vendredi 29 janvier 2010

Haiti business

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L'industrie du divertissement peut faire sien le dicton selon lequel "à quelque chose malheur est bon". La misère des uns fait toujours l'émission ou le concert des autres. Sans abris, SDF, un disque ; maladie incurable, un téléthon ; tremblement de terre, un concert... Charité bien ordonnée des people qui mettent en scène leur grandiloquente générosité. Pour eux et leurs "commanditaires", tout est auto-promo et auto-célébration... et retombées médiatiques. 
Derniers en date : après le téléthon de Univision (network hispanophone, "Unidos por Haiti"), le groupe Viacom organise et diffuse un concert (le deuxième) et un téléthon pour Haiti. "SOS Saving OurSelves - Help for Haiti", tournée à Miami, l'émission sera diffusée par les chaînes de télévision du groupe, MTV, BET, VH1. Le premier concert "Hope for Haiti Now" fut produit par MTV Networks. Des annonceurs suivent le mouvement, glanant quelques GRP au passage.
Parmi les malheurs, tous ne déclenchent pas le même engouement : les accidents du travail, la relégation scolaire n'ont pas leurs concerts... Trop peu spectaculaires ?
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Le Parisien descend dans la rue

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Pour sa maquette améliorée, Le Parisien prend l'air de la rue. Ici, dans le 19ème arrondissement, rue de Belleville, table de camping devant le point de vente, vendeur beaucoup plus jeune que le lecteur moyen du titre et un cadeau symbolique. Ambiance sympa. Dispositif exceptionnel, hélas, lié à l'événement d'un jour.

Il serait temps pour les quotidiens payants de reprendre pied dans la rue, dans le métro, à la sortie des stations. La presse payante a abandonné cet espace public aux gratuits qui en ont presque le monopole. Elle a perdu cette bataille et, pour une partie de la population urbaine, c'est la bataille de la visibilité, de la notoriété, de la proximité et finalement de l'audience mesurée, vendue aux annonceurs.
Le Parisien passe à Un euro : 1 €, c'est simple, facile, on n'attend pas sa monnaie, on n'a pas à entrer dans le point de vente, à faire la queue pour l'acheter. Le matin, le Parisien est pressé. Dans le succès des gratuits, on n'a voulu voir que la gratuité quand il aurait fallu voir aussi la commodité, la gratuité étant une composante de la commodité.

Autrefois, Libération fut dans la rue, L'Humanité était dans la rue, sur les marchés, au porte à porte, affichée aux murs. Distributions militantes. On a connu les crieurs de journaux : France Soir, Le Monde... que l'on relance  dans certaines stations de métro à Paris, en relation avec les magasins Relay. Un début.

Pour être populaire, la presse quotidienne doit redescendre dans la rue.
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mardi 26 janvier 2010

Upfront USA en mai

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L'année publicitaire des networks TV 2009 aura été marquée par un long étalement des négociations upfront : au lieu de s'achever comme il est de coutume pour la fête nationale, le 4 juillet, elles se sont terminées à la fin de l'été voire au-delà. Pour 2010, ces ventes d'espace publicitaire "en avance" (upfront) reprennent leur calendrier traditionnel et commenceront en mai.
Les spécialistes avaient pourtant annoncé, comme chaque année, la fin de cette forme de marché publicitaire, expliquant savamment qu'elle ne résisterait pas à la crise économique et surtout pas à la révolution numérique.
Après CW (network Time Warner / CBS), Univision, le premier network hispanophone annonce qu'il fera également sa présentation le 20 mai. NBC inaugurera les présentations le 17 mai. Le network, que Comcast est en train de racheter - si les autorités réglementaires l'y autorisent - en profitera pour faire connaitre sa politique de nouveaux programmes.
Tous les networks n'ont pas encore fait connaître leurs intentions. Mais ces premiers mouvements indiquent que les modalités de vente résistent et digèrent les changements intervenant dans la mesure des audiences, la diffusion des émissions (différé, VOD), la HD, le numérique terrestre. "Si l'on veut que tout reste comme avant, il faut que tout change", devise des networks ?

Et le modèle reste prégnant pour les nouveaux médias.
Deux mois avant, le 16 mars, aura lieu à New York le premier upfront de la publicité mobile "The Mobile Upfront" qui se donne pour objectif l'éducation des annonceurs et de leurs agences à ce marché émergent et la légitimation du média comme vecteur de publicité (environ 400 millions de $ en 2009, d'après eMarketer).

Sur le papier des théoriciens, ce type de marché en deux grandes étapes semble condamné ; il s'effacera sans doute devant une forme quelconque de place de marché, au terme d'un large mouvement de googlisation de la publicité télé. En attendant, les changements sont lents, imperceptibles : pendant que la révolution numérique accouche du nouveau paradigme, la tradition perdure et les prétendants trépignent.
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dimanche 24 janvier 2010

Médias de poche

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Havas Media publie le Média Poche. Christine Chambault pilote cette somme annuelle de la théologie média depuis des années. L'ouvrage, qui compte cette année 598 p. (dont quelques pages de publicité très ciblées), est vendu 99 € (22 € pour les étudiants). On l'obtient auprès de Havas Edition (commande via le site). N.B. l'édtion précédente est consultable en ligne.

C'est un outil formidable, imposant, commode. Au sens strict et noble du terme, un manuel. On y trouve tout ce qu'il faut pour s'orienter dans le marché média. Enfin, presque tout. Car bien sûr, l'uilisateur est tenté d'y chercher ce qui ne s'y trouve pas encore. Seule une critique situant les limites (inévitables) de ce travail documentaire peut témoigner du respect pour le travail accompli. Et, qui sait, la suggestion peut faire son chemin et, l'an prochain, le Media Poche s'en trouvera plus utile encore.

Inventorions d'abord ce qui se trouve dans cette encyclopédie pratique des médias français.
  • des éléments de cadrage socio-démographique et géographique 
  • le marché publicitaire
  • la grande distribution (indispensable, et l'on en redemande)
  • le marché des études (on aimerait aussi des tarifs, et, pourquoi pas, une sorte de pige de ces études)
  • un chapitre sur le développement durable et la manière dont il affecte l'exploitation publicitaire des différents médias (nouveau)
  • des chapitres "grands médias" (presse, TV, radio, cinéma, publicité extérieure, annuaires)
  • le digital et la convergence (présentation originale, solide, donc discutable de ce domaine de plus en plus vaste et complexe)
  • le marketing direct (chapitre indispensable, et encore par trop modeste)
  • le sport et le divertissement (le début d'une approche thématique ? pourquoi pas la santé ? )
Il y a tellement d'informations esentielles dans cet ouvrage que l'on en attend encore plus. Soyons mauvais joueur et réclamons quelques éléments de plus.
  • dans le marché des études : 
    • la part réservée aux études Internet site centric ignore la majeure partie de l'offre : Weborama, Xiti et Google Analytics devraient être mentionnés : ne représentent-ils pas à eux trois plus de 98% de ce marché. Pourquoi favoriser à ce point l'approche user centric ?
    • dans les études out-of-home (cf. "lieux de transit", p. 358) et le "digital signage", il faudra, pour la prochaine édition, mentionner la toute récente Digimétrie
    • indiquer quelles études sont ou ne sont pas auditées par le CESP (et, mieux encore, quelle partie de ces études est ou n'est pas auditée)
    • rien sur les médias d'Outre Mer (Metridom, etc.) ?
  • sur le cinéma, on est surpris de ne pas trouver plus de données issues des travaux, tellement riches, du CNC
  • pour le numérique, manque une approche des adservers, des ad networks, du search engine marketing : les nouvelles générations d'étudiants ne parlent que de cela... et des applis pour les téléphones, encore absentes
  • épargnez nous le ridicule des données d'investissement bruts !
  • dommage que les "lieux de transit" n'incluent pas divers réseaux tel celui des pharmacies (Futuramedia) ou des grands écrans extérieurs (Medialarge), par exemple.
  • quand elle est possible et pertinente, la juxtaposition des données de deux sources différentes pour un même domaine est stimulante et bienvenue (comScore / NNR ou encore TNS / Yacast, etc.).
  • le marketing direct mérite une plus large couverture : il ne lui est accordé qu'une douzaine de pages quand le MD représente en investissements plus que la presse, la TV, la radio et le cinéma réunis.
  • quid du médiamagasin, shopper marketing et in-store marketing ?
Un tel travail documentaire, synthétique et opérationnel, ne peut plus être exhaustif. La vitesse de transformation de la communication commerciale demandera à court terme d'autres approches, d'autres supports, mais à coup sûr un même effort, un même talent.

N.B. (1). Je n'ai pas payé mon exemplaire du Media Poche... donc mon objectivité doit être a priori suspectée.
N.B. (2). Cet ouvrage est un excellent outil d'enseignement, dès lors que l'enseignant, dispensé d'exposer ce qui s'y trouve, peut concentrer son énergie à la critique de ces médias, de leur mesure, de leur utilisation, d'une part, à l'approche de leur évolution, d'autre part.
Peut-on espérer un tarif particulier lorsque le Média Poche est acheté pour tous les étudiants d'un cours ? N'oublions pas que ces utilisateurs universitaires sont de futurs décideurs du marketing de la communication commerciale et des médias, et, auparavant, de futurs stagiaires.
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mercredi 20 janvier 2010

Météo mentale et carnet d'écoute numérique

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L'association téléphone portable / appli permet de moderniser et améliorer les enquêtes déclaratives. Téléchargée sur un téléphone portable, l'appli développée pour l'enquête (généralement de type questionnaire) permet une réponse aisée et surtout conjoncturelle, ce dont on rêvait à propos du carnet d'écoute ou de lecture, généralement rempli après coup, longtemps après parfois.
En Hongrie, IPSOS MediaCT a développé pour une station de radio une enquête sur l'humeur des auditeurs de la radio. Pendant une semaine, un échantillon d'auditeurs a déclaré son humeur sur / à son portable, en même temps que son activité des deux heures passées (micro-budget-temps) et son écoute radio. Carnet d'écoute numérique portable.
La méthodologie est adaptée à ce questionnement. L'humeur est changeante (cf. Diderot et l'humeur inconstante des Langrois !) et connaît beaucoup de micro-climats. La déclarer ne peut qu'intéresser l'enquêté, incité à répondre pour le plaisir de l'introspection : lui-même est amené à s'interroger sur la relation entre son humeur, l'ambiance sonore du moment et son activité. L'enquête rend-elle de bonne humeur en faisant prendre conscience des mauvaises humeurs ? L'enquête aurait un effet cathartique ! Mais ce serait un biais !

On peut souhaiter des améliorations de cette méthodologie. Par exemple, recourir à l'enregistrement et au codage passifs de l'ambiance sonore, à l'aide de technologies d'"empreintes acoustiques" telles que celles mobilisées dans des applis du type Shazam, ou dans Gracenote ( iTunes). Pour peu que cette application localise les panélistes (opt-in), l'information recueillie sera très riche.
Reste, bien sûr, l'éternelle et lancinante question du recrutement des panélistes et de leur représentativité. Quant aux rappels à l'ordre par SMS, ils peuvent aussi paraître intrusifs.
Une telle application suggère et laisse entrevoir les voies prochaines des enquêtes audimétriques qu'ouvre la nouvelle téléphonie.
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lundi 18 janvier 2010

Internet est-il chinois ?

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384 millions d'internautes en Chine fin 2009 (Source : CNNIC). Ils ne représentent que 29% de la population : le potentiel de croissance est encore immense pour ce pays de 1 300 millions d'habitants. Ce n'est qu'un début : "一 传十,十传百", dit un chengyu ("1 transmet à 10, 10 transmettent à 100"). Si l'on admet que les trois quarts des habitants d'un pays développé sont ou seront bientôt internautes, plus de 500 millions de Chinois passeront à Internet dans les toutes prochaines années. Pour 2009, le chiffre d'affaires réalisé par Internet en Chine est évalué à 74,3 milliards de yuan (11 milliards de $) par iResearch (艾瑞咨询集团). Que l'on y ajoute la diaspora chinoise, Taiwan : Internet est-il en passe de devenir chinois ?
Voici l'un des premiers effets visibles de la mondialisation, que masquaient les inégalités économiques et politiques ; celles-ci s'estompant alors que la Chine occupe le devant de la scène mondiale, le paysage qui émerge n'est pas celui que nous prédisaient quelques penseurs pressés de conclure. Et nos références, notre culture générale, nos grands airs ont tout à coup une allure provinciale. Vu de Chine, Google n'est peut-être qu'un "tigre en papier" ("紙老虎").
Pour finir, une question d'actualité que l'on ne (se) pose guère : Baidu, le moteur de recherche chinois, s'implantera t-il hors du "monde sinisé" ?
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dimanche 17 janvier 2010

Recenser les langues en 28 langues

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Aux Etats-Unis, où certaines campagnes publicitaires se déclinent en plusieurs langues  [cf. ci-dessous : affiche en portugais pour le bouquet DirecTV], notamment en espagnol et en anglais, la campagne d'information pour le prochain recensement  (2010) s'effectue en 28 langues étrangères (dont le français) ; on ne comptait que 16 langues étrangères pour la campagne du recensement de 2000.

Les langues du recensement américain

albanais, allemand, arabe, arménien, bulgare, burmese, cambodgien, chinois mandarin (simplifié et traditionnel), chinois cantonais, cebuano, chamorro, coréen, croate, espagnol, farsi, français, grec, gujarati, haitien (créole), hébreu, hindi, hmong, hongrois, italien, japonais, laotien, lithuanien, malayalam, navajo, néerlandais, ourdou, népalais, polonais, portugais, punjabi, roumain, russe, samoan, tagalog, tamoul, thaï, tongan, serbe, swahili,  tchèque, tigrinya, turc, dinke, néerlandais, ukrainien, vietnamien, yiddish. 

Et en France ? Le français est la langue de la République, stipule la Constitution dans son article 2. Nul n'étant censé ignorer la loi, le recensement se déroule en français. Toutefois, le recensement diffuse en 2010 des formulaires d'information en 14 langues. Comprenons bien : des "formulaires" de présentation et d'explication, mais pas des questionnaires, nécessairement en français. On note, parmi les langues des formulaires, l'absence des langues de l'Outre-Mer, des langues régionales et des langues africaines, d'Asie du Sud-Est, etc..

Les langues des formulaires du recensement français

Anglais, allemand, arabe, chinois, espagnol, italien, japonais, polonais, néerlandais, portugais, roumain, russe, serbo-croate, turc.
  • Dans ce questionnaire, beaucoup de questions concernent l'emploi, le mode de transport pour se rendre au travail, les diplômes, mais pas la langue. Certes, le recensement relève la nationalité et le lieu de naissance mais on ne peut en déduire la langue parlée : être né(e) au Maghreb, c'est souvent parler berbère (tamazight) ou français plutôt qu'arabe, être né(e) au Sénégal, c'est parler une ou plusieurs langues parmi la vingtaine de ce pays, etc. Etre né en France, ne permet pas de déterminer la langue maternelle. D'après une étude de l'INSEE en 2002 (François Clanché, Langues régionales, langues étrangères. De l'héritage à la pratique), si 84% des parents ne parlaient que le français ou presque durant la petite enfance (l'enquête a été conduite en français), 2% parlaient aussi une autre langue et 14% parlaient exclusivement ou presque une autre langue. N.B. Aux Etats-Unis, 19,6% des personnes de plus de 5 ans déclarent parler une autre langue que l'anglais dans leur foyer (Source : U.S. Census Bureau, 2006 -2008 American Community Survey).
  • Comme les recensements sont conduits par écrit, les langues non écrites, ou récemment transcrites, sont tacitement évacuées du paysage.
  • Que sait-on des langues parlées en France ? Le rapport de Bernard Cerquiglini sur Les Langues de la France (1999) en dresse un inventaire rigoureux mais dépourvu de statistiques concernant les pratiques. L'auteur réclame la reconnaissance de cinq langues dont le yiddish et le berbère qui devrait selon lui être traité come une langue régionale.
A quoi bon connaître les langues parlées en France ? Pour mieux percevoir et concevoir la profondeur et la variété des cultures nationales. Dans le marketing des médias et de la publicité, les variables linguistiques sont des outils efficaces ; le marketing des mots-clés le rappelle en permanence. D'un point de vue économique, ces multi-linguismes constituent une chance considérable mais ils sont peu reconnus par l'administration scolaire et universitaire. On laisse ainsi s'appauvrir un capital important.
Comment imposer le français, indispensable pour être Fançais et vivre en France, tout en maintenant et en dynamisant toutes les langues de ce pays ? 
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jeudi 14 janvier 2010

Presse quotidienne régionale nationale

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Le syndicat de la presse quotidienne régionale annonce un recul de 11% des revenus publicitaires presse quotidienne en 2009 (-9% sur la publicité locale, -25% sur les petites annonces).
En revanche, le média presse quotidienne extra-local (PQR66), lancé en 1991, a connu une croissance de 4%. Avec cette offre, des insertions simultanées dans chacun des quotidiens régionaux (66 à l'origine, 59 actuellement) produisent une couverture nationale.

L'écart entre ces deux résultats souligne la valeur exceptionnelle, aux yeux des annonceurs, d'un produit presse à la fois national par sa puissance et local par son affinité géographique. Une telle offre correspond aux attentes de la plupart des annonceurs, confrontés à la double contrainte géographique de leur action commerciale.

"Les Indépendants" (en radio, 1992) représentent une offre comparable dans sa logique géographique, associant puissance d'un réseau et proximité des stations.
Le réseau de Spacefoot Network, récemment lancé sur Internet, (2009) propose une offre nationale foot calquable sur les implantations locales des clubs amateurs.

Avec des supports numériques, la publicité locale présente une grande plasticité permettant des actions, régionales, locales, hyperlocales, nationales : les éléments peuvent être combinés afin de réaliser des couvertures et des répétitions sur mesure (capping). Le géomarketing et la mobilité donneront certainement un élan considérable à ce type de produits.

A de peu nombreuses exceptions, et malgré les tentatives innovantes et prometteuses de M6 qui a finalement renoncé, la télévision locale est restée absente de ce marché en France alors qu'aux Etats-Unis, elle le dispute à la presse, à la radio, à Internet. A quoi tient cette bizarrerie française ? Aux effets perturbateurs des interventions de l'Etat (subventions, "aides" diverses, réglementations) ? Sans doute. Le développement local de la télévision a longtemps été bloqué : les majorités politiques, toutes jacobines et centralisatrices, lui préféraient un média national plus facilement contrôlable tandis qu'il laissait à la presse son monopole publicitaire régional. Une télévision régionale, à très grand maillage, a été confiée à la télévision d'Etat.
A cette situation historique, le marché publicitaire français doit sans doute nombre de ses propriétés : le développement des réseaux nationaux d'affichage, la puissance et la diversité de la presse magazine et le fort développement du hors média, notamment. L'histoire se propage longtemps dans le présent.

Aujourd'hui, la télévision locale privée peine à se développer en France, ne bénéficiant pas d'un sytème mixte, local / national, comme aux Etats-Unis (networks / stations, barter syndication). Et une telle diversification, n'est pas la priorité d'une presse en difficulté. D'où viendra la télévision locale ? D'Internet ?
YouTube (Google) est déjà sur le sujet avec YouTube Local News : par exemple, dès 2007, 5 stations de télévision du groupe Hearst-Argyle ont mis en place 5 "chaînes" locales (exemple WCVB, station affiliée à ABC dans le DMA de Boston) ; ou encore News Near You qui "sert" des vidéo des stations de l'endroit où l'on se trouve (les contenus sont géotaggés).
Yahoo! propose également Yahoo! Local News et la présidente de Yahoo! déclare envisager de nouvelles acquisitions pour traiter le marketing local.

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mardi 12 janvier 2010

Recyclage politique et information

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La chaîne d'information américaine Fox News (News Corp.) a recruté Sarah Palin comme "contributor". L'ex-candidate "républicaine" à la vice-présidence a publié un livre fin 2009 ("Going Rogue") et tente de se refaire une image raisonnable après ses prises de position politiques consternantes comme candidate. Ayant besoin de faire-valoir, et d'audience, divers médias l'ont invitée : Oprah dans son talk show, le Washington Post pour un Op-Ed (article placé en face de l'éditorial)...
Les médias appuient ainsi un populisme naissant, jusqu'à présent malhabile, mais qui apprend vite.
Eternelle question de l'information : pour un peu d'audience, un média doit-il  inviter le diable à déjeûner? Certains disent qu'il ne faut à aucun prix, d'autres disent que l'on peut, si l'on a une très grande cuiller...

Pour les médias, quel est l'effet d'un tel recyclage de personnel politique ? Risquons quelques réponses...discutables :
  • L'information et la politique politicienne apparaissent en symbiose suspecte, confirmant les doutes des citoyens quant à la promesse d'objectivité des médias. "Donner" la parole aux puissants n'est pas un métier de journalistes. 
  • Dans une telle opération, le journalisme apparaît comme un art du paraître, démagogique, dénué de savoir-faire spécifique. Tout recrutement people déprofessionnalise, nolens volens, l'image des journalistes. Stratégie de dévalorisation ?

lundi 11 janvier 2010

Alibaba : 10 ans Business to Business

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Alibaba (阿里巴巴) est, avec Baidu, l'une des très grandes entreprises Internet nées en Chine (1999). Parmi les actionnaires d'Alibaba, Softbank et Yahoo!, ce dernier détenant 40% du capital (Alibaba gère Yahoo! en Chine). Son métier est le Business To Business (B2B) à l'échelle mondiale. Née de la nécessité de commercialiser les produits chinois hors de Chine, Alibaba a depuis dix ans fait rentrer dans sa caverne numérique 45 millions de clients, recrutés bien au-delà du marché chinois : "Global Trade Starts Here" (le commerce mondial commence ici) est son "Sésame, ouvre toi". 
  • Alibaba s'est diversifié et a développé des activités de stockage de données et de cloud computing (septembre 2009), de commerce B2C (Taobao qui détient 80% de marché C2C, et domine Youa, la filiale de Baidu), une place de marché publicitaire et de petites annonces (alimama), une plateforme de paiement (alipay). 
  • Alibaba dispose d'une plateforme pour le marché intérieur chinois et d'une plateforme internationale avec des sites en chinois, en anglais et en japonais. Alibaba est désormais présent en Europe occidentale, en Turquie et en Inde et propose ses offres en 6 langues (allemand, espagnol, français, italien, portugais et russe).
  • Alibaba offre à une entreprise des moyens commodes pour tester de manière fiable la pertinence de ses produits pour les marchés asiatiques (Chine, Japon, Vietnam, Indonésie, etc.). Alibaba fournit également à ses clients des informations indispensables au commerce international en ligne (transports, documents de douane, assurance, etc.).
  • La plateforme dispose d'un outil automatique d'achat de mots clés qui s'apparente à un moteur de recherche : Ali-Advance, permet aux "annonceurs" de placer leurs produits en position favorable dans l'offre visible .
En conclusion, Alibaba est plus qu'une place de marché internationale. Sa plateforme peut être utilisée pour étudier un marché : combien de demandes, combien de concurrents potentiels, etc. Alibaba, comme Google, vise aussi le tissu économique des petites entreprises (PME, PMI, TPE), des jeunes entreprises auxquelles il apporte des moyens pour se lancer prudemment sur le marché international, se positionnant comme une sorte d'incubateur virtuel. Sa récente campagne publicitaire sur le marché américain allait dans ce sens invitant les petites, voire toutes petites entreprises à passer à l'acte, s'adressant à elles avec un slogan pragmatique : "Find it. Make It. Sell It".
Né d'Internet, offrant une boîte à outils numériques de plus en plus riche, Alibaba n'est pas encombré par un passé de papier comme beaucoup de ses concurrents occidentaux. Adossé à l'immense marché chinois, Alibaba peut se prévaloir de ses ambitions internationales alors que la Chine est devenue en décembre 2009 le premier exportateur mondial. 

jeudi 7 janvier 2010

Automatisation et morale

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Google a été condamné par la Cour d'appel de Paris (arrêt du 9 décembre 2009) parce que Google Suggest, une fonctionnalité par défaut du moteur de recherche, a "produit" un énoncé associant le nom d'une entreprise avec le mot "arnaque". Cette association résulte du classement d'associations constatées dans le passé et stockées par Google sur ses serveurs.

Le tribunal n'a reconnu aucune valeur à l'argument de Google invoquant l'automaticité de la fabrication de l'expression. "Ce n'est pas moi, c'est le moteur", n'est pas un argument recevable. Prétendre qu'il n'y a pas d'intervention humaine est précisément faux : il n'y a pas de programme sans programmeur, derrière tout énoncé, même automatisé, il y a une pensée (un cogito), une personne avec une rémunération, sa liberté et sa responsabilité. Si le hasard ne fait pas bien les choses, c'est qu'il a été mal programmé. Il n'y a pas de "procès sans sujet" (au sens de processus, d'action), la langue ne saurait parler toute seule.

Le quantitatif a ses limites morales : nulle entreprise ne peut se défausser de sa liberté et de sa responsabilité sur le calcul statistique. Les automates ont bon dos. Que des énoncés semblables aient été auparavant produits en grand nombre ne justifie rien, au contraire : le moteur les renforce et les légitime en les répétant. Ce n'est pas Google "suggère" mais Google "répète". Un moteur de suggestion n'est-il pas nécessairement, par construction, un moteur de conformité ?
Le tribunal affirme que tout utilisateur est censé, par défaut, ignorer les principes de fonctionnement d'un moteur de recherche. Aussi, du point de vue de l'analyse linguistique, ces énoncés automatiques sont-ils, pour l'utilisateur non spécialisé, des énonciations dont Google est l'énonciateur. Donc l'auteur, le responsable.

Parce que Google innove sans cesse, en tout sens, il anime le droit, en pousse les limites et contribue à précipiter les problèmes fondamentaux d'une économie numérique. Ce jugement pose des limites morales à la "production" automatique des discours et à leur "reproduction". Il rappelle aussi la responsabilité inaliénable des entreprises programmant "automatiquement" des énoncés. On n'a pas fini de s'y référer. 



* Pour les éléments du jugement(discussion, etc.), voir legalis.net et notamment l'affaire Direct Energie.
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mercredi 6 janvier 2010

Télé passion et taux d'intérêt

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Le SNPTV se félicite de la tenue de la télévision. Les audiences mesurées dans les foyers ne baissent pas. La durée d'écoute par téléspectateur (DEI) est constante (près de 3 heures et demie chaque jour) et la télévision est allumée chaque jour plus de 5 heures et demie par foyer (Source : Médiamat, 4+, jour moyen L-D, 3H00-3H00). Sain rappel, intéressé, que devraient entendre les médiologues amateurs qui claironnent un peu vite la fin de la télé. De plus, cette audience mesurée sur les téléviseurs au domicile ignore encore toutes sortes d'audiences hors des foyers et hors téléviseur : elle est donc sous-estimée.

Ce que l'on ne sait pas, c'est la variation du taux d'intérêt de cette audience : quelles parts de la consommation affecter à la "télévision bouche-trou" (que l'on regarde faute de mieux, pour tuer le temps), à la "télévision passion" (choisie, anticipée, programmée, recherchée, regardée exclusivement, que l'on paie) et à la "télévision tapisserie" qui appartient au décor plus ou moins choisi de nos vies (télévision partagée dans un ensemble multi-tâche). Il y aurait pourtant des moyens d'approcher ces notions, sans bousculer les outils d'achats interprofessionnels : avec l'assiduité, la régularité, la socialisation de la consommation et de l'attention ("audience conjointe"), par exemple, pour citer les classiques. Mais aussi, plus malin, les émissions recherchées sur Internet, quand (avant, après, pendant), l'évolution des mots utilisés pour les trouver, l'univers sémantique associé à ces émissions, etc. 

La télévision gagnerait à faire valoir la part de "télévision passion" dans les consommations. Elle se distinguerait ainsi de bien d'autres médias et supports, qui vendent une majorité de média tapisserie. Que cela plaise ou non, les GRP ne sont pas tous égaux : les taux d'intérêt les distinguent. 
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lundi 4 janvier 2010

La fiction d'abord

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NBC fait marche arrière.
Nous avions évoqué, en avril 2009, le danger de placer le talk show de Jay Leno en fin de prime time. Cela devait faire baisser le coût de la grille, cela a surtout fait baisser l'audience. Des stations affiliées au network avaient regimbé, que le network avait fini par convaincre. A quel prix ?
Aujourd'hui, NBC, que vient de racheter Comcast (sauf avis défavorable des autorités réglementaires) annonce que le network augmentera le nombre de pilotes à tester. Il passera de 11 à 18 (10 x 52 mn et 8 x 32 mn), pour le prime time de la prochaine saison (septembre 2010) donc pour les ventes upfront de juin 2010 (ouverture du planning publicitaire annuel). Source : Bloomberg, intervew de Angela Bromstad, présidente du divertissement de prime time de NBC.
En télé, il n'y a pas de stratégie miracle : il faut multiplier les fictions nouvelles pour gagner les téléspectateurs. Les talks shows et autres variétés d'émission bon marché ne trompent que quelques uns, pas très longtemps. Une nouvelle fiction qui marche crée l'événement chaque semaine ; la plupart des émissions de plateau ne font que boucher des trous.
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samedi 2 janvier 2010

Les applis font vendre du papier

Après CityPhone, voici encore deux magazines consacrés aux applications iPhone / iTouch. Les éditeurs ont parié sur les fêtes : à qui l'on a offert un iPhone, il faut un guide des usages et des achats allant au-de là du mode d'emploi d'Apple, avec des suggestions, des illustrations, des évaluations, des conseils. C'est souvent peu, mais il s'agit d'une première approche pour s'orienter. La presse joue un rôle considérable dans la pédagogie, voire la didactique de la consommation, notamment pour les produits nouveaux. Ensuite, on peut consulter la boutique d'apllis de iTunes et les nombreux sites spécialisés.
  • mobiPHONE est un nouveau trimestriel, vendu 5,95 € (distribution MLP). Ce magazine se veut un "guide complet" et propose 250 applis classées en 20 thèmes. Pour chaque aplication, une brève description, une note (sur quelle base ?) et le prix. Pas de publicité hormis 3 pages de promotion de magazines du groupe, sur le catch et la musique sur PC.

  • Le magazine Mobiles (groupe Oracom) propose son deuxième hors série (le volume 1 est sorti en octobre) sur le même canevas, au prix de 9,5€. Un inventaire de 240 applis, réputées "les meilleures". Classées en 20 thèmes, notées. Publicité : quelques pages, de publicité captive surtout, et des pages pour les magazines du groupe.
A l'exception de CityPhone, les revenus publicitaires de ces titres sont sans doute maigres voire inexistants. Les prix de vente sont élevés, le rédactionnel plutôt limité et standardisé : modèle économique clair. Le marché des applis est un marché naissant, il va au-delà de l'iPhone et tend vers l'universel. Tout téléphone donnera bientôt accès à des applis (voir sur ce point ce qu'indiquera le nouveau Nexus One de Google / android).

Trois titres en un mois sur un même thème. Beaucoup de ressemblances.
Certains professionnels y verront l'illustration et la cause d'un trop grand nombre de titres dans certains points de vente. D'autres y verront une heureuse diversité. Laissons le consommateur trancher, comme pour d'autres produits, comme il tranche aussi tous les jours entre les multiples "féminins", les nombreux titres de sport ou les titres people dont la diversité n'est pas toujours éclatante. Reste, bien sûr, la question de la nature du marché. La presse est un produit subventionné par l'impôt, comme beaucoup d'autres. Ce débat là n'a pas lieu.
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