mercredi 29 septembre 2010

Qu'est-ce qu'un média local (2) ? La Voix de l'Ain (France)

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S'il est une certitude quant à l'évolution prochaine des médias, c'est que les médias locaux ne cesseront d'être de plus en plus importants. Du tableau d'affichage devant l'école aux annonces en tout genre, sur le pare-brise ou dans la boîte aux lettres, on ne peut vivre sans information locale. Elle est le carburant de la vie quotidienne, indispensable service aux consommateurs mais aussi aux entreprises et aux associations.
Le numérique donne aux médias locaux des moyens progressivement démultipliés ; pour un groupe média, apprécier le calendrier de la mutation à entreprendre est délicat. Alors que les médias traditionnels hésitent à investir le local (télé, radio), de nouveaux concurrents s'y engouffrent, Google d'abord, dont la géolocalisation et le moteur de recherche sont le Cheval de Troie (cf. mobile search), mais aussi les sites d'annonces gratuites comme Le Bon Coin. De plus, les médias locaux et régionaux subissent aussi la concurrence, perçue comme "déloyale", des médias réalisés par les collectivités locales de tout niveau, distribués gratuitement, aidés par l'impôt local et les infrastructures administratives.

Dans le cas du quotidien local américain The Day, nous avons examiné les contenus éditoriaux pour en déceler la part exclusive, sans laquelle le média ne serait que répétition. Effectuons un exercice semblable avec un hebdomadaire départemental français, Voix de l'Ain, titre membre du Syndicat de la Presse Hebdomadaire Régional (SPHR). Voix de l'Ain est l'un des quatre hebdo du groupe HCR (Hebdomadaires Catholiques Régionaux) avec Croix de la Haute-Marne, Hebdo de l'Ardèche et Drôme Hebdo
Le N° du 3 septembre 2010 comprend comme toujours deux cahiers, l'ensemble comptant 64 pages. Le numéro, en kiosque le vendredi, est vendu 1,5 €, l'abonnement annuel coûtant 59 € pour 52 numéros (1,14 € le numéro). A la différence des Etats-Unis, il n'y a pour ce titre ni portage ni distributeurs automatiques : le titre est entièrement dépendant des diffuseurs et de leur rythme d'ouverture.

Le premier cahier est 100% local. Hyperlocal même. Les 28 pages sont divisées en aires géographiques élémentaires (communes). Le second cahier, "actualités départementales", suit une présentation plus globale,  mais tous les contenus y ont une relation forte avec le département de l'Ain. Au plan rédactionnel, toute la vie est là : les fêtes, la pétanque, l'école, les messes, la réception des nouveaux bacheliers, la course cycliste des cadets, le club de scrabble, la pêche d'une belle truite, les galettes de la Croix Rouge, le retour d'une équipe sénior au FC des Bords de l'Ain, le bal du samedi interrompu, les miss Pays de l'Ain...
Le seul contenu non local est celui des programmes de télévision, des jeux flêchés et de la cuisine.
Une vérification effectuée sur le numéro du 24 septembre confirme cette anatomie des contenus.

Evidemment, cette stricte localisation éditoriale a son pendant publicitaire : les annonceurs renvoient tous au point de vente. La seule surprise tient à la faible présence d'annonceurs nationaux associant leur image nationale à uu distributeur local, et ceci malgré la participation du titre à une régie nationale des hebdomadaires régionaux (Espace PHR). Les inserts (encartage) et le couponnage sont beaucoup ici moins importants qu'aux Etats-Unis.
On compte plus d'une quarantaine d'annonceurs locaux par numéro. Beaucoup relèvent de la distribution spécialisée (bureautique, meuble, motoculture, maison, sport, etc.) ; en comparaison avec les Etats-Unis, l'automobile est peu pésente. Toute la vie locale est illustrée : paysagistes, assurances, installateurs de chauffage, de cuisines et salles de bains, optique, isolation, les marchés, foires et salons, un parc de loisirs, le rugby (abonnement au stade)... Sans compter les annonceurs que l'on n'imagine pas toujours comme cette entreprise de charpente et couverture qui assure aussi bien la réfection des clochers que l'installation de panneaux photovoltaïques...

La diversification menée par Voix de l'Ain est à la fois prudente et résolument innovante (cf. la présentation du site par Bernard Bienvenu, directeur de la publication). L'hebdo s'est mis au numérique, ouvrant la plupart des fronts raisonnables, ce qui est la méthode la plus certaine pour tester l'appétit et l'évolution des comportements des utilisateurs. Ces développements numériques, toujours plus ou moins en bêta, ne se font pas au détriment du papier, au contraire, tant l'expérience apprend que l'opposition radicale papier / numérique est sans issue.
  • Le titre a son site qui le rend quotidien ; il s'enrichit de blogs, flux RSS, podcast, newsletter 
  • La présence du titre est assurée dans les réseaux sociaux essentiels : twitter, Facebook 
  • Le Carnet du jour recense en ligne les décès du département et des départements limitrophes, ouverts aux annonceurs des pompres funèbres, et qui permet d'adresser ses condoléances aux familles. L'expérience a montré qu'un tel site ne dispensait pas de l'annonce dans les pages papier.
  • Voix de l'Ain édite chaque année L'aindex qui répertorie les "élus et responsables", les contacts utiles (10 €), accessible en version numérique, notamment pour la mise à jour par les annonceurs (plus de 2 000 contacts, 256 pages avec index).
  • Le groupe publie un magazine, Ma(g)aville.fr, mensuel gratuit consacré à une ville (Bourg-en-Bresse). Sa belle réalisation attire les annonceurs soucieux d'image autant que de trafic sur le point de vente.
Reste le mobile, média local par excellence, média de la distribution aussi, qui mérite d'être testé, surtout si se développent les accès wifi publics et si se démocratise la gamme des terminaux portables, des tablettes et smartphones. Quand le marché sera-t-il mûr pour des applis ? Le marché local manque d'études, on y a trop copié le national alors que la proximité permettrait sans doute des méthodologies originales et plus fécondes, ethnographiques par exemple. 
Le numérique libère la presse hebdomadaire et locale d'un positionnement longtemps imité des quotidiens régionaux. Le rythme hebdomadaire du papier s'accompagne bien du rythme quotidien voire plus fréquent encore en cas d'événements locaux, que permettent les présences numériques diverses. Le recours maîtrisé aux utilisateurs pour du rédactionnel (crowd sourcing) et aux réseaux sociaux pour les interactions dynamisent les contenus locaux. Un hebdomadaire régional peut constituer le point de départ de groupes multimédia locaux : Voix de l'Ain en fait quotidiennement la démonstration.
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lundi 27 septembre 2010

Presse TV multipliée

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Lundi, dans les points de vente presse, c'est le jour de la télé. La plupart des titres de presse télévision sortent le lundi matin.
Depuis quelque temps nombre d'entre eux sortent en plusieurs versions : avec DVD, livres, suppléments divers. Dans mon point de vente, ce lundi, 8 titres. 5 d'entre eux proposent la version simple et des versions avec suppléments. Le plus diversifié, Télé 7 jours, propose 5 versions en plus de la version simple. Télé Star en propose 4. Au total, 23 modalités d'offres pour ces 8 titres.
Voyons Télé 7 Jours (20 septembre).
  • Le numéro simple, sans supplément est vendu 1€
  • Avec un CD de la collection des Concerts Mythiques de l'Olympia (cette semaine, Johnny Halliday) : 2,99€
  • Avec le DVD d'Arabesque (série policière américaine) : 5,99€
  • Avec un volume des Incontournables de la littérature en BD : 6,98€
  • Avec Paris Match : 2,5€
  • Avec Télé 7 Jeux : 1,5€
Le mercredi, Télérama propose 5 versions de son magazine : une simple, une avec album, une avec DVD musique, une avec 2 VD cinéma (cette semaine, Chabrol), et un hors-série de Télérama horizons consacré à Depardon.

Toutes ces offres enrichies sont intéressantes mais compliquées pour les clients, compliquées pour les getionnaires des points de vente surtout qui doivent exposer ou stocker toutes les versions, expliquer au client les variantes de la semaine, s'assurer qu'il a pris celle qu'il souhaitait, lui en rappeler le prix. Il y a des clients qui décident au coup par coup, selon la BD, le DVD, d'autres qui collectionnent et pour qui il faut "mettre de côté" (comme un abonnement)... Seul le réseau de diffuseurs peut assurer ces transactions complexes, changeantes.

Cette multiplication des variantes se généralise ; elle touche surtout la presse féminine : d'abord, ce furent les double formats (classique et poche), puis les "plus-produits", puis les packages de plusieurs titres (on ajoute un Hors-Série, un numéro ancien, un autre titre du même éditeur, etc.). Tout ceci n'empêche pas la profession de se plaindre du trop grand nombre de titres référencés, de la loi Bichet.

La presse TV reste un segment essentiel de la presse en France : les deux tiers des personnes de 15 ans et plus en lisent au moins un titre (AEPM 2010). Beaucoup de titres de presse TV sont parmi les plus puissants du marché (exemplaires diffusés X taux de circulation X reprises en main). Quel est l'effet sur la diffusion de ces offres augmentées ? Sur quelles concurrences, sur quels budgets mordent-elles ?
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jeudi 23 septembre 2010

Barter syndication and content netwoks

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VideoEgg buys Six Apart and becomes Say Media. 
  • VideoEgg is a rich media adnetwork. Six Apart was first a blog network ("connects marketers and bloggers to a massive audience through its social media platform"). Then it became a publishing platform and more recently an ad network. Finally, what do we get:? A network of content, federated by advertising tools. VideoEgg provides advertising tools. The new entity is rebranded Say Media,; now it is a rep. 
Issuu and Adform got together to launch Issuu AdPages
  • Issuu is a place for different kinds of documents (magazines, brochures, catalogues, etc.) to be published on line ("publish by millions"). AdForm provides advertising tools (adserving, creative optimization, web analytics, etc.). Issuu AdPages is another kind of ad network, a rep.
Behind these moves and the usual rhetoric ("a new rich digital media format"), there is something already familiar to the U.S.: a network that corresponds to the traditional radio and TV media. Gather an audience, exchange it against advertising space or time (barter) + cash. Glam Media, Say Media, Federated Media, Wikio, Demand Media, Associated Content (bought out by Yahoo!), Squidoo, Seed, 5min Life Videopedia (the last two bought out by AOL), GoAdv, SB Nation, About.com (bought out by The New York Times), etc.: they are all more or less "content farms", many of them rely on crowd sourcing and user-generated content. Yahoo does the same thing when it puts together content from women's magazines (cf. "Du neuf avec du vieux"). It follows the same logic: gather or generate content and sell advertising (revenue sharing). It is a simplified version of a TV network.
What is the most obvious difference between TV networks and Issu AdPages or Say Media? TV networks' advertising tools are simply less sophisticated.
The Hollywood studios which own the TV networks know how to produce content. Internet develops efficient ad tools. One day, soon, they will merge. And the media world will be different.
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lundi 20 septembre 2010

Paradoxes comptables : site et papier

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Lisant un texte du Comité d'entreprise du Monde Interactif (avis consultatif sur la cession), on apprend que la valorisation du Monde Interactif (MIA) serait supérieure à celle du quotidien papier.
On apprend aussi que LePost.fr présente pour l'année 2009 un chiffre d'affaires de 0,2 million €, des pertes de 1,3 million € et une audience de 3 millions de visiteurs uniques par mois.
On apprend également que la relation entre Le Monde papier et LeMonde.fr est règlée par une redevance de marque et une redevance pour les contenus rédactionnals payées par le site, tandis que le papier verse une participation au site pour les abonnés papier bénéficiant de l'accès au site.
  • Qu'est ce qu'une valorisation dans ces cas (quel mode d'actualisation) ?
  • Comment démêle t-on les effets du capital de marque et des transferts réciproques d'image ? Ce capital marque et ces transferts d'image valent bien sûr pour les lectorats mais aussi pour les annonceurs et les agences média. Si capital marque et capital client sont particulièrement importants dans le cas d'un média et sans doute tout particulièrement dans le cas du Monde, les "techniques" pour les évaluer restent excessivement confuses et discutées.
On perçoit ici les limites de la comptabilité très analytique et des décisions prises à partir de "faits" ainsi "faits".
  • On pourrait aussi procéder, "pour voir", à la manière de l'histoire contrefactuelle : si l'on supprime les sites, quid du papier ? Si l'on supprime le papier, quid des sites ? 
  • Alors que les annonceurs se préoccupent d'actions média et de mesures transversales (cross-media), où en sont les sciences de gestion de ces combinaisons ?
Ces médias, qui vivent "ensemble séparés", peuvent-ils vivre l'un sans l'autre ? A première vue, non. Le divorce semble le risque majeur à prendre en compte pour l'actualisation de chacun des actifs. Comment peut-on valoriser séparément des actifs inséparables ?
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vendredi 17 septembre 2010

Lecture, nature et culture

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Débat en cours sur les "livres électroniques".
En réponse aux arguments du président d'amazon.com contre l'écran tactile, Sony (Sony Electronics' Vice President for Digital Reading) se réfère, pour justifier son choix d'un écran tactile, à la nature de la lecture, à l'expérience naturelle de la lecture : "A touchscreen is an important part of the digital reading experience; it mirrors the natural reading experience" (cité par USA Today). Quelques jours plus tard, on a pu voir sur Internet la publicité pour la nouvelle gamme de "e-readers" de Sony : "A natural reading experience like a real book". amazon a choisi un écran non tactile où il faut appuyer sur un onglet pour "tourner" la page (Kindle). L'iPad a choisi le feuilletage dont le geste est différent du geste effectué avec le papier, feuilletage limité, page après page (comme pour tous les "readers" utilisés sur les PC, par la presse notamment).
Faux arguments en faveur de l'écran tactile qui n'en a d'ailleurs pas besoin pour être justifié.
Il n'y a pas une expérience "naturelle"de la lecture mais des expériences cultivées par les usages : la lecture d'un livre d'aujourd'hui diffère de la lecture d'un rouleau de papyrus (volumen), de tablettes de cire (pugillares) ou de bambou (Chine ancienne) ou d'un journal ; lire du chinois n'est pas lire de l'allemand ou des hiéroglyphes, lire un manuscrit n'est pas lire un imprimé, lire une partition n'est pas lire une encyclopédie, lire un texte sans séparation entre les mots (scripta continua) n'est pas lire un texte où des blancs (ou des points) les séparent, etc. Lire un livre de poche n'est pas lire un "beau livre" (coffee table book)...
Qu'est-ce qu'un habitus de lecteur de livre papier aujourd'hui ? Feuilleter, corner une page, souligner, annoter mais aussi aligner sur des rayonnages, classer, empiler... autrefois, couper les pages...
Il n'y a aucune raison de rapporter la lecture d'un livre électronique à celle d'un livre de papier. Toute l'histoire de la lecture et de ses supports le démontre (que l'on se reporte aux travaux de Roger Chartier). La croyance en une nature universelle et éternelle de la lecture et du livre constitue un obstacle à l'innovation en matière de supports de lecture. Les supports nouveaux inventeront de nouveaux usages, de nouvelles manières de lire. "Feuilleter" est un geste appris, en famille, systématisé à l'école maternelle et renforcé par la pratique de la lecture de livres en papier ; c'est d'ailleurs un geste orienté par le sens de l'écriture (de droite à gauche ou de gauche à droite, selon les langues).
Le livre électronique doit se libérer du culte du livre de papier.
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mercredi 15 septembre 2010

La rue : méli-mélo médias

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Tout média, expliquait Marshall McLuhan, contient d'autres médias, tout média nouveau englobant les précédents.

La rue rassemble des médias depuis toujours (vitrines, enseignes, monuments, échoppes) ; de plus, elle attire les médias à la recherche d'audience (affiches, crieurs, etc.). On en trouve de nombreuses mentions dans l'épigraphie, dans la musique, dans la littérature : Clément Janequin ("Voulez-vous ouyr les cris de Paris", 1545), Marcel Proust et l'activité commerciale de la rue évoquée dans La Prisonnière ("cris où nous est rendue sensible la vie circulante des métiers, des nourritures de Paris", 1923), Guillaume Apollinaire dans "Alcools" ("Zone" : "Les inscriptions des enseignes et des murailles / Les plaques les avis à la façon des perroquets criaillent", 1913).
En ce sens, la rue commerçante, la place du marché sont, au même titre qu'Internet, des médias de médias (media mediorum).

Un rue à New York
Les médias les plus modernes de la rue, ici les écrans numériques, ne font pas disparaître les anciens médias ; tout se passe, au contraire, comme s'ils en ravivaient les couleurs.
Tout y fleurit comme en cet endroit de New York où se mêlent des écrans numériques de toutes tailles, des hommes-sandwichs, des crieurs, des PLV, des vitrines, des ventes ambulantes, des mobiliers urbains, des enseignes, des véhicules de transport public bardés de publicité, des distributions de prospectus, etc.
Quelques siècles de média coexistent en un coin de rue. L'intégrale des médias.

Du coup, la difficulté est moins de déceler les caractéristiques d'un nouveau média que d'estimer le mélange nouveau de médias dans lequel il s'insère, le cocktail inédit qui s'établit progressivement au gré des usages, la répartition de l'attention des passants et chalands.

Les nouveaux médias complexifient l'usage des médias précédents : la difficulté ultime, c'est la transition d'un cocktail média à l'autre, le mélange, l'interaction des médias. Dans la rue, triomphe le cross média.

vendredi 10 septembre 2010

Le dur désir de ne pas durer

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Google Instant accélère son moteur de recherche, la recherche s'effectuant au fur et à mesure que l'on écrit prédisant l'avenir de notre recherche à partir de résultats passés, obligeant à trier immédiatement parmi des suggestions de résultats. Quels effets ?
Manifestement, Internet est une culture d'optimisation systématique de la durée, une culture d'anticipations, une culture de gestion des probabilités. Ceci doit nous amener à remettre en chantier le profile médiatique de la notion de durée (déclinons ici la notion de "profile épistémologique" de Bachelard).
La culture média traditionnelle sur-valorisait la durée : durée d"écoute (DEA / DEI), taux d'assiduité (stickyness), durée d'exposition, de lecture, etc.
Internet inverse ce profile : la durée sur Internet est connotée négativement, du temps perdu pour tout le monde, un manque à gagner, un coût de renoncement toujours croissant. Le contraire de l'efficacité. La culture numérique recherche l'instant, l'instantané. Média de l'im-médiat, Google Instant en est une illustration. Google Instant compense la lenteur de frappe et prétend faire gagner 2 à 5 secondes par recherche en produisant les résultats avant que l'on ait rentré complètement l'expression dans le cartouche de recherche ("search as you type"). Le gain de temps nait de l'écart entre vitesse de frappe et vitesse de lecture, la pensée obéissant mieux à l'oeil qu'au doigt. Question d'ergonomie... qui affectera (légèrement) la manière dont sont comptées les impressions.
Quelle pertinence accorder, dans une telle optique, aux "révélations" d'analystes, brandisant comScore ou Hitwise, selon lesquelles on passerait plus de temps sur Facebook que sur Google ? Aucune.
Comment cette accélération affectera-t-elle, dans le moyen terme, les comportements de recherche ? Les effets seront-ils différents selon les langues (longueur des mots, etc.) ? Notons encore que Google Instant semble proche dans son principe de Google Scribe, accélérateur, prédicteur et correcteur d'écriture.

Les changements induits par Google débordent largement  la question des contenus et des modalités d'accès aux contenus, Google change insensiblement nos habitus les plus intimes, les moins visibles. En ce sens, nous devenons cette "res googlans", cette "chose qui pense" de plus en plus avec Google, comme Google.
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Du neuf avec du vieux ou du vieux avec du neuf ?

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C'est une célèbre définition de mots croisés, par Georges Pérec : "faire du vieux avec du neuf", en onze lettres, qui vient à l'esprit !
Yahoo! annonce un portail féminin (Yahoo! Pour Elles) avec des promesses ambitieuses : être parmi le "top 5 des marques on line féminines d'ici à un an". Dans cette déclinaison française du modèle américain (Shine, 2008), toutes les thématiques dites "féminines" seront traitées. 150 articles par semaine : voilà qui devrait créer des emplois de journalistes...
Non, car les articles proviendront notamment de Grazia, Top santé, Marie Claire, Le Figaro Madame, Vogue, Glamour, Psychologies, Cosmopolitan, Avantages... En fait de nouveauté, ce n'est qu'une nouvelle agrégation gratuite de produits de presse. Incitation à ne pas acheter les magazines : pourquoi acheter ce qui est gratuit ailleurs ? Au passage, les marques de presse passent sous la coupe d'une marque distributeur (celle de l'agrégateur) et se délitent un peu plus. Le modèle économique de Yahoo! Pour Elles est publicitaire, donc c'est un modèle de presse gratuite.
Rien de neuf : Yahoo! pour qui ?

jeudi 9 septembre 2010

Le local, autrement dit

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La radio publique américaine (NPR) lance une initiative de couverture de la vie locale qui rompt avec les traditionnelles thématiques juxtaposées en patchwork par les médias locaux, journal, TV ou radio.
12 sites de 12 stations locales de radio publique, implantées dans agglomérations différentes, sont reliés pour constituer un réseau de blogs que NPR a baptisé "Argo Network". Chacun des sites s'est spécialisé dans un domaine : la santé, l'éducation, le changement climatique, la sûreté, la  musique, l'environnement, etc. Ces grands thèmes sont toujours traités dans une perspective locale. Accent local, intérêt général.


NPR attend des bloggers participants qu'ils sélectionnent, pointent des sites pertinents sur leur sujet ("curating"), produisant un bouquet changeant de liens. Ce qui est recherché est l'établissment d'un courant d'information, plutôt que de la confection de segments isolés. Si le thème retenu est constant, les traitements sont changeants (flux) et multiples (interviews, photos, liens, etc.).
Cette dialectique du thème (concept, idée) et des approches vécues par différents acteurs de la vie locale donne une vitalité et un intérêt renouvelés à chacune de ces approches. Le local est analysé au travers du prisme de questions universelles (la justice, l'environnement, etc) ; l'universel est perçu au travers d'approches locales.
On s'éloigne ainsi du journalisme à la pyramide inversée (inverted pyramid) qui va de l'essentiel au secondaire, ainsi qu'on l'enseigne dans les écoles américaines de journalisme : dogme du premier paragraphe qui résume tout (summary news lead) et qui semble hérité de l'incipit du Moyen-AgeDogme dangereux avec la lecture numérique : ce premier résumé est ce que retient désormais le lecteur de Google News et des flux RSS (RSS reader).
Argo Network inverse la pyramide inversée, remet le journalisme sur ses pieds, le délinéarise, rétablit l'histoire, la recherche, l'enquête... et chaque internaute peut se les raconter : c'est lui qui effectue le montage final.
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lundi 6 septembre 2010

Rigoletto : quelle culture téléviser ?

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"Rigoletto", l'opéra de Verdi, inspiré d'une pièce de Victor Hugo ("Le Roi s'amuse", 1832), filmé par Marco Bellocchio, retransmis samedi soir, en direct de Mantoue, sur la chaîne de télévision France 3 aurait, selon le Médiamat (Médiatrie), retenu l'intérêt de plus de 541 000 personnes (pour l'Acte I).
Echec, lit-on dans la presse. Effectivement, "Les Experts" ont fait dix fois mieux sur TF1, les "Stars du rire" quatre fois (France 2) et les "Simpsons" deux fois (W9). France 3 n'est même pas dans le tiercé gagnant. Si échec il y a, de quoi est-ce l'échec ? De l'enseignement musical ou littéraire, de la communication de France Télévision, etc.
Et, dans quelle mesure, cette mesure est-elle pertinente pour apprécier la réussite d'une telle retransmission ? Simpsons / Rigoletto, même combat ? Et le commentaire des audiences de la télévision ne mérite-t-il pas mieux qu'un traitement de courses hippiques ?

Qu'un opéra réunisse plus d'un demi million de personnes est pourtant un formidable succès ! Combien de salles, pendant combien de temps faudrait-il pour réunir une telle audience ? Sans compter que ceux qui ont regardé n'avaient sans doute aucune chance de fréquenter un tel spectacle en salle : obstacles géographique, budgétaire, etc. Réussite donc pour France 3. Service public accompli.
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dimanche 5 septembre 2010

Menus, recettes, listes et comportement du consommateur

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Résultat (escompté !) de la recette
Les meilleures promo du moment, près de chez moi, pour un produit alimentaire donné : c'est ce que propose le site américain Prevention.com grâce à son outil de recherche. Ce moteur est proposé dans la partie "recettes de cuisine"du site, Healthy Recipe Finder (recherche de recettes "bonnes pour la santé").

Prevention.com est le site du mensuel du même nom, publié par Rodale, éditeur américain de magazines, de livres et de sites consacrés à la santé et aux loisirs sportifs. Prevention, créé en 1950, est consacré à la santé et à l'alimentation (1 $ le numéro) : près de 3 millions d'exemplaires diffusés (11 millions de lecteurs). Le site est développé par une JV de Qponix (pour les listes) et de MyGrocery.com (pour les promos).

Dans le moteur, il faut indiquer d'abord le code postal (zip code), puis une catégorie de produits, et éventuellement, une enseigne de magasin ; par défaut, le moteur prend en compte toutes les enseignes alimentaires correspondant au code postal. On peut, par exemple, partir d'une recette de cuisine et rechercher les ingrédients nécessaires, au meilleur prix, dans les enseignes proches. Le moteur sort les promotions correspondant à la catégorie de produits et signale les magasins où elles sont proposées. Il est possible ensuite d'inscrire, d'un click, le produit choisi sur une liste que l'on peut imprimer avant d'aller faire ses courses. Solution peu commode. En fait, il manque une appli...

Cette appli, nous la trouvons avec Qponix qui l'a développée pour l'enseigne Meijer (Meijer MealBox), par exemple. On part des menus de la semaine, des recettes nécessaires (y compris des recettes des clients, user generated content) ; la liste des produits à acheter se constitue en optimisant le budget : l'appli promet 50% de réduction de la facture d'épicerie. S'y ajoutent les coupons et les publicités propres à un point de vente donné (local deals) ainsi que la carte de fidélité. L'appli garde en mémoire les recettes, les produits achetés, etc. La liste s'organise selon les rayons et les linéaires pour rationaliser le trajet dans le point de vente et faire gagner du temps au moment des courses.

Liste des ingédients classés par linéaire
On le comprendra, de tels développements, si l'usage s'en généralisait, remettront en question nombre de postulats du shopper marketing (in-store marketing), du comportement du consommateur et de la distribution.
  • Dans cette logique de type AroundMe, le client devient le centre de son monde ; la zone d'attraction, de chalandise change de sens. Le point de vente n'est plus au centre du comportement des consommateurs (révolution copernicienne du marketing !). 
  • Le moteur ne propose même pas de filtrer les propositions à partir d'une marque : les marques, plus encore que les enseignes, sont dissoutes par la logique même du moteur. Le moteur de recherche transcende les marques et optimise les choix commerciaux à partir du prix et de la proximité, variables commodes et indiscutables, toutes choses égales par ailleurs. Cette démarche, favorable aux marques distributeurs (MDD), impose un nouveau marketing aux marques traditionnelles (référencement, prix) car la notoriété et l'image sont moins discriminantes.
  • La PLV traditionnelle devra trouver des voies plus créatrices pour retenir l'attention des chalands car nombre de décisions d'achat sont effectués avant l'entrée du client dans le magasin.

mercredi 1 septembre 2010

EXPOS

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EXPOS, "Le guide des plus belles expositions à Paris, en France, en Europe" vient de paraître. Magazine bimestriel, 2,9 € (abonnement annuel, 6 numéros, 15 €).
Les musées, les expositions occupent une place croissante dans les consommations culturelles. Liés au tourisme, au patrimoine, à l'éducation et à la "bonne volonté culturelle", ils constituent un vaste domaine que la presse peut exploiter dans l'intérêt des publics et des expositions.

Ce nouveau titre concentre tout ce qui, aujourd'hui est susceptible de favoriser la réussite de la presse magazine papier. La maniabilité (petit format), des informations locales (130 villes), un guide facile à utiliser, factuel (sommaire par ville, adresses, dates, sites Internet, prix), européanisé (une partie en anglais). Résultat impeccable : clair, sobre, efficace.
La publicité captive (galeries, musées, réservations / billetterie, etc.) passe bien, apporte des informations complémentaires.
A quand d'autres langues, des applis, un site à part (avec avis des visiteurs sur les expos, etc. ) ? Une articulation papier / numérique, adaptée aux besoins spécifiques du domaine est à inventer (cf. L'iPhone au musée).
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