invitées.
  • "The Young and the Restless" (Y&R) est diffusé par CBS depuis mars 1973 et compte près de 12 000 épisodes.
  • "Days of Our Lives", co-produit par Sony Picture Television, a été lancé par NBC en novembre 1965. Plus de 13 000 épisodes.
  • "The Bold & the Beautiful" (B&B), sur CBS depuis mars 1987.



jeudi 19 avril 2018

Une vie de chat : mode d'emploi


miaou. La revue pour ronronner de bonheur, trimestriel, 170 p. , 10€ (une version "collector" est en vente en librairies pour 12,95€), Prisma Presse.

Tout pour le chat, et pour celles et ceux qui vivent avec. La naissance, les premiers jours, d'heure en heure ou presque ; l'odorat, la vue, l'ouïe, la perception des vibrations, parfaits pour les chats ; en revanche, leur sens du goût est limité (ce que ne dit pas la publicité TV, qu'ils ne regardent pas, de toute façon). Comment s'exprime le chat, quel est son langage corporel? Que disent ses miaulements, ses ronronnements ? L'inventaire du mode de vie des chats commencé dans ce premier numéro est à suivre. Passées les pages style de vie (du chat), nous trouvons une page gadget, un sujet d'histoire (le chat de Louis XV), un sujet documentaire (les chats dans un temple bouddhiste), des interviews, des photos de chats, des anecdotes sur les chats, des étiquettes avec des images de chat, des cartes postales avec des chats...  Et un dossier "Vivre dans la peau d'un chat".

Le chat, depuis l'Egypte antique, occupe une place particulière dans l'imaginaire et dans les maisons. De tous les animaux domestiqués, c'est le moins utile (il fut considéré comme "utile" en Egypte et il l'est encore dans les fermes, pour écarter les souris). Animal qui tient compagnie, bien obligé ! Le chat dont on parle dans le magazine vit dans les maisons et les appartements dont il ne sort guère, plus ou moins prisonnier. Terriblement "dhommestique", comme disait Jacques Lacan.
Le chat mène grande vie dans la BD, vie commencée dans la presse le plus souvent  : "Le Chat" de Philippe Geluck fait ses premières apparitions dans le quotidien belge Le Soir, le "chat du rabbin", qui parle et veut faire sa bar-mitzva (par Joann Sfar) fait ensuite une carrière au cinéma, Garfield (1978), chat dévoreur de lasagnes et téléspectateur grognon, commence sa vie dans un comic strip qui fut, en syndication, un succès de la presse quotidienne américaine. Tous ces chats sont plus malins que les humains. Comme dans La Fontaine, anthropomorphisme oblige, dont Miaou ne manque pas non plus. Méditatifs, philosophes, les chats ? Peut-être, c'est du moins ce que prétendaient Charles Baudelaire et Claude Lévy-Strauss...
Dans la presse française, on compte une centaine de titres et hors-séries publiés depuis une trentaine d'années. C'est un peu moins que les titres concernant les chiens, et c'est sans compter la presse animalière généraliste comme 30 millions d'amis (source : Base MM). On sait aussi le succès des photos de chats sur les réseaux sociaux et leur contribution aux travaux de reconnaissance d'images et de classification portant sur le distinction chien / chat (cf. la compétition lancée par Kaggle en 2013).

Miaou est un magalivre (magazine + livre) ou, si l'on préfère, un Mook (magazine + book) ; 85 000 exemplaires ont été mis en vente selon l'éditeur, Prisma Media. Le mook représente un nouveau format, plus livre que magazine ; on en compte de plus en plus parmi les innovations presse récentes. Distribution mixte, en librairies et points de vente presse, en attendant une hybridation numérique complémentaire, une appli ? "Bel objet", se vante Laura Stioui, l'éditrice du titre. Magazine robuste, agréable à consulter, qui peut trouver sa place partout, et même être rangé, sur une étagère. Et peut se garder longtemps : son contenu est intemporel, et tout public : la passion des chats est universelle, elle ne connaît pas d'âge, de générations, d'époques, de styles de vie ("les amoureux fervents et les savants austères", disait Baudelaire). Et pourtant, la passion des chats distingue les fractions de classe, comme l'avait bien vu Disney qui oppose les "aristochats" et les chats de gouttière... Sans doute, le positionnement de Miaou, quelque peu attrape-tout (famille, psychologie, féminin) mais délibérément non animalier (pas d'éthologie, etc.), serat-il amené à se préciser avec l'usage. "Culture chat" ! dit-elle, habile.

Signalons, pour compléter l'univers domestique des félins,
  • Tama, la chatte devenue chef de gare de Kishi et idole des voyageurs japonais
  •  neko atsume, un jeu video japonais de Sony Entertainment, appli pour smartphone lancée fin 2014. En attendant les chats, qui ne viennent que quand les joueurs ont éteint l'appli (ci-dessous).
  • CryptoKitties, un jeu pour ordinateur (Chrome, Firefox) fondé sur Blockchain qui permet de son nourrir un chaton, de vendre, de collectionner des kitties...
Copie d'écran du jeu neko atsume ("cat collection"), appli lancée en 2014

jeudi 12 avril 2018

Roseanne et sa sitcom se rejouent les élections américaines


Hier soir mardi, soirée TV, dîner avec "Roseanne". A 20 heures, sur ABC, juste après "Jeopardy". Pas terrible, cet épisode : une histoire de mère porteuse (gestation pour autrui) qui ne porte plus et qui comptait s'acheter un chien avec la récompense. La commanditrice de l'enfant escompté, mère intentionelle, reprend l'œuf de Fabergé qu'elle avait offert à la mère porteuse. Quel humour... Plus tard, à 9 heures, la série "Black-ish", c'était moins déprimant, une histoire de chien. Un enfant, grâce à de très bonnes notes à l'école (straight As!) a gagné d'avoir un chien. Ses parents lui avaient promis, confiants dans ses habituelles mauvaises notes. La promesse est compromise car le père est décidément contre. Débat familial, campagne électorale, vote : le fils gagne l'élection grâce au swing vote de sa petite sœur... Beau joueur, le père rapporte un chien à la maison, tout blanc. Sitcom sympathique, comédie filmée avec une seule caméra, sans public (Warner Bros., 22 mn).
Entre les deux séries, au milieu, une autre série "The Middle" (middle class, middle age, etc.) ; mais les écrans publicitaires pour les voitures ainsi que le décalage horaire m'ont vaincu : j'ai somnolé.

Revenons à "Roseanne", la sitcom (21 mn). Elle est enregistrée en direct, ce qui nous vaut les ricanements du public invité. C'est le succès de la saison télévisuelle. Inattendu. Comme l'élection de Donald Trump aux présidentielles. Roseanne, l'actrice comme le personnage, ont voté Trump et en sont fièrs (cfRoseanne et son partenaire interviewés lors du talk show de Jimmy Kimmel) ; sa sœur a voté Clinton. Débat dès les premiers épisodes : la série ne craint pas la controverse.
Le monde de "Roseanne" est un monde modeste (working class, blue collar), sans "distinction", celui d'une partie de l'électorat, mésestimé, sous-estimé. La famille Conner habite dans le Mid-West, Rust Belt, terre électorale de Donald Trump : désindustrialisation, chômage, difficulté lancinante à joindre les deux bouts (Roseanne conduit un taxi pour Uber). Bob Dylan a déjà tout dit de cet univers. "Roseanne", c'est le retour du refoulé, et la nostalgie : revival, reboot, dit la presse. Un monde normalement absent de l'univers télévisuel américain, où règne l'aisance sociale, surgit en plein prime-time. "Misère du monde" télévisuel.

Pour les séries, il y a donc une vie après la mort. Vingt ans après sa mort, la série est de retour. Elle fut à l'antenne de 1988 à 1997, sur ABC déjà. Si possible, on a repris les mêmes acteurs, pour sa onzième année, renouvelée par ABC Disney, en mars 2018. Les audiences sont bonnes, nombreuses (25 millions de téléspectateurs, beaucoup de 18-49 ans, key demo pour les annonceurs), et encore, c'est sans compter le streaming d'ABC, la rediffusion du dimanche et celle de Hulu. Le Président a félicité Roseanne pour ces audiences. Selon Samba TV, une plateforme d'analytiques TV, la série sur-performe dans les régions de vote Républicain et parmi les téléspectateurs de Fox News.
Anticipation des prochaines présidentielles ? La TV ne fait sans doute pas l'élection (question éternelle pour le grand oral de Sciences-Po) mais elle l'explique peut être mieux que les politologues (cf. Oprah élue bien avant Obama).

lundi 26 mars 2018

Koï : l'Asie, proximité du lointain


Koï, 100 pages, bimestriel, Magazine de société des cultures asiatiques, bimestriel, 5,9 €. Abonnement : 30 €

"Koï" drôle de nom pour un magazine ! "Koï" signifie carpe en japonais, poisson dont on raffole en Asie et connu pour remonter le courant. Tout un programme.
Lancé en septembre 2017 au terme d'une opération réussie de crowdfunding (KissKiss BankBank), Koï traite des cultures asiatiques en France. D'abord, soulignons le pluriel, non exhaustif, et, ensuite, le fait qu'il ne s'agit pas d'exotisme, mais de cultures établies en France, parfois depuis longtemps. L'Asie, si lointaine, est proche !
Koï traite logiquement de la deuxième génération, intégrée. Loin de tout "communautarisme", prendre les questions de l'immigration par l'intégration ? "Deuxième génération. Culture fusion : ils sont le trait d'union entre tradition et modernité", titrait le N°1 qui consacrait un article aux "Cambodgiens de France".
Quelle est l'ambition culturelle du magazine ? Faire comprendre, faire valoir par touches légères, les cultures de grandes régions d’Asie en France : Chine, Viet Nam, Japon, mais aussi Thaïlande, Indonésie, Singapour "ville jardin du futur", Laos.
Cuisine et gastronomie, bien sûr, BD, cinéma, musique, urbanisme, tourisme, médecine. Présentation des fêtes et de leurs rituels : fête du Têt au Viet Nam, Nouvel An khmer, Hanami au Japon, Nouvel An lunaire en Chine (chunyun, 春运), fête chinoise des morts (Qing Ming, 清明)… Un soupçon d’exotisme mais pas trop. Volonté de faire découvrir, aimer ces cultures par un grand public non averti mais curieux. Donner envie d'y goûter, de lire, écouter, voir...
Koï ne craint pas d'être parfois utilement didactique : à propos du vocabulaire, de l’explication du symbolisme des fêtes, etc. A quand des approches des langues asiatiques, tellement stimulantes pour les francophones (décentrement), trop peu présentes dans les établissements scolaires et universitaires français, obsédés par l'anglais ? On trouvera dans le magazine des articles sur le Cambodge, la jungle et les éléphants ; sur la pâtisserie française revue par Mori Yoshida, un chef japonais qui donne sa recette du "Beige", un entremet séduisant ; sur les aromates asiatiques, les chocolats... Quelques pages de publicité bienvenues, en affinité, enrichissent le contenu éditorial... Koï présente également un agenda culturel et littéraire bien meublé. 

Au-delà d'un exotisme bon enfant, notons un article poignant sur les agressions racistes dont sont victimes, en France, des personnes d'origine ou d'allure asiatique, agressions qui n'ont pas - pas encore ? - attiré la solidarité méritée. Agressions, insécurité ne peuvent qu'augmenter les difficultés vécues par les immigrations asiatiques et nuire à l'intégration, et même au tourisme (cf. le travail doctoral de Simeng Wang (Illusions et souffrances. Les migrants chinois à Paris, Editions Rue d'Ulm, 2017). Sociologiser, c'est désenchanter mais c'est aussi dénoncer en énonçant.
Il y a déjà, en France, beaucoup de magazines traitant de l'Asie, la plupart sont spécialisés : s'adressant aux fans de culture japonaise (cf. Médias du Japon en France : animes, mangas et jeux vidéo), des magazines traitant de la Chine, de la K-pop... Koï, en revanche, qui se veut généraliste, occupe une place originale en visant le grand public mais aussi l'Asie en France. Pour se dépayser tout près de chez nous, car la Chine, le Viet-Nam, la Corée, c'est un peu ici aussi. Une partie de la richesse de ce pays, de son "patrimoine". Koï, introduction à l'Asie en France.

vendredi 23 mars 2018

Netflix : modèle économique. A propos d'une série coréenne sur les présidentielles


"Président" est une série coréenne qui traite des élections présidentielles, des primaires surtout. Deux classes de personnages sont suivis et mêlés par l'intrigue, l'entourage politique devant partager son pouvoir avec l'entourage familial du candidat. L'entourage familial du candidat est compliqué, bien sûr, série oblige (enfants adoptés, fils non reconnu). Le candidat est un père, sévère bien sûr, celui qui manque et celui qui décide, pater familias. La relation père / fils est au centre de l'intrigue, teintée de culture confucéenne. Quelle place pour l'épouse ; elle est Professeur d'université, née d'une famille riche, et ambitieuse... Conseillère du futur président, "première dame" ?
Les entourage politiques partisans sont dévoués et roués, carriéristes et un peu pourris si nécessaire : ne faut-il pas gagner à tout prix ? La réflexion morale rôde : peut-on faire de la politique sans avoir "les mains sales" ? Les partis politiques n'en sortent pas grandis.
En arrière-plan, dramatique, omniprésente, on perçoit l'histoire récente de la Corée depuis l'occupation japonaise : les dictature successives (Park Chung-hee, etc.), la tout-puissance économique et politique des conglomérats industriels (chaebols), les classes laborieuses surexploitées, les manifestations et insurrections étudiantes, leurs violentes répressions, les camps de travail, etc.). Dans les discours électoraux et professions de foi, le téléspectateur coréen saisit certainement beaucoup d'allusions politiques qui échappent aux téléspectateurs étrangers qu'apporte la couverture internationale de Netflix.
La série, reprise par Netflix, compte 17 épisodes ; elle a été diffusée en 2010-2011 sur la chaîne KBS - TV2. Le hasard (?) a voulu qu'en même temps soit programmée par une chaîne concurrente une série portant également sur l'élection d'une présidente ("Dae Mul", sur SBS).
L'importance des séries étrangères et notamment asiatiques (K-dramas) et hispaniques ne doit pas être sous-estimée : Warner Bros. a lancé DramaFever dès 2009, service de VOD consacré aux séries étrangères ("international televised content") qui compterait plus de 3 millions de téléspectateurs par mois.
"Président" fait partie des séries conçues pour un  marché national auxquelles Netflix donne une nouvelle chance sous la forme d'un exposition internationale non anticipée (nous avons déjà rendu compte de telles séries : Rita, Argon, Misaeng, "When Calls the Heart, "Cheasapeake Shores", IRIS, White Nights, Midnight Dineretc.).

Quelles caractéristiques distinguent sur ce point Netflix des opérateurs traditionnels ?
  • Netflix s'avère de plus en plus pourvoyeur de fiction internationale, plurilingue (80 langues). Ainsi, Netflix occupe une position originale sur le marché de la fiction et du cinéma, c'est une sorte de monopole international. Exemple : en  Grande-Bretagne, les 16-24 ans regardent davantage Netflix que l'ensemble des supports de la BBC (cf. The Guardian).
  • Par-delà de publics nationaux monolingues qui ne supporteraient que la télévision nationale, Netflix s'adresse à une population non américaine, jeune, qui a pu bénéficier d'une éducation internationale (apprentissage de langues étrangères, stages à l'étranger, tourisme, etc.) et ce d'autant plus qu'elle a bénéficié d'une formation post-secondaire européenne (Erasmus, etc.). L'étranger ne la déroute pas, au contraire, et l'ouverture d'esprit international s'impose dans les formations et les recrutements. Les frontières culturelles s'estompent.
  • Au-delà de l'achat de l'acquisition de séries existantes, dont certaines ont parfois échoué lors de leur diffusion nationale, les productions nouvelles, exclusive, conçues par Netflix s'amortissent sur un marché de plus en plus large. L'idée qu'il faille adapter au public national les fictions étrangères en les tournant à nouveau s'avère, en comparaison, une solution fort onéreuse et ne vaut guère que pour le marché américain ("Homeland", sur Showtime, reprenant une série israélienne, "The Good Doctor" sur ABC, reprenant une série coréenne, "Jane the Virgin", The CW, s'inspirant d'une telenovela vénézuélienne,  etc.). A terme, Netflix finira par dissoudre les marchés nationaux dans un vaste marché international. Il ne restera aux acteurs strictement nationaux que la ligne Maginot des réglementations.
  • Les séries étrangères reprises par Netflix ont été conçues en visant une audience nationale, elles ne sont pas (encore) dépouillées des traits nationaux, gardant ainsi le bénéfice de leur étrangeté, pour les téléspectateurs. En revanche, les fictions financées dès l'origine par Netflix anticipent déjà des cibles supra-nationales. 
  • Le sous-titrage donne accès à un nouveau type de consommation, requérant plus d'attention visuelle que ne peuvent compenser des dialogues son incompréhensibles. Nouveau mix de perception audio-visuelle. Par conséquent, la question des langues devient essentielle pour Netflix qui connaît un besoin considérable de sous-titrage (des milliers de combinaisons de langues). Le sous-titrage est plus qu'une traduction, c'est aussi une adaptation : rendre compréhensible une série étrangère à une cible imaginée. Le sous-titrage doit emprunter aux techniques développées pour les sourds et mal-entendants. Traductions à mi-chemin entre ciblistes et sourciers.

vendredi 16 mars 2018

Cord-cutter, cord nevers ? Le malaise des abonnés américains


L'enquête de TiVo auprès des abonnés à la télévision payante (depuis 2012) semble indiquer que les désabonnés (cord-cutters) au câble ou au satellite (MVPD) ne se réabonnent plus (cord-nevers). Cord-cutter un jour, cord-never toujours !
Les téléspectateurs américains ont de bonnes raisons de se désabonner : d'abord, le prix élevé de l'abonnement (un tiers d'entre eux paie plus de 100$), ensuite la qualité croissante de l'option alternative : antenne + streaming.
L'antenne pour capter la télévision terrestre donne accès à la réception gratuite des principales chaînes commerciales nationales (networks), à la télévision publique (PBS) et aux stations locales de la région (DMA). Donc aux séries du moment, à l'information, notamment locale, et surtout aux événements sportifs (football, baseball, basket, jeux olympiques). Une étude de Park Associates (mars 2018, cf. infra) confirme cette tendance et précise que 20% des abonnés haut débit (broadband) utilisent désormais une antenne terrestre, équipement en progression régulière ces dernières années.
Ensuite, pour qui en veut d'avantage, il y a le streaming, donc Netflix et, de manière secondaire, Amazon et Hulu, tous trois en hausse constante ; pour le streaming du sport, Facebook, Amazon et NFL.com prennent une place significative. Plus des deux tiers des répondants (68,2%) utilisent un service de streaming à la demande (SVOD), 54,8% utilisant Netflix, 25,6% amazon, 16,7% Hulu, 8,5% YouTube TV.
Pour les désabonnés, Netflix est plébiscité (83,3%). 
Retour de l'antenne terrestre : Netflix + antenne terrestre, nouvelle formule de base pour la télévision ?

Le mécontentement semble se stabiliser mais les intentions de changement (déclarées) restent élevées : désabonnement, et désir insistant de ne s'abonner qu'aux quelques chaînes qu'ils regardent (mini bouquet, skinny bundle). La demande de télévision à la carte est presque unanime (81,3%), le bouquet mensuel idéal se réduisant à 24 chaînes à 1,5 € pièce soit 36 $, les chaînes les plus demandées étant A&E, Discovery, Food Network, AMC. Cette demande correspond d'ailleurs à la structure et au prix des bouquets proposés depuis peu par les MVPD virtuels  (Hulu Live, YouTube TV, etc.).
Comment trouver ce que l'on cherche ? Le papier, c'est fini, ou presque. A côté du programme électronique, s'installe la commande vocale (voice search) ; elle est déjà présente dans un foyer sur quatre mais elle n'est utilisée que  par 14%, en hausse toutefois. Malgré tout, les amateurs de sports se plaignent de ne pouvoir trouver aisément des programmes sportifs qu'ils recherchent. Les assistants vocaux, smart speakers, présent chez 21% des répondants, n'aident pas, pas encore du moins.

Sources :
  • Q4 Online Video and Pay-TV Trends Report. L'enquête trimestrielle porte sur 3 330 abonnés à TiVo aux Etats-Unis et au Canada. L'échantillon est représentatif de la population de 18 ans et plus. Marge d'erreur : 2%.


mercredi 14 mars 2018

Distribution du cinéma aux Etats-Unis : Movies Anywhere


Les distributeurs de Movies Anywhere auxquels 
s'ajoute FandangoNow (Comcast) depuis mars 2018
Movies Anywhere, lancé en octobre 2017 par Disney, soutenu par la plupart des studios hollywoodiens, semble en voie de réussir.
S'agit-il encore une contre-attaque, d'une alliance contre Netflix ?
Ensemble se retrouvent Pixar, Marvel Studios et Lucasfilm (Walt Disney) avec Sony Pictures Entertainment, Twentieth Century Fox Film, Universal Pictures et Warner Bros. Entertainment. Un guichet unique pour 7500 films téléchargeables à l'aide d'une appli via iTunes (Apple), Vudu (Walmart), Google Play et amazon. Deux absents notoires, pour l'instant : Paramount Pictures et Lionsgate (qui termine l'acquisition du bouquet TV, Starz). Pas d'abonnement, paiement à l'unité ("No subscription fee. Ever").
FandangoNow, qui appartient à Comcast, a rejoint Movie Anywhere en mars 2018.

Movie Anywhere n'est pas la première tentative du genre ; en 2011, UltraViolet l'avait précédée, que n'avaient soutenu ni Disney, ni Google, ni Apple, ni Amazon. UltraViolet a pourtant annoncé 30 millions d'utilisateurs en juin 2017. FandangoNow reste membre de UltraViolet.

L'accès à Movies Anywhere peut s'effectuer à l'aide des principaux streamers : Roku, Apple TV, Chromecast, iPhone, Amazon Fire, Android TV, etc. Les clients peuvent y retrouver les films qu'ils ont achetés en DVD ou disques Blu-ray ; ils peuvent ainsi constituer et rassembler leur librairie en un seul point ("Your Movies, Together at last", clame le slogan de Movie Anywhere). C'est le fonctionnement de iTunes Match pour la musique.
Cinq films gratuits sont offerts lors de l'inscription.

"Movies Anywhere", "TV Everywhere", streaming : aux Etats-Unis, la relation au cinéma et à la télévision est désormais universalisée : partout, n'importe où (pas nécessairement dans les salles, fût-ce de séjour), tout le temps, 24/7. Les technologies de distribution (dont ATSC 3.0) ont ébranlé puis effacé les anciennes contraintes de la linéarité (lieux, horaires) : finies les chaînes et les grilles, la télévision se libère !

mercredi 7 mars 2018

Suisse, débat sur la redevance et sur le secteur public de radio télévision


No Billag ? Non. Une votation a eu lieu en Suisse le 4 mars 2018 à propos de la redevance TV. Finalement, démentant les sondages, 71,6% des votants demandé le maintien la redevance qui finance la SSR (Société Suisse de Radiodiffusion et télévision). Une longue et dynamique campagne hostile à la redevance ("No Billag") a eu lieu, commencée fin 2015. Le référendum d'initiative populaire a été organisé suite à une pétition recueillant 100 000 signatures.
Billag est l'entreprise suisse qui perçoit actuellement la redevance obligatoire, redevance assise sur la possession de tout appareil de réception, y compris le téléphone portable et l'ordinateur ; la redevance s'élève à 451 Francs suisses par an (392 € ou 481 $). Bientôt, elle devrait baisser un peu pour les personnes et augmenter pour les entreprises...

No Billag ? Non mais... Au-delà du résultat, l'important est surtout qu'il y ait eu débat, que la redevance n'aille plus sans dire, que le principe même d'une radio-télévision publiques puisse être discuté. "Démanteler le service public", accusent les uns, refuser des "médias sous perfusion publique", se défendent les autres. "La SSR est tout sauf une vache sacrée", rappelle en arbitre le rédacteur en chef de la Tribune de Genève (19 février 2018), elle n'est plus intouchable : le débat reviendra et la SSR doit l'anticiper avec des réformes drastiques.
Le débat reviendra aussi dans d'autres pays d'Europe. Aux Etats-Unis, où pourtant il n'y a pas de redevance mais un versement volontaire, l'idée et l'existence même d'une radio-télévision publique sont discutées. Le Danemark vient de supprimer la redevance (mars 2018), la Wallonie (Belgique) l'a déjà supprimée...

En Europe, les secteurs publics de radio et télévision ont été conçus et mis en place dans un monde de médias de papier dominants. Des décennies avant la télévision commerciale (c'est l'inverse aux Etats-Unis). Leur vocation était culturelle et éducative, sans publicité aucune. Quel rôle concevoir aujourd'hui, pour la puissance publique nationale, en matière d'information et de divertissement, dans un univers numérique où triomphent sans partage des réseaux sociaux américains (YouTube, Facebook, LinkedIn, Twitter, Snapchat), un moteur de recherche américain (Google), la vidéo payante américaine (Netflix, Amazon), la radio payante internationale (Apple, Spotify) ?
Parmi les arguments des défenseurs de la radio-télévision publique, la défense des cultures nationales a été essentielle ; les artistes suisses, les organisateurs de manifestations sportives, le cinéma suisse ont été mobilisés... Quels moyens d'action sont aujourd'hui les plus appropriés pour défendre les cultures nationales, si du moins elles doivent-elles être défendues ? Quel secteur public construire pour développer la démocratie, renforcer les libertés ? La radio-télévision commerciale d'Etat est-elle encore un levier adéquat ? Les médias, tous les médias, ne devraient-ils pas être indépendants de l'Etat ?
La votation suisse invite à y penser, à douter, à remettre en chantier cette institution. On ne peut plus ne pas se poser la question. Question qui est du même ordre que celle qui concerne l'école publique, elle aussi bouleversée et affectée jusqu'en ses racines, par la numérisation.

Ce n'est qu'un début, continuons le débat !
En Suisse et ailleurs, le débat se poursuivra et son centre se déplacera, passant de la notion de radio-télévision publique à la notion plus large de médias publics. Car la presse aussi participe du service public d'information générale et de divertissement, l'affichage numérique urbain (DOOH) de plus en plus... L'information ce n'est pas seulement le débat politicien, électoral, c'est aussi la consommation, les modes vie, les loisirs et la presse magazine y joue un rôle important.
Qu'en pensent les plus jeunes générations qui ont mieux intégré la culture numérique et qui sont plus friandes de médias numériques étrangers que de télévision nationale, et qui réclament en Suisse le droit d'affecter les 450 CHF de la redevance aux médias de leur choix ? Avec Netflix et YouTube, la télévision n'est plus pour ces générations une affaire d'Etat.

La grande peur que No Billag a provoquée dans le cinéma suisse

lundi 5 mars 2018

Eduquer aux médias à l'école ? Contribution à un débat


Eduquer aux médias à l'école ? Qui peut oser y trouver à redire ? A première vue, l'idée semble tellement évidente et généreuse. Pourtant cela ne manque pas de surprendre car, pour s'en tenir à l'essentiel, il semble que tout ce qu'il faut pour comprendre les médias soit déjà enseigné à l'école (ou devrait l'être) :
  • Les langues. Car les médias, c'est les langues (dont le français, discipline primordiale). Plus d'une langue, le plus tôt possible, c'est indispensable pour l'entraînement à la communication.
  • L'esprit critique et le bon sens (la logique). Distinguer l'opinion de la science, le croire du savoir, le certain du probable. Interroger la fabrication des faits car "les faits sont faits". Réfléchir au mode de production et de diffusion des contenus, à leur mise en forme, leur économie. Cela relève encore des langues et de la sémiologie, "science des signes dans la vie sociale". 
  • Les statistiques et leur limites : calcul, mathématiques (dont automatisation et algorithme). Corrélation et causation, sondage, précision, marge d'erreur...
  • L'économie de la consommation dont relèvent marketing et publicité.
Le reste est affaire de spécialisation ultérieure (enseignement professionnel, post-secondaire).
Les vertus que doit inculquer une éducation aux médias sont celles que doit transmettre toute éducation générale ; elles relèvent de l'esprit scientifique et de la logique qui s'acquièrent en sciences et en langues.
Les médias et la publicité sont partout, ils composent l'air que l'on respire. Par conséquent, il ne faut pas d'enseignement spécialisé aux médias mais une sensibilisation partout, à chaque occasion. L'école a déjà tellement à faire ! Dotés d'esprit scientifique, les élèves sauront l'appliquer aux médias qu'ils fréquentent.

Une seule solution sérieuse pour l'éducation aux médias : renforcer et renforcer encore l'enseignement obligatoire et les disciplines essentielles. L'éducation aux médias s'en suivra sans peine. Ne rien ajouter, il y en a déjà trop.

Contribution à un débat...

vendredi 2 mars 2018

"Suits" : costumes sur mesure et procès en série


D'abord le jeu de mots, "Suits", les costumes, l'uniforme des cadres au bureau, où l'habit fait le moine ; "Suits", les procès. Significative et féconde polysémie que l'on perd à la traduction. Le titre initial était plus clair, mais tellement monosémique : "A legal mind" (une tournure d'esprit juridique).
Et le bingeviewer attend la "suite", évidemment ! L'action se passe à New York ce qui nous vaut de superbes - mais nombreux - plans de coupe sur les gratte-ciel de Manhattan et les lumières de la "ville qui ne dort jamais".
La série a été lancée en 2011 par USA Network, chaîne qui appartient à NBCU / Comcast. "Suits" en est à sa septième saison et la réalisation d'une huitième saison a été décidée en janvier 2018, longévité exceptionnelle pour une série. De plus, Netflix allonge cette longévité en (re)diffusant la série (en lieu et place de la syndication ?).
Le lieu et les acteurs : un cabinet d'avocats d'affaires qui a réussi, dirigé par Jessica, brillante et belle, secondée par un senior partner, brillant et beau. Bureaux somptueux, chauffeurs, luxe ostentatoire : il faut impressionner ses clients et ses adversaires. Rivalités, jalousies, ambition, blessures d'enfance, manies, problèmes éternels qui s'entremêlent avec des questions dont on parle à la une des médias : harcèlement sexuel, startups, capteurs, mensonges, vie privée, etc. Chaque procès, chaque client gagné par l'équipe est prétexte "for a party" : Champagne ! Le nom même de la société, avec le nom des associés, est un enjeu de luttes internes... Comme dans la publicité. La huitième saison verra l'arrivée de l'actrice Katherine Heigl (ex. "Grey's Anatomy").
Une assistante juridique (paralegal), qui n'est pas donc (encore ?) avocat, effectue les recherches ("grunt work") pour les avocats, avec talent. Elle rêve de Harvard Law School (HLS), alma mater de tous les avocats du cabinet (capital social commun d'héritiers !), HLS est d'ailleurs le fil rouge de l'intrigue.

Il faut être américain pour apprécier toutes les subtiles distinctions de cet univers, il faut juriste pour en suivre des joutes vocales souvent liées à la procédure, qui diffère de la procédure française.
De "Mad Men" à "Suits", se dégage une structure narrative constante, dans la composition, dans les décors, les styles de vie de rêve... Tout fait penser à l'émission "The Good Wife" ou à  "Mad Men" ; on est seulement passé de l'agence de publicité au cabinet d'avocats d'affaires, les gammes de personnages se ressemblent, les rôles aussi et les intrigues qui mêlent vie privée et vie professionnelle. Les premiers rôles sont élégants, avec application, conformément aux critères de la mode du moment, au point que la série semble par instant un défilé de mode (démarches stylisées de mannequins, etc.)... Une combinatoire des personnages est mise en place ; les liens se nouent en réseau, se dénouent et se renouent d'épisode en épisode... Galerie de portraits ou tableaux d'une exposition. Un peu de "comédie humaine" ! Les personnages ne cessent d'échanger des références et allusions complices à des séries TV (intertextualité généralisée). Un personnage de "Suits" dira, à propos de Downton Abbey :"I'll netflix it" (saison 2), comme l'on dit "I'll google it". A la manière de Google, Netflix a donné naissance à un verbe ! Netflix aussi "is your friend ! Mesure de son succès auprès des internautes.
Un spin-off est annoncé à partir du personnage de Jessica qui quittera le droit pour la politique à Chicago. La série fera également l'objet d'un remake pour la télévision coréenne (KSB2). Sous le titre de "Avocats sur mesure", "Suits" est diffusée dans les pays francophones depuis 2013-14.

N.B. On ne peut pas après, avoir suivi ces avocats et paralegals s'épuisant, épisode après épisode à analyser des dossiers de M&A, ne pas mentionner les outils d'intelligence artificielle (lawyer-bots) capables d'accélérer l'analyse des documents juridiques (cf. Contract Intelligence ou Casemine par exemple). Ce qui changera tout dans cet univers professionnel, et les intrigues de la série car Mike, le personnage principal, se distingue par une mémoire éidétique (photographique) qui lui permet de traiter d'énormes dossiers rapidement ! Ou de les anticiper, comme le propose Text IQ...

Copie d'écran de la chaîne USA Network (novembre 2017)

mardi 27 février 2018

Connected TV is the thing this year!


A long time ago, in 1952, Dina Washington was singing 'TV is the thing this year...". Connected TV (CTV) now seems to be the thing this year. American TV is going digital. Linear was great, but now it's out of date... There are many names for connected or advanced TV: CTV, OTT, IPTV. You name it! It is, simply said, television programming delivered via over-the-top devices, via streaming.
Here are the main trends we can observe. Because this is not a disruption but rather a progressive adaptation.
  1. Despite what has been said, Americans are not cord-cutters; on the contrary, they are willing to subscribe and pay for TV. They just do not want to subscribe anymore to traditional TV. More and more of them cut the cord which used to attach them to the TV set. Some of them, from a younger generation, do not even bother to start a subscription: cord-nevers! They go directly to Netflix, which is but another cord! They often do not even own a TV set. On one hand, Americans unsubscribe from cable and satellite TV, on the other, they subscribe massively to Netflix and, to a lesser extent, to Amazon Prime Video or Hulu. For Netflix, they pay 10 US dollars/month (which is, by the way, what Europeans already pay as a TV tax). Netflix is proof, on a very large scale, that people are ready to pay for TV, but they do not want commercial interruptions. They want to choose their own schedule: primetime is whenever they want it to be and they often binge watch. Connected TV is on-demand. Before Netflix there was no alternative to commercial TV (besides PBS), now there are many, and behaviors are changing.
  2. TV is less and less a household device; it is becoming something personal, available on many devices. 
  3. When households subscribe to traditional TV, instead of huge packages, they prefer skinny bundles. "Cord shavers"! Skinny bundles are less expensive and better suited to their taste, especially if they do not want to pay for expensive sports programs (major sports events are for free on the local stations that carry networks). Of course, "cord shavers" may well soon become "cord cutters"...
  4. Finally, to survive in what is becoming a Netflix world, traditional TV groups develop their own over- the-top programming (OTT), standalone streaming service. Instead of selling their programs to Netflix, as they first did, they sell directly to consumers (DTC): streaming, this is the new Disney strategy. New networks are launched (cf. chart below) and many are in the works. The consumer can choose to receive advertising or not: with advertising, it is less expensive (CBS All Access: $10 without commercial, 6 $ with). Advertisers will follow viewers on commercial OTT platforms. The new OTT supply expands the TV market. Low churn, high engagement... For some TV companies, like CBS, OTT is becoming a key driver.
  5. TV Everywhere: cable or satellite subscribers can access the programs they subscribe to anywhere, on any digital device (smartphone, computer, tablet). They can go from one device to another, they just need to identify themselves with their personal code (single sign-on). See also Movies Anywhere by Disney.
  6. In addition to the traditional MVPDs, one notices the development of virtual MVPDs (cf. Hulu, a new business model for MVPDs). It seems that in some cases (DirecTV for instance) what virtual MVPD subscribers gain offsets the loss of traditional subscribers. Globally, MVPD basic video subscriptions decline while their broadband subscriptions increase. Statu quo ante bellum!
But there's more! ATSC 3.0., the new television standard, will make all broadcasting stations digital (and the programs they carry) and their reception multi-screen.


OTT TV supply from traditional TV groups + YouTube Red by Google (March 2018)

Commercial TV had to change. It is losing audience and time to Netflix, not to mention programs. Furthermore, competition also comes from social networks (YouTube, Snapchat, Facebook), especially when it comes to sports programming or news (cf. TicToc News on Twitter).
Being connected, television can break free of most traditional constraints: linearity, regular periodicity, dayparts, commercial pods interrupting and cluttering the viewers' experience, simplistic targeting, prime time: all these notions are henceforth irrelevant and obsolete.

Once digital, TV will act more or less like the web: a TV world managed by data. Consequently, one can expect programmatic buying and selling, measurements with all the ensuing problems (so-called "quality" metrics: brand safety, fraud, viewability, audibility). Digital companies will be able to target according to past and recent behaviors, location, etc.. Will we thus see the end of demographics? There will be the possibility for recommendations (personalization). N.B. Netflix is using a recommender system (algorithms, machine learning techniques) not audience ratings. Connected TV is becoming addressable: one can target different ads at different TV viewers on a one-to-one basis. Therefore, TV measurement has to move from GRP metrics and panels (this is still Nielsen's business model) to data: Nielsen provides various kinds of measurement for digital TV (Social Content Rating, Total Rating Content), but mostly sticks with the GRP.
There are more than 50 million OTT TV households in the USA (out of a total of 120 million TV homes). But measurement should take into account all devices, not only TV sets, in which case the number of OTT persons is much bigger (this would be almost everyone).

mercredi 21 février 2018

La Corée des adolescents. Magazine et plateforme d'échanges


K ! WORLD. Le mag des stars coréennes, Bimestriel, 5 €, 80 pages. L'abonnement (30 €) inclut deux livres.

Le numéro s'ouvre par un édito qui tutoie les lecteurs. Le ton de complicité est donné. K ! World vise un public de fans de K-pop et de dramas, adolescent(e)s pour la plupart.
La une du premier numéro (janvier 2018) célèbre Kim Jonghyun, le chanteur du groupe (boyband) SHINee, qui s'est suicidé à 27 ans. Dépression. Un article couvre les funérailles de la star, le magazine publie sa lettre d’adieu en coréen avec la traduction française. Un poster est encarté en hommage de l'idole. 
L'essentiel du magazine est consacré à la K-pop et à leurs groupes stars. Une page donne même un modèle très simplifié de lettre en coréen pour s'adresser à son idole. Viennent ensuite des pages mode et beauté, deux pages de cuisine, puis des pages de calendrier.
Interviews d'acteurs du drama "The Package" ; la série, diffusée par la chaîne jtbc, met en scène le voyage d'un groupe de touristes coréens en France.
Puis, le magazine présente sa plateforme Fanfi K!, une plateforme d'écriture en ligne, qui permet de poster des fanfictions (fanfics) ou des Role Plays (RP), de rechercher parmi des fanfictions postées par d’autres, d'échanger (cf. infra). Une sorte de réseau social spécialisé, bien délimité.
Pas encore de publicité, à l'exception d'un publi-reportage sur des romans K-world. Deux pages de jeux dont une de mots croisés.
L'ensemble est délibérément ésotérique si l’on ne participe pas de cet univers. Volonté d'être entre-soi que symbolise la présence sympathique de l'écriture coréenne, sans toutefois d'ambition didactique dans ce premier numéro.
Le magazine constitue une porte d'entrée, étroite, dans la culture coréenne mais sans évoquer les conditions de production de cette industrie musicale, l'exploitation scandaleuse de ses stars par des talent management agencies aux termes de contrats plus que léonins (dits "slave contracts", tout un programme !). La K-pop est un "univers impitoyable" dont le suicide de Kim Jonghyun est un tragique et récent symptome. Le magazine ne perdrait rien à évoquer l'enfer que masquent les apparences iréniques de la K-pop.
La K-pop comme les dramas (séries TV) constituent une composante majeure de la vague coréenne (hallyu) sur laquelle surfe K! World ! La présence en kiosque du magazine - merci à la loi Bichet - lui apporte une première visibilité, une vitrine pour déclencher l'abonnement mais l'essentiel, et le modèle économique, se trouvent sans doute dans la plateforme numérique interactive gratuite. Presse hybride donc.


Références
Kim, Yo-jin, "K-pop stars punished by unfair contracts", The Korea Times, December 5, 2014.
MediaMediorum,
    Hallyu : Netflix dans la vague coréenne avec "IRIS" et "White nights"
    Misaeng, la gestion dans une entreprise coréenne vue par une série TV

vendredi 16 février 2018

Rita, une série TV à l'école du Danemark


"Il y a quelque chose de pourri dans l'Etat du Danemark", dit-on dans HamletSomething is rotten in the state of Denmark », 1, 4). Et, selon "Rita", série télévisuelle danoise, ce quelque chose, c'est l'école grand public, école pour tous. Cela se passe au Danemark mais pourrait bien être situé en France ou ailleurs, dans une zone urbaine que l'on dit défavorisée, ou rurale qui se dépeuple.
Les séries télévisées se sont emparées de l'hôpital (ER), de l'agence de publicité (MadMen), de l'information télévisée (Argon), du cabinet d'avocat d'affaires (Suits), de la grande entreprise multinationale (Misaeng)... Avec "Rita", le lieu principal de l'action, c'est l'école publique, obligatoire, fondamentale, primaire, selon les pays. Les élèves ont de 4 à 16 ans.
Rita, c'est l'institutrice. La quarantaine, divorcée, mère de trois enfants, sympathique, souvent fatiguée, fumeuse à tous crins, militante de l'éducation. "Inconformiste", féministe naturellement, elle est peu portée aux compromis et à l'hypocrisie sociale. La solitude s'empare d'elle progressivement ; ses enfants partent où leur vie les mène, ses amis et amants aussi. On dirait du Brecht parfois : Rita, mère de famille "indigne" ("unwürdige") et "mère courage" ? Rita finira par retomber dans son enfance et ses drames, qu'elle a tenté de refouler. Peut-on échapper à son enfance ? Rita, dont l'enfance et la scolarité furent douloureuses, est évidemment en empathie avec ses élèves ; elle semble d'ailleurs ne pas vouloir devenir adulte. Utopie. "Famille, je vous hais", le mot d'André Gide (Les Nourritures terrestres) pourrait servir d'exergue à la série que l'on peut aussi voir comme une cure pychanalytique...

D'épisode en épisode, la série passe en revue les problèmes que Rita rencontre, l'homosexualité de son fils, la dyslexie de sa fille, le décès de sa mère. A l'école, Rita est confrontée à la stigmatisation des élèves en difficulté : hyperactivité (ADHD), autisme, syndrome d'Asperger... Difficultés sociales aussi : enfants de milieux pauvres, de familles plus ou moins dysfonctionnelles. Tout espoir de salut est placé dans une éducation scolaire alternative, dans une pédagogie non conventionnelle inspirée de Montessori, Freinet, Makarenko peut-être, fondée sur la coopération, les méthodes actives, l'auto-apprentissage, l'expression libre...
La critique porte tour à tour, et simultanément, sur les comportements parentaux, sur l'administration locale, la hiérarchie scolaire, le sexisme ordinaire. Tous les acteurs de l'éducation en prennent pour leur grade. Mais la série dresse des portrait d'enseignants, d'abord enthousiastes, dévoués puis découragés, résignés, souvent coincés, impuissants, entre les autorités scolaires et les parents d'élèves.
Tout y passe des événements de la vie scolaire : les tests, les poux, les fêtes pour collecter un peu d'argent, la drogue, les difficultés de l'adolescence dont les héros sont issus de YouTube et du football professionnel, la banalisation de la pornographie, les graffitis... Série réaliste, qui désenchante l'image sociale d'un quelconque modèle scandinave. "Rita" montre l'universel derrière le singulier danois.

La série, diffusée par la chaîne danoise TV2 dès 2012, avait déjà acquis quelque notoriété quand Netflix l'a reprise, co-produisant la suite, à partir de 2015. Au total, la série compte 32 épisodes. A la dernière saison, la série s'essouffle un peu, la psychologie introspective et l'invraisemblable l'emportant.
Avec "Rita", Netflix s'avère l'indipensable pourvoyeur et moteur de télévision pluri-nationale (avec sous-titres), dépassant l'horizon des chaînes nationales. Positionnement enviable. ARTE ?
Un spin-off a été développé à partir du personnage d'une institutrice, collègue de Rita, également peu conventionnelle, "Hjørdis", avec Netflix encore (2015). "Rita" a été adaptée en français par TF1, en 2015, "Sam".

N.B. Pour des points de vue complémentaires, voir le post sur le blog de Caroline et l'article de Mat Whitehead, sur BuzzFeed Australie.
L'uniforme de Rita, jeans, plaid shirt, talons hauts, blouson. Voir la série sur le site de TV2.

vendredi 9 février 2018

T-Mobile and Layer3 challenging "old cable"


Although we observe a trend towards concentration among MVPDs, the advent of a new one should attract our attention. Cord-cutting might not be inevitable.
Layer3 TV is a new cable operator based in Denver (Colorado). Proclaiming itself "The New Cable", it has launched in the Chicago, Los Angeles, Dallas and Washington, D.C. and Denver DMAs; it is soon to be in New York as well. Layer3 TV wants to attract households "tired of old cable", cord-cutters. Among the investors in Layer3 are SeaChange, Altice USA (inherited from Suddenlink).
For $89 / month, Layer3 uses only 4K-capable boxes (boxes include a DVR). A very big and less expensive bundle (over 250 channels), with a promise for better customer service.

"Enjoy TV EveryWhere": with TV EveryWhere enabled, subscribers using their TVE credentials can access many channels, such as A&E, ABC, AMC, BBC America, CBS Sports Network, CMT, CNBC, Comedy Central, Discovery, ESPN, Fox, Fox News, Fox Sports, HBO Go, HGTV, Epix, Hallmark Drama, History,  Insight TVLifetime, MTV, National Geographic, Nasa TV (4K version), NBC, Nickelodeon, Syfy, Telemundo, Tennis Channel, The Smithsonian Channel (4K version), etc. Layer3 TV also includes Xumo in its set-top box, along with Pandora, iHeart, YouTube apps, and Shop by Remote, an interactive TV app from HSN. 

Some say that Layer3 TV might be the number 4 MVPD, with 13 million subscribers. It remains to be verified! Layer3 TV seems to primarily target high-end subscribers: the box, designed by DesignWorks (a BMW company!), integrates Alexa (amazon) for voice control and incorporates social and music streaming media as well.
Layer3 TV management hopes subscribers will switch TV providers. And what about virtual MVPD?

In December 2017, T-Mobile has acquired Layer3 TV ($325 million) and says it "is coming to TV with Layer3 TV technology" (cf. infra, screenshot of the website). Will T-Mobile offer OTT services and "change the cable & satellite TV game for good"?


samedi 3 février 2018

Les mois de la presse : saisons, événements



Cette statistique des nouveautés presse papier porte sur plus de 38 500 nouveaux titres publiés en France (sont pris en compte les titres en circulation depuis 1990 ; les hors série ne sont pris en compte que depuis 2003). Elle inclut toutes les périodicités, tous les titres payants ou gratuits ; seules en sont exclues - et c'est peut-être dommage - les très nombreuses publications consacrées aux jeux (mots croisés ou fléchés, sudoku, scrabble, etc.).

Octobre l'emporte : c'est la rentrée dans une nouvelle année (scolarité, emploi, politique, prix littéraires, etc.). Vendémiaire, était le premier mois du calendrier républicain. Mois des vendanges, et des "marronniers" aussi ! La presse enfants et celle de la décoration, la presse de la cuisine également préparent dès octobre les fêtes de fin d'année. C'est aussi le mois de la chasse, des champignons, des nouveaux modèles automobiles (salons, guides d'achat)...
Juin est également un mois favorable à la presse, avec beaucoup de hors série, comme juillet : sans doute, est-ce l'effet des manifestations sportives populaires, des périodes d'examen (le bac, ses sujets, ses corrigés !), de la proximité des grandes vacances d'été, des plages ensoleillées (presse pour enfants, voyage, beauté-mode, etc.) ?
Août, en revanche, n'est pas favorable aux lancements : fermeture de nombreux points de ventes, faible actualité prévue...

Pour les innovations en presse, ce sont les événements prévisibles, réguliers qui comptent surtout, (salons, prix, rentrées, fêtes, saisons, anniversaires). Ainsi, 2018 verra fêter le centenaire de la fin de la Première guerre mondiale (Clémenceau), le cinquantenaire de 1968 (assassinats de Martin Luther King, de J.F. Kennedy), le vingtième anniversaire de la victoire française lors de la Coupe du monde de football, le quarantième anniversaire de la mort de Claude François... Les anniversaires peuplent ainsi régulièrement la thématique "histoire". Forcément, l'imprévisible est traité après qu'il ait eu lieu (hors série pour célébrer des célébrités récemment décédées, des victoires sportives, etc.). Seuls les médias audio-visuels et le Web peuvent traiter l'événement en temps réel.
Reste à la presse la possibilité de créer ses propres événements : le Tour de France (lancé par Le Vélo puis L'auto, 1903), suivi du Giro en Italie (lancé par La Gazzetta dello Sport, 1909), la Fête de l'Humanité (1930), le Critérium du Dauphiné Libéré (1947), le cross du Figaro (1961) ou le Festival Historia (février 2018)... Certains événements durent depuis plus d'un siècle et sont devenus des institutions nationales, d'autres n'ont vécu que quelques décennies. La plupart sont des événements ponctuels et relèvent d'une stratégie promotionnelle (cf. le cas du Financial Times selon Ian Burrell).

La presse dans MediaMediorum, entre autres :

dimanche 28 janvier 2018

Au temps des Pentagon Papers et du papier roi : "The Post"


Titre original du film: "The Post" (en France, "Pentagon Papers", 1 heure et 55 minutes).
Nous n'évoquerons ni l'histoire que raconte Steven Spielberg, ni Meryl Streep dans le rôle de Katharine Graham, Présidente inattendue du quotidien de Washington, actrice aujourd'hui en guerre avec la Maison Blanche ; nous ne discuterons pas non plus la véracité, l'exhaustivité des faits... D'autres le font parfaitement.
Nous nous en tiendrons à ce que le film fait voir de l'histoire de la presse, au spectacle de la fabrication et de la distribution des journaux avant l'informatique, avant le smartphone, avant le web, avant Google. Notons encore que Katharine Graham fut l'une des premières femmes à diriger un journal, d'abord sous-estimée, bien sûr, et dont l'action s'avère décisive, ce que le film évoque, subtilement.

L'action du film se déroule en 1971. The Washington Post, bientôt centenaire (1877), entre en bourse (NYSE, juin 1971). 40 ans plus tard, il est racheté par l'actionnaire d'Amazon (2013) et, depuis, numérisé à marche forcée pour épouser son temps et sortir du rouge.
Retenons du film de Steven Spielberg les images documentaires de ce qu'était la presse avant le numérique.
  • Lourdeur de la fabrication : l'encre, les grands formats, les machines à écrire et les téléphones des salles de rédaction, le bruit des machines qui font tout trembler (lynotypes, rotatives). Labeur de l'imprimerie... Gutenberg n'était encore pas si loin.
  • Lourdeur de la distribution : les paquets de journaux que l'on ficelle avant de les charger dans des camions, de les placer dans les distributeurs (vending machines)...
  • Lourdeur de la documentation : "Paper" est à prendre au pied de la lettre car les "Pentagon Papers", ce sont 7000 pages dactylographiées, non numérotées, qu'il faut transporter dans des cartons (en première classe) et explorer, analyser à la main. Ce travail passerait aujourd'hui par des algorithmes de machine learning et de NLP, après lecture automatique (OCR).
En 1971, la TV américaine était encore au second plan des médias, malgré le célèbre "CBS News" de Walter Cronkite. C'est la presse qui décide de l'actualité (agenda setting function) ; elle constitue alors l'essentiel du quatrième pouvoir (cf. David Halberstam, The Powers that Be, 1979, livre de journaliste...). Bientôt ce sera Watergate (1972), apogée de la presse d'investigation...
Aujourd'hui, en revanche, la Une d'un quotidien ne fait plus la Une de l'actualité. Autres temps, autres médias. La presse n'"accuse" plus guère...
Le film traite aussi de la collusion entre les patrons de presse, les cadres des entreprises de presse, les journalistes et les gens du pouvoir (mondanités, amitiés, voyages, parties, dîners, etc.). Collusion dangereuse pour l'honnêteté de l'information, qui conduit à mettre sur un même plan l'actualité people (mariages, etc.) et une actualité politico-militaire, chaque jour plus dramatique.

mardi 23 janvier 2018

After viewability here is audibility


After its viewability standards, widely accepted by the profession, the Media Rating Council (MRC) is publishing the audibility requirements for advertising and editorial content, audio streaming and progressive-download on any Internet connected device (but not on AM/FM over-the-air digital broadcasts). Audits and accreditations of measurers will follow the establishment of these audio measurement standards. MRC validations help advertisers to choose their advertising media and decide on which metrics to base planning, monetization and invoicing.

Definition 1. What is an “Audio Ad Impression”?  
  • The ad must be played with a digital audio player "in an unmuted state and at a nonzero volume" (whether browser or in-application environment).
  • The ad must be filtered for Invalid Traffic Detection and Filtration (following MRC Guidelines) ; Sophisticated Invalid Traffic Detection is strongly encouraged and is required for audience metrics.
Definition 2. What is an "Audible Ad Impression"? 
  • Like a Viewable Ad Impression, an Audible Ad Impression must play for a minimum duration of two continuous seconds to be measured.
  • Measurements must occur on the client side, not on the server side (log file analysis).
  • The ad must be loaded and initiated by the user ("insofar as possible"); what about autoplay?
Questions
  • The new standards will certainly be applied in European and Asian markets. Nevertheless, besides global advertising groups, companies or associations involved in establishing the standards are mostly American: Radio Advertising Bureau (RAB), National Association of Broadcaster (NAB), Interactive Advertising Bureau (IAB), 4As and ANA. Is the all American MRC becoming de facto a world-wide organization?
  • Duration: two seconds ; only two seconds? Is that enough to define an "Audible Ad Impression"? Especially if "any part of the ad qualifies", as specified by the MRC. Further research is needed. In the mean time, why not let each advertiser decide which duration is best.
  • How to manage compatibility of all audio measurements, whether legacy terrestrial radio (broadcast) or streaming. How to combine the two measurements in order to calculate one single and hybrid GRP (Reach and Frequency)?
  • How long will the validation of measurement techniques take ("accreditations")? How expensive will they be? Will viewability specialists be the first audited and accredited for audibility? When it comes to video, how will measurers combine - or separate - viewability and audibility?

jeudi 18 janvier 2018

Lucifer, série TV plutôt angélique


Depuis le Faust de Goethe, on sait bien que le diable est de bonne compagnie.
Voici donc les aventures d'un nouveau diable venu sur terre, et qui prend goût à notre époque et à ses maux : Lucifer Morningstar, le bien nommé. A Los Angeles, la nuit, Lucifer, "porteur de lumière", selon l'étymologie latine de son nom, est dans son élément, Morningstar, il est est l'étoile du matin. Très, très vieille histoire (cf. le livre d'Isaïe, chapitre XIV, 12).
Bien sûr, comme Faust, Lucifer rencontre une Gretchen, sous la forme d'une policière, blonde, comme il se doit, et vertueuse bien sûr, mère d'un jeune enfant, mais qui est séparée de son mari, bio qui ouvre grand les possibilités narratives et la combinatoire des personnages. Gretchen sera-t-elle sauvée (gerettet) ou condamnée (gerichtet) ?
En aussi vertueuse et charmante compagnie, le diable risque d'échouer et de faire le bien alors que pour son emploi, le brief est de faire le mal, de propager et louer le péché. Evidemment, le diable est beau (comme un dieu ?), s'habille à la mode, il est bon musicien (pianiste), "le plus savant et le plus beau des anges" (Charles Baudelaire, "Les litanies de Satan"). Diablement sympathique, voire même irrésistible : comment ne pas lui donner son âme ? Même la psychanalyste qu'il consulte succombera : ni elle ni lui n'ont de sur-moi ! Ce n'est pas Gérard Philippe (cf. "La Beauté du diable", 1950, film de René Clair) mais les cinéphiles y penseront certainement...

Le diable, déchu, a posé ses ailes à la consigne et devient l'assistant, obéissant et espiègle, de sa policière bien aimée ; en plus de Faust (celui de Marlowe, celui de Goethe), le rôle s'inspire indiscutablement de celui du consultant de "The Mentalist" (CBS, 2008). Intertextualité tacite entre networks qui ravira les amateurs de séries.
On n'échappe pas aux inévitables plans de coupe sur la nuit de Los Angeles, ville des anges où s'épanouit notre diable. L.A., ville volée par les Espagnols aux Indiens Chimash et Tongva, rachetée au Mexique par les Etats-Unis : le diable peut s'y sentir chez lui, it's his "kind of town"  et prétendre, comme le chantent Frank Sinatra et Quincy Jones, que "L.A. is my lady" ! Chaque ville a sa série Miami, New York, Chicago, Boston, Seattle, voilà celle de L.A.
"Thank you Satan" !
La série est produite par Warner Bros pour le network Fox et compte 40 épisodes ; elle a été lancée en janvier 2016 par ce network, puis reprise par Netflix. La troisième saison, "Lucifer" est diffusé le lundi en prime time. Chaque épisode apporte une nouvelle enquête ; le tout est servi avec beaucoup d'humour, parfois subtile. Légende modernisée, détente assurée : que le diable vous emporte !


mercredi 10 janvier 2018

Hulu, l'année de la réussite ?


Pour son dixième anniversaire, Hulu semble terminer en beauté ; pour cette offre de télévision en streaming (SVOD), après des années de doutes, 2017 aura été un tournant, marqué par cinq événements :
  1. Hulu annonce 17 millions d'abonnés (12 millions en 2016). Cela reste certes encore bien loin des 53 millions d'abonnés de Netflix aux Etats-Unis, mais, avec 54 millions de téléspectateurs uniques, Hulu constitue désormais un véhicule publicitaire significatif pour les annonceurs.
  2. La barre symbolique du milliard de dollars de revenus publicitaires a été franchie. La puissance est confirmée pour les annonceurs ; en même temps, la viabilité du modèle d'affaires semble se vérifier. Les abonnés sont jeunes (moyenne d'âge de 31 ans) et le revenu annuel moyen du foyer est élevé (92 000 dollars).
  3. L'actionnariat de Hulu est désormais contrôlé par Disney (à hauteur de 60%), le pilotage de l'entreprise en sera plus aisé. A condition toutefois que les autorités réglementaires entérinent la vente des 30% de Fox à Disney, Hulu sortira d'une situation compliquée avec un actionnariat délicat à manoeuvrer, trois actionnaires disposant chacun de 30% (Disney, Fox, Comcast), plus Time Warner avec 10%.
  4. Hulu a lancé avec succès Live TV, un MVPD virtuel
  5. Enfin, après les Emmys et les Golden Globes, Hulu a reçu deux récompenses remarquées pour sa série, "The Handmaid's Tale". Des prix, certes mais à quel prix ?
Toutefois, malgré tous ces succès, Hulu reste déficitaire même après les injections de cash de ses actionnaires. Rappelons que Hulu met en oeuvre un modèle d'affaires mixte, associant publicité et abonnements. Les abonnés peuvent choisir de s'abonner avec publicité (8 $ /mois) ou sans (12 $). 
Pour la vente d'espace publicitaire (SSP), après avoir travaillé avec LiveRail (racheté par Facebook), Hulu travaille avec Tremor, tout en utilisant également Oracle. Pour les données, ses partenaires sont Oracle (Blukai et Datalogix) ainsi que Acxiom et Liveramp.
Hulu déclare disposer d'une bibliothèque de 75 000 épisodes (1700 titres) et se promet de dépenser 2,5 milliards de $ en 2018 pour la production (mais Netflix en annonce 8).

A l'origine, Hulu fut d'abord conçu et perçu comme une tentative de réaction des médias traditionnels (networks, studios hollywoodiens) au succès de YouTube puis au succès de Netflix.
Aujourd'hui, dans le marché télévisuel américain, un nouvel acteur du numérique est né, héritier tout armé de la télévision traditionnelle (legacy). 


Argon, mythologie moderne : le journaliste TV héros d'une série coréenne


Argon, par Netflix, 2017
Cette série originale de Netflix, compte 8 épisodes, chacun d'une durée d'une heure environ. La série Argon a été diffusée par la chaîne coréenne tvN en septembre 2017 (night time).

Au coeur de la série, se trouve la difficulté d'enquêter, de montrer la vérité au grand jour, surtout s'il s'agit de corruption liant les élus et de grandes entreprises (construction, pharmacie, etc.). Les fausses nouvelles abondent, tromperies volontaires (fake news), mais aussi involontaires (erreurs professionnelles) : peut-on exercer le métier d'informer sans risque ? Non : le métier de reporter, exhiber la vérité cachée dans les faits, est un métier toujours dangereux. Telle est la démonstration de la série télévisée à propos de la télévision...
La série est centrée sur un lieu de travail (une émission d'information télévisée, Argon) et une profession (reporter, journaliste). La salle de rédaction constitue un lieu de pouvoir ("the powers that be"), de compromis et la série en oppose les personnages et les enjeux, sans manichéisme.
D'abord, les bons : la  jeune recrue, douée, dite "mercenaire" parce qu'embauchée à l'occasion d'une grève, risque-tout, tout d'abord évitée par ses collègues ; puis les reporters, consciencieux, et le présentateur, vertueux, incorruptible ; tous ont en partage l'amour de la vérité. Puisque, par construction sociale, toute vérité  est dissimulée, voilée (en grec, vérité se dit aléthéia, ἀλήθεια, avec un α privatif : la vérité est privation de l'oubli, λήθε), le journaliste doit la dé-couvrir, provoque le dés-oubli. Sa tâche est de construire la vérité, toujours incomplète, et, pour cela, de collecter et sortir les faits de l'oubli, de les relier, de les combiner pour qu'ils parlent (data journalisme).
Ensuite, il ya les méchants : volontairement ou involontairement, ils sont plus ou moins complices, par construction encore (la carrière...) des pouvoirs économiques et politiques en place (distribution, finance, armement, télécoms, etc.) et les pouvoirs de l'Etat (pouvoir judiciaire). Collusion, illusion, il faut bien jouer le jeu (du latin lūdō, êre = jouer) !

La fin, la vérité, justifie-t-elle toutes les méthodes d'investigation, tous les moyens ? Toute vérité est-elle bonne à dire ? A-t-on le "droit de mentir par humanité" ? Le discours de la série, ses intrigues et ses actions se situent toujours dans le registre moral. L'enquête journalistique, comme l'enquête sociologique peut se confondre avec l'enquête de police, ce qui rend la situation des journalistes inconfortable et risquée lorsqu'ils s'éloignent de l'opinion courante, recherchent les témoignages, les mettent à l'antenne... La relation information / justice est essentielle, sans compromis ; la vérité passe-t-elle avant tout ? On peut évoquer à ce propos le discours programmatique que Jean Jaurès prononça en 1903 pour la distribution des prix au lycée d'Albi, un an avant de fonder un journal, L'Humanité ; Jean Jaurès est alors vice-président de la Chambre des députés (discours republié par L'Humanité en septembre 2017) : "Le courage, c’est de chercher la vérité et de la dire ; c’est de ne pas subir la loi du mensonge triomphant qui passe, et de ne pas faire écho, de notre âme, de notre bouche et de nos mains aux applaudissements imbéciles et aux huées fanatiques". Décidément,  morale et média sont indissociables. Les reporters de "Argon" se veulent courageux.

Pour un téléspectateur occidental, la série fourmille d'allusions à l'inévitable Watergate : l'inconscient de tout journaliste d'investigation n'est-il pas encore structuré comme "All the President's Men", le légendaire livre de Carl Bernstein et Bob Woodward (1974) et le film éponyme de 1976.
Pour un téléspectateur coréen, la série évoque certainement la situation politique coréenne où les affaires de corruption ne manquent pas, impliquant les conglomérats industriel (cheabols), leurs clans et le personnel politique, jusqu'au plus haut niveau hiérarchique de l'Etat. Le singulier, local, coréen, s'avère universel.

Pourquoi le titre, "Argon" ? Faute d'avoir trouvé une réponse officielle, faute de mieux, pensons à Argos, qui, dans la mythologie grecque désignait le géant aux yeux multiples qui ne dormait que d'un oeil sur deux (il en avait une centaine, voire un millier) : on le disait panopsios / πανοψιος, celui qui voit tout ou ce qui s'offre à la vue de tout le monde : belle ambiguïté pour évoquer le mythe de l'information télévisée ! "Argon", ce titre va bien à la série et au journal télévisé. Le récit doit aider les téléspectateurs à percevoir la dialectique de l'information et de la vérité.
Donc, beaucoup de grec dans ce post, titre de la série oblige, d'autant que vers la fin du 8ème épisode l'ancien présentateur et mentor du héros, gravement malade, ironise : une fois mort, il continuera de chercher la vérité chez Hadès, qui règne sur les Enfers ; encore la mythologie grecque (dans l'Odyssée, Mentor était le précepteur du fils d'Ulysse) ! Poursuivons. Selon Hésiode (VIIIème siècle avant notre ère), dans son poème, Les travaux et les jours (vers 42-106), Argon a été tué par Hermès, le messager de Zeus. Or, ce même Hermès fera don à Pandore de la parole (φωνή, phônê) : dans son sein, "il crée mensonges, mots trompeurs, coeur artificieux". Pandore laissera s'échapper les maux de sa fameuse boîte, un don piégé de Zeus. Depuis, écrit Hésiode, "des tristesses innombrables errent au milieu des hommes" (vers 100)... A l'information télévisée de se débrouiller de ces tristesses, non sans ambiguïté, des enregistrements des voix de témoins aussi...


Références

- David Halberstam, The Powers That Be, 1979, sur le fonctionnement des grands médias américains de l'époque (CBS, The New York Times, Time magazine, The Washington Post, Los Angeles Times, etc.)
- Marcel Détienne, Les maîtres de vérité dans la Grèce archaïque, 1967
- Luc Boltanski, Enigmes et complots. Une enquête à propos d'enquêtes, Paris, Editions Gallimard, 2012
- Hésiode, Les travaux et les jours, Paris, Les Belles Lettres
- Martin Heidegger, "Aletheia", (in Vorträge und Aufsätze, 1954)
- Immanuel Kant, D’un prétendu droit de mentir par humanité (Über ein vermeintes Recht aus Menschenliebe zu lügen), 1797
- MediaMediorum, "The Newsroom"
- les acteurs de la série "The West Wing" (NBC 1999-2006) donneront une lecture publique du scenario (screenplay) de "All the President's Men" en janvier 2018 à Los Angeles.


mercredi 27 décembre 2017

Misaeng : la gestion dans une entreprise coréenne vue par une série TV


"Misaeng" est une série coréenne diffusée par la chaîne généraliste tvN en automne 2014. La série est connue aussi sous le nom de "Une vie incomplète", selon une impression empruntée au jeu de Go. Important succès d'audience en Corée. La série est reprise par Netflix.
"Misaeng" est basée sur un manga coréen à succès (webtoon) dont on a pu dire qu'il constituait la "bible du salarié coréen". L'action se déroule dans une entreprise multinationale coréenne faisant partie d'un conglomérat (cheabol). L'immeuble rouge brique que l'on montre dans la série semble être celui du siège Daewoo à Séoul, conglomérat dont la faillite frauduleuse (1999) fut retentissante (y compris en France, cfDaewoo en Lorraine).
L'intrigue est centrée sur la vie au bureau de quelques nouvelles recrues, stagiaires, emplois temporaires. Bizutage, brimades, tableaux Excel à tiroirs, macros, aboiements au téléphone, paperasses qui s'entassent, photocopieuse, café, tracasseries... L'enfer, c'est les petits chefs.
Image du webtoon : partie de Go

Le personnage central de "Misaeng" est un jeune stagiaire, Jang Geu Rae. Pauvre, orphelin, pourvu d'un diplôme de l'enseignement secondaire, non titulaire, talentueux, il a tout pour devenir le souffre-douleur de ses aînés. Passionné de Baduk (nom coréen du Go), il aurait voulu devenir professionnel, et il se représente la vie dans l'entreprise, tout le monde de l'entreprise, comme une gigantesque partie de go, avec ses stratégies, ses coups, ses règles. Métaphore presque métaphysique (chaque pierre du jeu de Go a d'abord quatre libertés, mais, petit à petit dans le cours de la partie, elle perd des libertés, d'où le titre de la série, "Une vie incomplète" : les "pierres mortes", sans liberté, ne comptent pas au moment du score final, "âmes mortes" en quelque sorte). Le tableau d'ensemble est désolant, d'un réalisme déprimant : harcèlement et humiliation, jeunes femmes et jeunes gens maltraités qui ne se rebiffent pas, cadres intermédiaires (n+1) suffisants, machistes, vulgaires...

Les cadres anciens, à l'exception de l'un d'entre eux que l'on voit en famille, jouant avec ses enfants, s'efforcent d'inculquer aux newbies soumission et obsession de la carrière. L'une des cadres encouragera une stagiaire talentueuse, très diplômée (russe, sciences politiques, etc.) et excessivement maltraitée : maintenant, apprenez la comptabilité, c'est essentiel ("accounting is the language of business"), ce qui est indiscutable et ne devrait par être vécu comme un renoncement... Désenchantés, les quatre jeunes héros se débattent dans une nasse dont ils ne semblent toutefois pas vouloir s'évader, convaincus qu'il faut tout avaler pour parvenir (primes, bonus, etc.). Ils consentent à leur destin déplorable. Dans cet univers kafkaïen, sans échappatoire, la loyauté envers la firme se confond avec la ruse de la raison gestionnaire. Les décors urbains d'une "ville tentaculaire" en rajoutent à l'impression de déréliction.

Montage subtile, concis, cadrages précis, l'intrigue qui semble d'abord absente, la série ne faisant suivre la vie des protagonistes au bureau, se révèle en fin de première saison. Le rythme de la série est lent, enchaînant des événements minuscules aux yeux du spectateur qui n'en finit pas de s'impatienter, pensant : "on a raison de se révolter" (Jean-Paul Sartre). En fait, le thème de la série, c'est la liberté et la résistance, l'engagement, non pas abstrait mais dans le cadre du travail salarié. Peut-on concilier éthique et vie entreprise... Qu'est-ce qu'un individu dans, pour une grande entreprise ? Un pion, une "pierre" de GO ? Bien qu'il s'agisse d'une fiction, cette série constitue une approche ethnographique stimulante de la gestion et des relations de travail dans la firme perçue comme "total institution" (Erving Goffman). L'entreprise s'avère aussi une sorte de "société de cour" (Norbert Elias) où des courtisans mènent le jeu, de projet en projet, dissimulant au mieux leurs ambitions et leur tares...

L'originalité de cette série tient à l'univers décrit, sa banalité brutale et son horreur quotidiennes. Quel salarié n'ont pas connue cette expérience ? L'ensemble, d'épisode en épisode, est indiscutablement réussi. Tenu en haleine, le téléspectateur ne peut que se laisser embarquer, loin de la vision qu'exposent des séries américaines comme "Suits" ou "Mad Men". Où est l'exotisme ? "Suits", "Misaeng" ? Imposant un "regard éloigné", "Misaeng" étonnera les spectateurs occidentaux et ils n'en regarderont que mieux leurs séries habituelles. Bonne occasion de constater, entre autres, que l'expression de l'émotion n'est pas universelle, pas plus que ne le sont les règles et gestes de politesse  (déférence hiérarchique) ou les rites de passage. Et nous nous demanderons, nous, Occidentaux, à la manière des Parisiens dans les Lettres persanes (Montesquieu) :" Ah! Ah! monsieur est [Coréen] ? C'est une chose bien extraordinaire ! Comment peut-on être [Coréen] ? "
A voir, impérativement.
N'est-ce pas la réussite de Netflix que de mettre de telles séries à portée d'autres regards que ceux de l'audience d'origine : Netflix s'avère un média inter-national, au sens strict du terme, qui peut éventuellement bousculer des ethnocentrismes établis. Média de la diversité. Quelle est l'audience non coréenne de cette série sur Netflix (ce que ne pourra nous apprendre Nielsen !) ?

Références

Norbert Elias, Die Höflische Gesellschaft, Frankfurt, suhrkamp, 1983 (en français, "La société de cour, Paris, Calmann-Lévy)
Philippe Gavi, Jean- Paul Sartre, Pierre Victor, On a raison de se révolter, Paris, Gallimard, 1974
Ervin Goffman, Asylums: Essays on the Social Situation of Mental Patients and Other Inmates, New York, Doubleday, 1961 (en français, aux Editions de Minuit)
Claude Lévi-Strauss, Le regard éloigné, Paris, Plon, 1983
Montesquieu, Lettres persanes (Lettre 30), 1721

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