mardi 31 décembre 2013

Binge viewing : nouveau régime télévisuel


Netflix, qui a inauguré le binge-viewing en avril 2013 avec "House of Cards", a fait conduire une enquête pour mieux connaître le régime de consommation télévisuelle de la génération que l'on a baptisée, c'était à craindre, "binge-viewing generation" : près des deux tiers des Américains regardent deux à trois épisodes d'une même série chaque semaine, compromettant à terme la consommation linéaire de la télévision et inculquant le binge-viewing dans une définition toutefois plus modeste qu'on ne l'imaginait.

L'intérêt des résultats de l'enquête pour Netflix est la construction d'un argumentaire afin de négocier ses accords de streaming avec les producteurs de séries et défendre le "stream and binge" ! L'enquête confiée à Harris a été menée auprès de 3 078 personnes, en novembre 2013. Elle est complétée à fin d'analyse par des entretiens en vue de dégager les raisonnements tenus par les téléspectateurs et leur manière d'aborder la question du binge viewing (en quels termes, etc.).
Les résultats sont sans surprise renversante : en matière de binge viewing, les téléspectateurs américains s'en tiennent à quelques épisodes : 3 à 6 en une fois. Ce n'est donc que très rarement une saison entière, un week-end complet comme on a pu le croire.
Netflix a également communiqué deux statistiques sur la structure et le rythme de la consommation :
- pour une série de 13 épisodes : 25% des épisodes sont regardés en deux jours, 48% en une semaine
- pour une série de 22 épisodes : 16% des épisodes sont regardés en deux jours, 47% en une semaine

De plus, les téléspectateurs commencent rarement de regarder une nouvelle série avant d'avoir regardé tous les épisodes de la précédente.

Pour Noël, la série animée pour enfants "Turbo: Fast" a été livrée en une première tranches de 5 épisodes. Les autres tranches seront proposées plus tard, à l'occasion d'autres fêtes. Le binge viewing est susceptible de divers aménagements.

Netflix voudrait, semble-t-il, guérir les Américains de la culpabilité télévisuelle qui les hante. La télévision a été qualifiée de drogue ("plug-in drug"), les téléspectateurs de "couch potatoes" ; la télévision a été déclarée responsable des échecs scolaires, de l'obésité, de la violence... Or, le mot "binge" connote la gloutonnerie, l'excès... Fallait-il accepter ce terme peu flatteur ? Le danger semble passé, l'expression se banalise et la pratique conquiert les téléspectateurs. On parle aussi de "marathoning" pour désigne la consommation de 3 épisodes par jour ou plus.
Aux antipodes de la culpabilité, le binge-watching se mérite : HBO GO (cf. infra sur Twitter) propose aux étudiants qui viennent de terminer leur session d'examens ("FinalsWeek", début décembre) de se laisser aller et de s'octroyer de longues tranches de séries (binge watching). "O récompense après une pensée..."


New York : la presse s'estompe...


Newspaper vending machine
en état de marche à Chinatown
La presse se fait rare dans les rues de New York. Peu de kiosques ouverts, presse rarement présente à l'étalage des petits magasins ; quant aux "newspaper vending machines", elles ont presque disparu du paysage urbain. Il y a trente ans, Gannett en avait installé partout aux couleurs de USA Today ; les machines étaient conçues comme des écrans de télé où l'on pouvait regarder les grands titres du jour... USA Today, national, allait concurrencer la télévision avec son grand titre et sa photo centrale, "above the fold". Ecran contre écran !

Aujourd'hui, les distributeurs automatiques de journaux sont en piteux état ; souvent vides, ils ne vendent plus guère... que des gratuits (parmi les exceptions : le China Daily cf. ci-contre).
Absence de visibilité, absence de notoriété, absence de publicité (d'existence publique). Ces absences ne sont pas, ne seront pas, compensées par les indispensables présences numériques. Ce manque à voir rappelle combien la presse est un média mixte qui doit s'afficher.

Penser la presse dans la ville, c'est davantage que penser la presse : c'est aussi penser la place publique comme lieu d'idées, d'échanges, de conversation. Les réseaux sociaux numériques ne remplacent pas la place publique. Penser la présence de la presse dans la ville, l'aider, la stimuler est un problème politique, par définition. Pourquoi ne pas donner à la presse un privilège d'affichage numérique dans les lieux publics ? Un pauvre urbanisme commercial sans idées a remplacé les points de vente presse des centres villes par des boutiques de téléphonie (cf. La presse dans le quartier) : nos villes ont besoin de mettre des médias au cœur de l'urbanisme.

Distributeurs automatiques (7ème Avenue / 23 ème rue)
N.B. Place publique : l'agora (ἀγορά, du verbe ἀγείρω, "assembler"), place publique d'Athènes où, ainsi que dans les échoppes qui l'entouraient, se construisait et se discutait la vie publique à l'époque de Démosthène et Périclès. Cf. Sian Lewis, News and Society in the Greek Polis, 1996, University of North Caolina Press, 206 p., Bibliogr. Index

dimanche 29 décembre 2013

Facebook uncool ?

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A partir d'un travail universitaire, financé par l'Union européenne, un chercheur déclare que, pour les jeunes de Grande-Bretagne, Facebook est "mort et enterré" : "it is basically dead and buried".
Cette affirmation a été reprise par de nombreux médias, telle quelle.
La formule résume les conclusions tirées d'une étude ethnographique. Selon cette étude, laissant Facebook à leurs familles, les jeunes de 16-18 ans se tourneraient vers d'autres réseaux, d'autres applis : Snapchat, Instagram, Twitter, WhatsApp.

La question que suggèrent ces conclusions est surtout celle de leur crédibilité, et d'abord de leur possibilité scientifique. Car, en fait, que peut-on savoir ?
A quelle méthodologie se fier ? Comment des adultes, des chercheurs peuvent-ils savoir ce que pensent et font les adolescents, en général, et en matière de réseaux sociaux, en particulier ?
  • De quelle ethnologie relève cette recherche ? S'agit-il de déclarations ? S'agit-il d'observations ? Conduites dans quelles conditions sociales (tout enquête établit un rapport social) ? Pendant combien de temps ? La situation d'observation ne risque-t-elle pas de perturber les personnes observées (observer effectHawthorne effect) et d'en affecter les comportements ?
  • Qui sont les adolescents enquêtés ? A quels milieux sociaux appartiennent-ils, quel est leur situation scolaire, avec ce que ceci implique de maîtrise des codes langagiers, de capital culturel, de capital social, etc. ? Des garçons, des filles ? Quel est leur équipement numérique ? Comment ces variables affectent-elles leurs opinions, leurs attitudes, leur expression ? Car comment imaginer quelque unanimité...
La question raisonnable et primordiale paraît plutôt : à quelle(s) condition(s), non intrusive(s), pourrait-on savoir ce que les adolescents font et pensent de Facebook et d'autres réseaux sociaux ? Quel pourraient-être les modes de production d'un tel savoir, leurs limites ? Comment le valider ?
En communiquant les conclusions d'une telle enquête au grand public, le chercheur laisser croire que l'on peut savoir, que c'est simple, alors que justement, comme l'on dit avec Facebook : "it's complicated". On reconnaît là les problèmes de la vulgarisation et de la communication aux non-spécialistes : le grand public demande des prophètes du monde social et il leur demande des propositions simples et frappantes, des révélations. Difficulté du métier de journaliste.

Une partie de la réponse à la question du public de Facebook se trouve chez Facebook (et Instagram), sans doute à partir d'une étude longitudinale des membres, de leurs comportements, de leurs interventions sur le réseau.
Facebook, j'imagine, se pose ces questions. J'imagine aussi que le chercheur a interrogé Facebook...
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jeudi 26 décembre 2013

Réseau social de mamans : actes de paroles

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Parole de mamans, (PDM) est un "magazine participatif". Les mères, actuelles et futures, peuvent en être rédactrices et lectrices (les pères aussi d'ailleurs), blogueuses et ambassadrices. C'est une communauté, où l'on recommande, partage, échange, témoigne, conseille ; un forum aussi.
C'est un magazine qui s'organise en réseau social, en réseau de blogs et de sites. Et sur son site, on peut feuilleter le magazine : c'est aussi le magazine d'un réseau.
Le magazine-réseau est aussi actif sur Facebook (42 000 like), sur Twitter (5 000 followers), et sur YouTube et Dailymotion avec des vidéos, et sur Pinterest et Instagram avec des photos.
Et il y a aussi des hors-série (loisirs créatifs, cuisine, guide d'achat), des numéros spéciaux (guides, Best of, etc.).
Et ce n'est pas terminé car il en manque encore : il n'y a pas d'applis pour smartphones...
Parole de mamans est en train de devenir un magazine total s'adaptant à un lectorat complexe, à des centres d'intérêt multiples, des pratiques de communication changeantes, pour des femmes plus qu'actives, co-managers de foyers avec enfants, foyers de plus en plus compliqués, fatigants souvent, et passionnants. Avec plus de 820 000 naissances chaque année en France (INSEE, 2012), le potentiel de croissance et d'invention de ce multi-média est imposant.

Un magazine, ce n'est vraiment plus ce que c'était il y a vingt ans. Enfin, oui et non.
  • La distribution des contenus s'est diversifiée ; donc l'organisation de ces contenus est complexe, moins linéaire : il y a désormais beaucoup de triage et d'aiguillages dans le chemin de fer. 
  • Le revenus se sont diversifiés. La publicité, c'est à la fois des pages dans le magazine et du display en-ligne ; s'y ajoutent maintenant les data de toutes provenances (first party : comportements, blogs, abonnements, etc.). Le ciblage peut aller du plus fin (n jours de grossesse, âge des enfants, département... et l'on croise...) au plus large (parents, femmes). La commercialisation de cet espace et de ces données par une régie est devenue un métier technique : trading desk, clusters, RTB, SSP, etc.  N.B. Parole de mamans participe à une offre de couplage Web avec aufeminin.com, netmums, lancé début 2013. Besoin de volume ?
Ce qui n'a pas changé, c'est le contenu, le rédactionnel, ce qui fait que la lectrice feuillette, lit, écrit, parcourt, partage, reprend en main pour suivre une explication, consulte pour trouver une information, un modèle, copier une adresse, un lien, une recette...
Le magazine et le site sont aussi écrits en partie par des parents/lecteurs, certes mais, au travail traditionnel de rédaction, cette participation ajoute l'animation et l'orchestration du réseau tous-azimuts dont le magazine est le cœur.

De plus en plus orienté pratique plutôt qu'opinion, un média comme celui-ci n'a plus de définition simple qui soit opérationnelle. Parole de mamans est devenu un objet médiatique nouveau : complexité d'usages, de supports, de lectures, de revenus. Cette complexité, cette effervescence continue, les outils de mesure et de commercialisation courants ne savent pas en rendre compte, ne peuvent pas les faire valoir pleinement. Seule sans doute la commercialisation par la data peut synthétiser, organiser et valoriser tous les aspects de cette "audience".
Audience ? Diffusion ? Lectorat ? Contrat de lecture ? Comme cette terminologie semble désormais surannée, mal adaptée pour décrire les activités de communication dont Parole de mamans est le sujet et l'objet, dont il traduit le besoin, et l'occasion ! Et ce n'est pas le recours à la notion si confuse d'engagement qui peut y ajouter quelque clarté.


Trimestriel, 2,9 € le numéro, 10 € l'abonnement annuel.
Lancé en octobre 2006.
81 300 exemplaires mis en distribution (Source : OJD, le magazine est classé dans la presse périodique gratuite d'information, depuis 2009).
Le réseau déclare 400 000 membres.
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mardi 24 décembre 2013

Presse nationale + presse régionale = plus de presse plus nationale

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Le groupe américain Gannett dispose dans la presse grand public de deux actifs : 81 titres régionaux (community newspapers) et un titre national, USA Today (seul titre de presse quotidienne nationale généraliste aux Etats-Unis, et premier quotidien américain par sa diffusion totale). Ensemble, ces titres représentent un lectorat quotidien papier de 11 millions de personnes.

Project Butterfly
Le groupe va insérer une version condensée de USA Today dans 31 de ses titres régionaux sous la forme d'une section nationale de 12 à 14 pages intitulée Butterfly (10 pages les jours de semaine, une vingtaine le week-end). Ceci ajoutera 1,5 millions de lecteurs en semaine, 2,5 millions le dimanche à la diffusion du quotidien national. L'AAM (Alliance for Audited Media, ex. ABC, équivalent de l'OJD en France) a donné son accord pour que la régie publicitaire cumule les diffusions locales et nationales de ButterflyUSA Today. Sa pénétration n'en sera que plus nationale.

La diffusion papier de USA Today est de 1,3 million de personnes par jour (lundi-vendredi, Source : AAM). A cela s'ajoutent les éditions numériques, le total atteignant 2,88 millions d'exemplaires puisque, aux Etats-Unis, depuis 2012, les éditeurs peuvent prendre en compte dans leur diffusion totale les diffusions numériques (tablettes, smartphones, ordinateurs).
L'ensemble désormais représentera chaque jour plus de quatre millions d'exemplaires.

On peut y voir un juste retour du national vers le local : lors de son lancement, en 1982, USA Today créa une section régionale qui donnait quelques brèves d'information essentielle pour chacun des états américains, information fournie par des titres du groupe. De même, les imprimeries des titres régionaux ont permis la couverture nationale de USA Today, les pages quadri étant transmises par satellite depuis Washington D.C. vers des imprimeries régionales. Le national s'appuyait alors sur le local ; désormais, le local s'appuyera sur le national.

Volume publicitaire et big data
Cette opération n'est peut-être qu'une première étape dans la reconfiguration de l'offre publicitaire du groupe. En plus de la presse, Gannett possède une centaine de sites Web et 42 stations de télévision locale (touchant ensemble un tiers des foyers TV américains depuis l'achat de Belo Corp. le 23 décembre 2013. Cf. Concentration dans la télévision américaine). La combinaison de tous ses actifs donne à cet éditeur une offre data particulièrement riche conjuguant, pour les mêmes personnes, des centres d'intérêt locaux (commerce local, notamment) et nationaux (marques).

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samedi 21 décembre 2013

Beyoncé, lancement sans bruit, sans publicité

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Le nouvel album "Beyoncé" est un succès de ventes. De ventes numériques. Effet de surprise. Lancé aux Etats-Unis, le 13 décembre 2013 à minuit, en exclusivité sur iTunes (Apple). Pour 15,99 dollars, 14 titres et 17 vidéos : binge-listening d'abord ! La vente à l'unité commencera une semaine après, le CD encore plus tard, sans doute, juste avant les fêtes.
Un lancement purement numérique est moins cher, assure la discrétion des préparations et limite les risques de fuites. Succès considérable pour iTunes.
Evidemment, la distribution classique n'a pas apprécié : le groupe Target a déclaré que ses magasins ne vendraient pas le CD à sa sortie (mais Wal-Mart a pris le contre-pied et vendra). Amazon est hors jeu.

Lancement sans publicité. Réussite hors conteste. Escalade de superlatifs ("fastest selling album ever on the digital music store") et surenchères d'annonces : 600 000 albums vendus en trois jours aux Etats-Unis, plus d'un million dans "le reste du monde"... tant et tant de records annoncés comme des scores.
L'événement est construit sur et par les réseaux sociaux : annoncé sur Instagram, repris par Facebook, Twitter, etc. Les réseaux et les blogs ont propagé et multiplié la nouvelle de la publication. Le bouche à oreille a fait le reste. Les médias sont hors jeu.
Variante de la stratégie du Blockbuster ? Rare réussite, de plus en plus rare dans le show business de la musique (Adele, Lady Gaga, Timberlake, peut-être). Ce lancement constitue une remise en chantier des stratégies commerciales : binge, lancement instantané, sans préparation visible (no advance marketing), pas de single, pas de RP, de promotion, etc. (comme l'ont fait en 2013 déjà David Bowie pour "My Bloody Valentine mbv" ou Death Grips pour "Government Plates").

Toutefois, attention à l'attribution. Ne perdons pas de vue qu'un tel lancement est porté par un énorme capital de notoriété, par des années de publicité répétée pour fabriquer la marque "Beyoncé". Combien de GRP avant de réussir un lancement sans publicité ? Combien de présence accumulée, calculée et continue sur les réseaux sociaux, de Facebook à Tumblr, d'Instagram à Twitter ? Tout un travail professionnel d'exhibition de la vie privée, (artiste total people) de popularité spontanément calculée ("Beyhive") ? Les contenus eux-mêmes semblent répondre à un calcul d'optimisation mêlant des moments tendres, des moments dénudés (explicit !) et un manifeste féministe avec la romancière nigériane Chimamanda Ngozi Adichie ("Flawless"). C'est cela le talent : un calcul tellement réussi qu'il est invisible.


jeudi 19 décembre 2013

Economie de l'information, économie du divertissement : dépense des consommateurs

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L'INSEE publie, dans Insee Première, N°1479, de décembre 2013, une étude sur "La dépense des ménages en produits de l’économie de l’information depuis 50 ans", étude réalisée par Danielle Besson et Nathalie Morer (division Synthèses des biens et services).
La période couverte va des années 1960, de la fin des "trente glorieuses" à 2012. Ceci est une note de lecture.

Rappelons ce que comprend "l'économie de l'information", catégorie dont le nom peut prêter à confusion : au titre des services, elle inclut la consommation de programmes cinématographiques et télévisuels (dont cassettes, DVD, etc.), les jeux vidéo, les programmes musicaux (disques, CD, fichiers) ; au titre des biens, elle inclut les équipements nécessaires pour consommer ces services (terminaux divers : téléviseur, console, tablette, smartphone, etc.).
En fait, il s'agit surtout de l'économie du divertissement. Pour 72,2%, la dépense des ménages est consacrée aux services : divertissement (cinéma, séries, spectacle sportif, variétés, jeu vidéo), communication et la bureautique (téléphonie, Internet).
Les équipements nécessaires à la consommation de ces services (biens) représentent 28,8% de la dépense des ménages, la baisse des prix occultant une importante hausse des volumes achetés. 90% de ces biens (équipement) sont importés.

Dépenses pré-engagées
"La moitié des dépenses liées à l’économie de l’information en 2012 sont pré-engagées, prélevées sur le budget des ménages sous forme par exemple d’abonnements ou de redevances". Câble et satellite, télécoms et Internet fonctionnent à l'abonnement : ces dépenses sont, par construction, relativement rigides ; elles sont moins vulnérables aux aléas de l'économie domestique que l'achat à l'unité (chaque occasion risque de le remettre en cause). Mais rien n'indique pourtant que ce mode de consommation pré-engagée soit pérenne ; la consommation à la demande (VOD) prend de l'ampleur et l'on observe aux Etats-Unis des phénomènes de désabonnement ou de non abonnement, notamment dans le domaine de la télévision (cord-cutting, cord nevers), phénomènes qui pourraient se développer en France. Beaucoup de consommateurs pourraient vouloir s'engager moins longtemps, se dégager plus facilement (résiliation)...

Comment sont payés les services ? La gratuité apparente par la publicité
Hors télécommunications, beaucoup de services sont financés par la publicité ; c'est le cas des médias (télévision, radio, presse) et de nombreux outils du Web (réseaux sociaux, exploration, recherche). Le consommateur ne paie pas ou presque rien, il paie indirectement en se constituant cible publicitaire ou fournisseur de données. Ce troc, paiement indolore, n'est pas pris en compte dans cette étude. De même, ne figure pas non plus la part des services qui sont importés, et son évolution. Or la plupart des services généraux du Web sont importés (Google, Facebook, Twitter, iTunes, Yahoo!, LinkedIn, etc.) mais, étant payés par les annonceurs, ils ne figurent pas dans cette étude qui ignore le troc "service contre data". La data collectée et revendue n'est pas mesurée ici : c'est une limite de cette analyse (cf. Ni biens ni service : data) qu'il faut étudier.
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mercredi 18 décembre 2013

Factéo et l'Almanach du Facteur

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Fin décembre, fin de journée, la factrice fait sa tournée, après les sapeurs-pompiers, avant les éboueurs. Voilà plus d'un siècle que le rituel existe ; l'Almanach des Postes date de 1855 (monopole de l'imprimeur rennais, Oberthür), il deviendra almanach des postes et télégraphes en 1880, almanach des PTT (postes, télégraphe, téléphone) en 1945 et Almanach du Facteur en 1989. Toute une histoire de la communication dans son titre.
Le facteur propose le calendrier des Postes et on lui remet des étrennes (le terme est important et lui est réservé). Chez mes grands-parents, on lui payait aussi un coup, et l'on trinquait avec lui, à la cuisine : le facteur était un familier, un proche, un peu de réseau social à domicile. Un jour est venue une factrice : changement social et symbolique essentiel. Au lieu du rituel petit verre d'aligoté, on lui offrit des chocolats, ma grand mère y veilla. Au matin du premier janvier, on accrochait le nouveau calendrier, généralement au mur de la cuisine, à la place de l'ancien.
Le calendrier est un média formidable (on parle de 18 millions d'exemplaires), annuel, l'un des derniers supports sans publicité, laïque et populaire, presque obligatoire comme l'école : chaque foyer a le même, chacun le paye selon ses moyens et sa générosité. Le facteur donne le choix de l'image qui décorera la cuisine pendant une année : animaux, fleurs, paysages, scènes champêtres... Quand les enfants sont jeunes, le choix du calendrier leur revient. Beaucoup de marques, de commerçants offrent un calendrier mais l'Almanach du Facteur est le calendrier officiel, à part des autres.

Qu'y a-t-il dans l'Almanach du Facteur ? Un calendrier, les fêtes à souhaiter, les levers et couchers de la lune et du soleil, les dates des vacances scolaires, le langage des fleurs ("coquelicot : ardeur fragile"), la carte de France administrative, régions et départements avec leur code (l'almanach est départemental depuis Oberthür), les préfectures et sous-préfectures, une carte de l'Union européenne, les villes et communes importantes du département, les nomenclatures des rues, les numéros utiles : tout un condensé de service public et de géographie première. Il y a aussi des colonnes du genre loisirs créatifs : "Déco & Maison", "Bien-Etre Santé", "Secrets de Grand-mère". Comme la presse, il s'agit d'être utile et pratique.

L'histoire du calendrier est celle d'un média domestique ; il a contribué à d'inculcation de l'identité nationale, comme le Petit Larousse Illustré (1905) et le Tour de la France par deux enfants de G. Bruno (1877). Le calendrier est bien entendu devenu objet de collection.
Son avenir ? Tout les informations qu'il affiche, et bien plus, tiennent maintenant dans le smartphone. Reste la relation au facteur : d'ici 2015, tout facteur sera équipé de Factéo, un terminal digital pour des services de proximité géographique et sociale. Entre Factéo et le calendrier, de nouvelles synergies sont à imaginer.
N.B. On compte 90 000 facteurs en France : la Poste, premier réseau social en France ?

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dimanche 15 décembre 2013

La télévision partout sur tout support numérique (Etats-Unis)

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NimbleTV étend l'accessibilité de la télévision à tout support numérique, ordinateur, tablette, smartphone (tout appareil avec une connexion IP), dès lors que l'utilisateur souscrit un abonnement auprès d'un opérateur local.
Cette solution exprime la volonté de concilier les intérêts des producteurs, des distributeurs et des téléspectateurs.
NimbleTV a été créée en 2010 à New York. Depuis, elle a levé 6,15 millions de $ ; elle emploie une quinzaine de personnes.

NimbleTV, comme son nom l'indique, se veut agile. Pour bénéficier de NimbleTV, une bonne connexion Internet et un navigateur suffisent. Les programmes auxquels le téléspectateur accède et qu'il peut enregistrer sont ceux auxquels il a souscrit (authentification nécessaire) via un abonnement à un service local auprès d'un opérateur câble, satellite ou télécom. Si le téléspectateur n'est abonné à aucun service, NimbleTV se charge à sa place de la démarche d'abonnement. NimbleTV facture un supplément de 4 à 7 $ couvrant ses frais de retransmission et de transaction ainsi que l'accès à un enregisteur numérique (cloud DVR), la différence tenant à la capacité d'enregistrement choisie, de 20 à 90 heures / mois.

Un tel service est-il légal ? A priori, oui. Pour l'instant, il n'y a pas de poursuites des opérateurs ou des chaînes contre NimbleTV alors que leurs poursuites contre Aereo sont virulentes - mais n'ont pas abouti. En fait, le service de NimbleTV ne se distingue pas fondamentalement du dispositif TV Everywhere mis en place depuis 4 ans par les opérateurs câble et satellite, Time Warner, Comcast, DirecTV en tête, avec l'accord des éditeurs. Ce type de service n'est différent non plus, dans son principe, de TiVo Stream ou de la Slingbox, mais il est beaucoup plus commode (N.B. une Slingbox est incorporée dans le Hopper de Dish).


Tous ces services ont en commun de répondre à un besoin croissant de mobilité et de simplicité ("painless") pour la réception de la télévision sur divers appareils. En revanche, les réponses qu'ils apportent à ce besoin varient, tant au plan de la technologie que du modèle d'affaires.
Observons, pour compléter le panorama, que, à côté de ces services, se développent, plus ou moins incubées par les networks, pour voir, des applis pour la réception de la télévision locale : Watch ABC (qui fonctionne avec TV Everywhere), Syncbak (dans laquelle a investi CBS) ou Dyle Live Mobile TV (soutenue par Fox).

Tous ces services représentent une réflexion en acte sur les évolutions possibles du modèle technique et économique de la télévision. Le modèle ancien, âgé d'une soixantaine d'années, est malmené par les innovations issues de la culture Web, plus souples (nimble), plus ergonomiques que celle des mastodontes de la distribution télévisuelle (groupe de stations, opérateurs câble, satellite, télécoms).

Remarques
  • Ces initiative récentes semblent éclipser le débat sur la télévision connectée, qui fut si animé il ya peu de temps. 
  • La question de la mesure globale des audiences, immobiles et mobiles, mesure indispensable au modèle économique publicitaire (Time Warner Cable Media propose Ads Everywhere) reste entière : certes, l'authentification permet un comptage précis des connexions mais les panels multi-plateforme actuels --OCR, vCE -- sont-ils suffisants, et crédibles ?
  • On notera encore que, en aucune manière, la production télévisuelle n'est malmenée et son modèle d'affaires contesté par ces innovations.
  • Jamais n'est évoquée lors de ces débats la ponction publicitaire effectuée par YouTube sur le marché (20% du chiffre d'affaires de la vidéo aux Etats-Unis en 2013, selon eMarketer). 

vendredi 13 décembre 2013

Le prix de la vie privée

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AT&T U-verse, opérateur numérique installe le très haut débit (fibre optique) dans la ville d'Austin au Texas. Engagement d'un an, tarifs garanti pendant 3 ans. Deux tarifs sont proposés.
Pour 99 $, le foyer abonné obtient un service complet (offre standard).
Pour 70 $, le foyer peut choisir AT&T Internet Preferences, qui offre le même service mais qui, en échange de la réduction de prix, accorde le droit à l'opérateur d'accéder à des informations de vie privée (opt-in) du foyer : ses comportements d'utilisation du Web (Web browsing activity) seront collectés et exploités à fin publicitaire, y compris lors des connections Wi-Fi avec un appareil mobile, tablette ou smartphone.
L'exploitation des données permettra la personnalisation sur mesure des offres publicitaires.
  • Combien vaut la vie privée sur le Web ? Les données personnelles du foyer abonné (adresse postale, adresse Internet, etc.) plus le droit de tracking représentent 30% du prix total de l'abonnement. AT&T estime donc les revenus potentiels d'exploitation de la vie privée sur le Web à au moins 30% du prix de l'abonnement (ici, 360 $ par an par foyer).
  • Nous assistons à l'entrée de nouveaux acteurs sur le marché publicitaire du Web. Ce n'est plus seulement les sites qui commercialisent des espaces publicitaires mais aussi le distributeur, le fournisseur d'accès. L'opérateur considère donc qu'il monétisera les données privées du foyer pour 30 $ par mois, au moins. C'est une nouvelle forme de modèle économique pour les opérateurs du câble. 

mardi 10 décembre 2013

Obama Place de la République

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Midi et demi Place de la République à Paris. Grand écran, hauts parleurs et antennes satellites. Le discours d'Obama en Afrique du Sud est retransmis en direct par France 2. Fabrication d'un pseudo événement par la société mondiale du spectacle, tourisme diplomatique.
Le Président des Etats-Unis rappelle, non sans ironie, que, lorsque Mandela était emprisonné, Kennedy était au pouvoir. Si "Mandela nous a appris le pouvoir de l'action", nos si bavardes démocraties se complaisaient dans l'inaction et, de facto, collaboraient à l'apartheid. Comme d'hab : all talk and no action ! Aujourd'hui, voici le temps des commémorations, inactions ultimes des pouvoirs. Sur quels apartheids fermons nous les yeux ?

C'est l'heure du déjeuner à Paris ; sortant de leur bureaux, employés et cadres se mêlent aux touristes. Quelques centaines de badauds affluent vers l'écran qui se détache sur fond de ciel bleu, par dessus les toits, si bleu.
Nouvel usage de la télévision et des grands écrans (LED) ; les événements sportifs y recourent déjà depuis longtemps. La télévision découvre un usage politique qu'a connu autrefois la radio. DOOH. On aura de plus en plus de tels écrans dans des lieux publics.

France 2. Place de la République à Paris. 12h34. Photo FM
Bien sûr, on ne saura rien de l'audience de cette retransmission extérieure, audience non mesurée, non commercialisable : on ne sait vendre que l'audience au domicile de l'audimètre. 
Bien sûr, on pourrait regarder l'émission sur son mobile mais on n'y pense guère. Média immobile, audio et visuel, l'écran sur la place, en interceptant les passants, fait l'audience, la réunit.     
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dimanche 8 décembre 2013

Socio-démos : les CSP Moins

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Qui a déjà entendu parler des CSP Moins ?
En marketing, il n'y en a que pour les CSP+ (CSP Plus). Les agences, les médiaplaneurs, les planneurs stratégiques privilégient la cible des CSP Plus, voire des CSP++, leurs semblables, leurs frères, leurs sœurs, leur groupe de référence. En revanche, les CSP Moins intéressent moins.

Qui sont les CSP Moins ?
D'abord, on ne dit pas CSP Moins, de même que l'on ne dit pas "pauvre" ou "bas revenus" ; on euphémise plutôt : "modestes". Les CSP Moins, ce sont les ouvriers et les employés.
Ensemble, selon l'Enquête emploi de l'INSEE (2012, cf. infra), les catégories "ouvriers" et "employés" représentent presque la moitié (48,9%) de la population active en France métropolitaine ("en emploi") ; elles représentent plus de la moitié de la population active féminine (53,5%) et un peu moins de la moitié de la population active masculine (44,7%).
6,6 millions de femmes et 6 millions d'hommes : les CSP Moins sont majoritairement des employéEs et des ouvriers ; une employée a souvent un ouvrier pour conjoint. Homogamie ?


CSP Plus et CSP Moins partagent la France en deux parties égales en nombre, comme une médiane. Il semble que cette structure n'évolue guère et que la fraction inférieure des professions intermédiaires se paupérise, tandis que se développe une précarisation qui touche particulièrement les familles monoparentales, femmes seules et leurs enfants (CSP Moins Moins ?).
Société d'héritiers et d'immobilité sociale : dans 7 cas sur 10, les enfants d'ouvriers deviennent ouvriers et les enfants de cadres deviennent cadres (cf. Camille Peugny, Le destin au berceau. Inégalités et reproduction sociale, Paris, Seuil, 2013). L'ascenseur scolaire ne marche guère.

La publicité ne cible guère les CSP Moins ; elle les touche au travers de ciblages démographiques, les femmes, les hommes, les ménagères, les tranches d'âge, les parents. On oublie (refoulement ?) que la moitié des effectifs de ces cibles courantes sont des CSP Moins. Ces deux catégories ne sont pas homogènes ; ainsi les employés réunissent des personnes avec des statuts différents : employés de la fonction publique (code INSEE 54) ou personnels des services directs aux particuliers (code INSEE 56). De plus, s'il existe des ouvriers non qualifiés, on oublie qu'un employé sur deux est non qualifié.
De quelles "données" (data) dispose-t-on concernant les CSP Moins, dans la mesure où les personnes appartenant à ces catégories sont sans doute moins présentes sur le Web (à vérifier) et y laissent donc moins de traces ?

Autres posts socio-démos :

samedi 23 novembre 2013

fricote, cuisine de la table au portable

La une du numéro 13 (novembre 2013)
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Beau magazine autour de la gastronomie.
Trimestriel, 132 p, dos carré
4,5 € ; 18 € l'abonnement annuel
Lancé à 50 000 exemplaires, en novembre 2010
Distribution Presstalis

"Fricot" est un bon vieux mot français (breton ?) qui désigne une viande en ragoût, un plat fricassé. Quant au verbe "fricoter", qui signifie d'abord cuisiner à feu vif, il peut connoter aussi des activités louches, parfois galantes.
Beau titre, à prendre au second degré, en contrepoint du sous-titre, L'Epicurien Urbain, que glose, au bas de la une : "food - design - photo - graphisme et bouche à oreille". Tout est dit si l'on observe que fricote, le titre, est manuscrit sans majuscule, tandis que le sous-titre, immédiatement au-dessous, est en capitales.
Positionnement rédactionnel intriguant, quand même. Epicure, philosophe végétarien et sobre, vantait l'ataraxie et une gestion prudente des désirs. Depuis Rabelais (je crois), on l'associe souvent aux plaisirs de la table ; il est vrai qu'il appréciait le bon vin. Déjà, il a donné son nom à un cigare cubain. En fait, le mot "épicurien" ne connote plus Epicure : l'épicurien d'aujourd'hui serait plutôt hédoniste. A chacun son snobisme : qui lit encore Epicure ou Lucrèce ? Quant à "urbain" : le lectorat escompté par ce magazine vit, mange et fricote dans les grandes villes : même countrytoute culture nouvelle vient des villes (il existe aux Etats-Unis un format de radio et un style "urban country").

Le magazine est "branché food". Food, comme fooding, street food, food douche, slow food, junk food, foodgasm, foodie... Il publie même un questionnaire d'auto-évaluation : "food attitude". fricote aborde la gastronomie et la cuisine sous un angle esthétique, en connivence constante avec la culture Web, c'est cela, sans doute, son côté urbain : la cuisine de l'époque numérique.
Le magazine est publié en deux langues ; la colonne de gauche, écrite en français, est traduite en anglais dans la colonne de droite. Bizarre. Quelle peut être la cible de ce bilinguisme, ni les francophones, ni les anglophones à qui une seule des deux langues suffit ? Extension à des lectorats peu francophones, touristes ? Didactisme ? Pourquoi traduire plutôt qu'écrire en anglais directement, improviser en anglais sur le même thème plutôt que transposer ?

A la une du numéro 13 (novembre 2013), le smartphone.
  • Cuisine mobile. Le smartphone, omniprésent à table, posé ostensiblement à droite de l'assiette, consulté à tout bout de champ. "Photo call", "Food art via instagram" : le magazine traite de l'habitude de partager un plat en ligne, d'une photo, Snapchat ou Instagram. Food snapping rituel, les réseaux sociaux, Facebook, Pinterest, Tumblr, notamment, relayent et prolongent le plaisir de la cuisine et du repas. Ce qui pose parfois des problèmes de droit d'auteur : dans certains restaurants, comme au musée, il est interdit de photographier. Mais le marketing reprend vite ses droits : une citation sur Instagram ou Pinterest, un snap peuvent amener des clients. Nouvelle urbanité.
  • Faire voir la cuisine. La photographie des assiettes (double cadre et marie-louise), celle des ingrédients et de la vaisselle mis en scène comme des natures mortes inspirent une esthétique gastronomique nouvelle (Fubiz.net a sa rubrique), esthétique que le magazine semble illustrer lorsqu'il montre des recettes en cours de réalisation, recommande des tables... Manet, Chardin à l'époque de la sensibilité et de la reproduction numériques : la photo avec le mobile fait "voir le voir"...
Signalons encore, dans ce numéro, "Deux mains à la une", interview de Jean Jullien (news of the times) avec d'incisives illustrations par l'interviewé. Et encore, une analyse des scènes de cuisine dans la série "Friends"...

mercredi 20 novembre 2013

Réseaux câblés et publicité aux Etats-Unis

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Le modèle économique du câble américain doit faire face à une diminution régulière du nombre des abonnés à la vidéo. De plus, ses dépenses de programmes s'accroissent (enchérissement des chaînes, de sport notamment). Comment compenser ces manques à gagner dont rien n'indique qu'ils devraient cesser bientôt ?
Comcast, comme d'autres opérateurs, accroît le nombre d'abonnés Web haut débit ; de plus, Comcast accroît également ses revenus provenant du cinéma (NBC Universal), ce que ne peuvent faire les opérateurs sans contenu.

Comcast a ouvert une autre ligne de revenus pour les réseaux câblés : la publicité sur les appareils connectés via le Web (IP). Comcast dispose de sa propre régie publicitaire spécialisée dans le ciblage et l'interactivité, CM 360 (Comcast Media 360).
On observe que cette nouvelle voie emprunte au big data et aux outils numériques de ciblage pour tirer profit des bases de données d'abonnés. Il s'agit donc non seulement d'une diversification mais des prémisses d'un changement de modèle technologique et économique de cette industrie (on notera les structures d'actionnariat).
  • Comcast collabore avec Invidi Technologies Corporation pour l'adressage des messages de publicité et d'auto-promotion, à partir des profils d'abonnés de Comcast (set-top box). Invidi a notamment pour actionnaires Google et WPP (Groupe M).
  • Comcast recourt également aux services de BlackArrow (dont Comcast est actionnaire avec Cisco, Time Warner Cable, Intel et Motorola - donc Google) pour les insertions publicitaires dans la vidéo (VOD, par exemple).
  • La base de données de Comcast comprend d'abord ses propres informations (first-party data) concernant les foyers abonnés (géo-localisation, programmes vidéo consommés, comportements d'utilisation du Web, CRM). Elle combine à ses propres données des données tierces (third-party data). Celles-ci proviennent d'Experian pour le crédit et la solvabilité (Experian est actionnaire minoritaire d'Invidi) ; elles proviennent du recensement (pour l'"ethnicité", les langues, l'équipement automobile). Sources : Comcast, Fiercecable.
Comcast se fait ainsi concurrent - complément - des chaînes qu'il retransmet, leur ajoutant un ciblage dont la précision va croissant alors que le réseau est fournisseur d'accès et qu'une partie de la réception, croissante également, s'effectue sur des supports numériques (tablettes, smartphones). Ce revenu économique complémentaire est lié au modèle de distribution de la télévision par les réseaux câblés, les chaînes incitant les réseaux à les reprendre en mettant à leur disposition des espaces pour diffuser (et vendre) des messages publicitaires locaux (insérés après ciblage dans les chaînes linéaires).
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lundi 18 novembre 2013

The Time of Snapchat: towards an ephemeralnet?

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Social networks and photo messaging, Facebook is getting less young, young people might prefer Snapchat. Maybe, maybe not: by the way, do we have audited stats for mobile apps?
Send me a snap! You get it, it's gone. Snaps are ephemeral: they disappear a few seconds after they are opened (from 1 to 10 seconds, sender's choice), unbundled temporary states of mind. Snaps are definitively unique. And Snapchat is not the only ephemeral messaging app, there is also Leo, Confide, Blink (acquired by Yahoo!) or Frankly, for instance. On the other hand, Instagram has launched a private photo-sharing service (Instagram Direct). No more broadcast: are social apps trying to reassure and avoid privacy issues ?
Update June 2014
"The liquid self", as the Snapchat blog says, questions "the assumed permanence of social media content" and the "unchanging identity".
"Liquid self" : it sounds like Zygmunt Bauman and his "liquid modernity". We are living "in an age of uncertainty". Social communication of this age should be temporary. Is Snapchat a social media for a time of "social disintegration", an "era of instantaneity" and "immediate data of consciousness" ("données immédiates de la conscience", Henri Bergson).
Linearity of time has always been disrupted by technology (books, records, DVR, mailboxes, catchup TV, etc.). Books, letters and photos are kept, archived: libraries. On the contrary, Snapchat reduces the flow of time into instants, lost forever in a stream of life, while Facebook builds a "timeline" ("Timeline is the story of your life", says Mark Zuckerberg).

Snapchat, like YounityFrankly, FYEO or Wickr in some ways, brings no trace, no memory, no past, nothing to forget. No old data, only present, no story, no storytelling. Memorylessness (as in a Markov chain). No nostalgia?
As Zygmunt Bauman notes: "A swift and thorough forgetting of outdated information and fast ageing habits can be more important for the next success than the memorization of past moves and the building of strategies on a foundation laid by previous learning." Snapchat can be understood as a symbolic revolution in the form of time. Is our time now made of moments, a succession of brief innovations, no history but snaps. Is digital technology of communication changing time?
After all, maybe an erasable Web would be better, safer... But no digital past, no data!

N.B.
- With Poke by Facebook Poke, you could choose how long the message you are sending will be available (up to 10 seconds).
- Of course, you can still make a screenshot of a Snapchat message.
- Some brands are testing ephemeral advertising (cf. "Social Snapping").

Update : July 2016, Snapchat introduces Snapchat Memories.

References
Bauman, Zygmunt, Liquid Modernity, Polity Press, 2000
Bauman, Zygmunt, Liquid Times. Living in a time of Uncertainty, Polity Press, 2007
Bergson, Henri, La Pensée et le mouvant, Essais et conférences, 1903-1923, in Œuvres, Paris, PUF, 1959
Bergson, Henri, Essai sur les données immédiates de la conscience, 1889, Paris
Jurgenson, Nathan, "Temporary social media", Snapchat blog, July 19, 2013
Jurgenson, Nathan, "The liquid self", Snapchat blog, September 20, 2013.
Manjoo, Fahrad, "Do we want an erasable Internet?, WJS.com, December 22, 2013.

mardi 12 novembre 2013

JV Sortons le grand Jeu Video. Magazine

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"Here comes a new challenger"... annonce le nouveau magazine.
Depuis 2003, on compte plus de 400 nouveaux titres et hors-séries consacrés au jeu vidéo. En fait, ce sont surtout des hors séries de magazines spécialisés dans les jeux vidéo ; on compte peu de hors-séries consacrés au jeu vidéo par des magazines d'autres domaines. Quelques titres de presse informatique (Canard PC), de presse enfants (Gulli), VSD en 2003... A la différence de la cuisine ou de l'histoire, le jeu vidéo reste un domaine rédactionnel de spécialistes passionnés même si l'on en parle "des cours de récré aux machines à café"...

Voici JV sortons le grand jeu, le plus récent des magazines de jeu vidéo.
  • 3,95 € le numéro en kiosque, 36 € l'abonnement annuel
  • 100 pages, dos carré (modèle déclaré : So Foot ; anti-modèle : Télé Loisirs)
  • Mensuel (12 numéros par an)
  • Mise en place : 55 000 exemplaires, distribué par Presstalis
  • Moins de 10% de pages de publicité, la plupart dans le premier cahier (régie : M*I*N*T).
  • La rédaction, encore uniquement masculine alors que la pratique du jeu vidéo se féminise, comprend des vétérans de la presse de jeux vidéo (JoystickPC Jeux, etc.)
C'est le moment idéal pour lancer un nouveau titre : l'actualité de la fin novembre est stimulante. Sony sort sa console PlayStation 4 (399 €) et Microsoft la Xbox One (499€), chaque console avec chacune 23 jeux dont un tiers d'exclusifs. Juste avant les fêtes de fin d'année, évidemment. Guerre des consoles que couvre la presse professionnelle américaine ("videogame console war", cf. Variety).
Rappelons que ces consoles sont également essentielles pour la réception de la vidéo : aux Etats-Unis, elles retransmettent la plupart des services OTT en streaming (11 au total, dont : Netflix, Hulu Plus, Amazon Instant Video, Vudu, Redbox Instant, etc. ).
Logiquement, ce double événement fait la Une du titre et le thème d'un solide dossier introductif de JV (avec un bel arbre de décision, p. 25). Dossier fécond pour la culture média.
  • Comment cette nouvelle génération de consoles va "changer le jeu vidéo"
  • Plus de RAM et de puissance de calcul, ce que cela change pour les joueurs, les développeurs
  • Débat blockbusters / indépendants, comme pour le cinéma
  • Entrée des consoles dans la logique de partage des réseaux sociaux
  • Evolution du modèle économique : s'abonner pour jouer en ligne
  • Mise en mémoire des dernières minutes de jeu (fonction de catch-up)
  • Recours à la tablette en second écran, applis, personnalisation
Autant d'occasions d'apprendre et de réfléchir à l'évolution du jeu vidéo qui s'articule de plus en plus avec le Web : gadget et frime marketing ou enrichissement effectif de l'expérience des joueurs ?
Le titre accorde une place majeure à la critique de jeux vidéo ; abondante, elle est diversement présente, soit dans des rubriques brêves ("Focus sur", "On y a joué et on en parle"), soit approfondies. Un article sur "Candy Crush saga" (Facebook, smartphones), deux pages sur les jeux pour mobiles... Mais pas de tests systématiques, pas de notes obligées ("marre de noter pour noter") : "Sortons le grand jeu" rompt ainsi avec la "dictature de Metacritic". Indépendance éditoriale : "pas de pression extérieure, aucune chance qu'on accepte ça" (p. 3). Bon...
Un magazine riche, stimulant, bien fait, agréable à parcourir, à lire et sans doute à relire. Ajoutons que le magazine ne manque pas d'humour, et qu'il est souvent bien écrit (et oui !). C'est un positionnement luxueux. "L'important, c'est que le lecteur y apprenne des choses. Qu'il se distraie, aussi". Pari gagné pour le numéro 1.
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jeudi 7 novembre 2013

Radio et télévision locales mesurées ensemble

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Conséquence de l'achat d'Arbitron par Nielsen, voici mis en place un test de mesure de l'audience d'une campagne cross-média : radio + télévision. Le groupe CBS est partenaire de l'opération.
Les données radio proviennent du PPM (Portable People Meter), les données télévision du panel audimétrique local de Nielsen (Local People Meter, LPM). Cette association permettra le calcul d'un GRP global distinguant la couverture à au moins 1 contact et la répétition (déduplication de l'audience).
  • Cette opération cross-media ouvre la voie à d'autres opérations du même type avec d'autres combinaisons de médias, Web + TV, par exemple. Si l'on peut mélanger des contacts audio et des contacts audio-visuels, alors tout est possible. Est-ce la légitimation par deux acteurs majeurs des médias du GRP cross-média ?
  • La perspective de telles mesures renforce la valeur de la publicité locale, donc des stations et des networks notamment pour un groupe média mixte comme CBS qui détient 130 stations de radio (O&O) et un network avec 29 stations de télévision (O&O). Univision qui détient également un network TV et Univision Radio est sans doute intéressé aussi. Cela devrait susciter des alliances radio et télévision (syndication ?), peut-être des acquisitions. N.B. : ABC et NBC ont revendu leurs station et networks radio.
Résultats du test : fin du premier trimestre 2014.

mardi 5 novembre 2013

TV : le nouveau modèle Comcast

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Comcast est un nouveau type d'entreprise média. Premier opérateur du câble (MSO) avec plus de 21 millions d'abonnés, Comcast a racheté NBC Universal à General Electric avec, entre autres, un studio, des networks (NBC, Telemundo), des stations et de nombreuses chaînes thématiques. Comcast est aussi le premier fournisseur d'accès Internet avec plus de 20 millions d'abonnés.
Voyons le bilan, après complétion de l'acquisition, à la fin du troisième trimestre 2013 (T3).
  • Comme les autres opérateurs américains, Comcast perd des abonnés au câble, lentement mais sûrement. Au cours du T3, Comcast en a perdus 129 000 (117 000 au T3 2012). Pour expliquer ces désabonnements (churn), Comcast évoque la concurrence des opérateurs télécoms AT&T (U-Verse) et de Verizon (FIOS). A cela s'ajoutent sans doute la concurrence du satellite également ainsi que les désabonnements définitifs des cord-cutters. Comcast compense ces pertes en augmentant le prix de l'abonnement mensuel, ce qui ne manquera pas de provoquer la prochaine érosion du nombre d'abonnés, même si, pour améliorer la valeur du service, Comcast propose désormais à ses abonnés 35 chaînes accessible hors domicile, sur support mobiles.
  • Le coût des programmes de télévision augmente (retansmission-consent fees, VOD, etc.).
  • En revanche, Comcast a gagné 297 000 abonnés Internet haut débit (avec téléphone).
  • L'augmentation significative de cash-flow provient du cinéma, grâce au film "Despicable Me 2", NBC Universal s'étant rallié à la stratégie du blockbuster.
Résumons ce bilan simplifié : côté distribution, le Web (dont le Wi-Fi) compense le câble ; côté contenus, le cinéma compense les programmes TV.

En conséquence logique de ce diagnostic, Comcast a commencé de commercialiser pour 40 dollars par mois un nouveau package qui combine une offre Web haut débit avec une offre de VOD ; l'ensemble comprend le set-top box, les programmes des networks, Streampix, l'offre de cinéma de Comcast (4,99 $ /mois), HBO et HBO GO (streaming). Comcast anticipe ainsi la demande des cord-cutters et des cord nevers. Tout se passe comme si Comcast s'éloignait du câble et de son métier classique d'agrégateur (bundling) pour développer une offre désagrégée sur le Web.
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dimanche 3 novembre 2013

Economie de l'ennui et wait marketing

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"L'économie de l'ennui" (无聊), c'est l'expression utilisée par 子怡, étudiante de Master 226 dans son mémoire sur les écrans installés dans les immeubles des grandes villes chinoises, là où l'on attend : devant les ascenseurs, dans les ascenseurs (cf. Focus Media, notamment). Audience captive. L'expression "économie de l'ennui" traduit de façon créative la notion de "wait marketing" (cf. Diana Derval, 2006).

Où attendons-nous ? Où perdons-nous notre temps ? Où patientons-nous ? Chez le médecin, le coiffeur, le dentiste ; quand on fait la queue, à la poste, à la caisse des magasins, au musée, au cinéma... Temps mort, temps vide, dit-on... Qui peutt être du temps pour réfléchir, penser, divaguer...
L'économie de l'ennui et de l'attente s'empare logiquement des transports puisque l'on y attend vraiment beaucoup : on attend au départ, on attend à l'arrivée pour en sortir ou retrouver quelqu'un. Et il y a les retards, les pannes, les accidents, les arrêts pour des causes diverses...
Pour meubler l'attente, patienter, on a pensé aux écrans. Depuis longtemps déjà, les aéroports, où l'on perd de plus en plus de temps, sont en proie aux écrans (CNN Airport Network a plus de vingt ans). Mais le Wi-Fi, d'après mon expérience du moins, y est si peu ou si mal développé que l'on ne peut guère compter dessus.

Le métro a maintenant des écrans : il ne lui manque que le Wi-Fi qui désormais relève du service minimum à rendre au public de ses clients.
Dans plusieurs villes, les stations passent au Wi-Fi, à l'instigation des câblo-opérateurs qui trouvent là une extension de leur activité. Après Time Warner et Cablevision à New York, voici Comcast à Philadelphie. Comcast, premier opérateur du câble américain (MSO), contrôle aussi NBC et les studios Universal) ; c'est l'opérateur du câble de Philadelphie (DMA n°4) où se trouve d'ailleurs son siège social. Comcast y installe le Wi-Fi "gratuit" dans les stations de métro (SEPTA) : en échange de la "gratuité", l'opérateur affiche de la publicité sur les smartphones des clients du métro lorsqu'ils se connectent ; c'est un message vantant son service Xfinity qui les accueille. Le service fournira aussi une appli donnant accès à des informations voyageurs (horaires, retards, etc.). Le câblo-opérateur établit une continuité de service domicile / hors domicile. A quand, pour achever cette continuité, le Digital Signage ?
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mercredi 30 octobre 2013

Aereo TV et l'avenir du modèle économique de la TV américaine


Depuis plus d'un an maintenant, un spectre hante la télévision américaine : Aereo.
Source : Aereo
Aereo (IAC) permet la réception de la télévision locale terrestre, celle des stations du DMA où l'on se trouve, sur un support numérique quelconque : tablette, smartphone, ordinateur. Pour cela, Aereo installe des petites antennes qui captent les programmes que diffusent (brodcast) les stations locales et les retransmettent via Internet.
Pour le consommateur, pas de câble, pas d'équipement de réception spécifique, mobilité assurée simplement. Pour 80 $ par an (8 $ par mois), le consommateur peut accéder aux antennes Aereo et regarder une vingtaine de stations, tous les networks. De plus, Aereo offre l'enregistrement, donc le différé, sans appareil (cloud DVR). Pour Aereo, il reste un problème technologique : des coûts de retransmission élevés (électricité pour alimenter les antennes) qui pourraient menacer l'équilibre économique de l'opération.
Aereo étend son offre, DMA après DMA, en partant de la côte Est des Etats-Unis. 7 DMA couverts aujourd'hui, 22 DMA prévus pour la fin 2013 (mais Chicago sera en retard).
Aereo, surtout s'il est couplé à une offre OTT (Netflix, Hulu, Apple TV, etc.) peut dispenser de l'abonnement à un agrégateur (bundling) et inciter au désabonnement (cord-cutting).
  • Les groupes de stations (Sinclair, Hearst, etc.) et les networks mènent une bataille juridique constante devant les tribunaux pour que Aereo cesse ses retransmissions, en vain jusqu'à présent. Les plaignants ont maintenant saisi la Cour Suprême (SCOTUS). Le prétexte mis en avant est l'infraction au droit d'auteur (copyright infringement). Ils ont été rejoints en novembre 2013 par des ligues sportives, baseball (MLB) et football (NFL).
  • Les grands opérateurs du câble (MSO) et du satellite s'intéressent de près au modèle Aereo. En effet, s'ils adoptaient un modèle du même type, ils n'auraient à payer des droits de retransmission aux stations (donc aux networks) qu'ils retransmettent ; or, le montant total des droits de retransmission payés par les opérateurs du câble et du satellite s'élèvera, en 2014, à plus de 6 milliards de dollars.
  • De leur côté, des networks auraient envisagé, en mesure de rétorsion, de ne plus diffuser leurs programmes par voie terrestre (donc sans passer par des stations affiliées ou leur appartenant) et de revendre leurs fréquences.
  • Notons encore que, en 2013, CBS a pris une participation dans Syncbak, une entreprise qui travaille à un modèle homologue à celui de Aereo et permettant la diffusion de la télévision locale sur des supports numériques mobiles. Deux associations interprofessionnelles, la NAB (National Association of Broadcasters) et la CEA (Consumer Electronics Association), sont également actionnaires de Syncbak. Syncbak est testé par une centaine de stations.
L'enjeu de la bataille est donc d'importance puisque c'est tout le modèle économique de la télévision commerciale américaine qui est en question. Sarah Laskow, dans Columbia Journalism Review du 30 octobre fait justement remarquer que, si la presse économique a titré sur le sujet, sur Twitter, on n'y a pourtant accordé aucune visibilité (cf. "SCOTUS could change how you watch TV"). Limite des réseaux sociaux en matière d'information quand seul le lecteur décide des sujets à couvrir.
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dimanche 27 octobre 2013

Transports en commun, médias personnels

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Dans le métro, le média qui domine est le smartphone. Dans le bus, dans le tram, dans les trains aussi. Peu encombrant, gratuit, à portée de la main, le smartphone est commode.
Que font les passagers avec leur mobile ?
Chacun dans leur coin, ils utilisent leur écran : lisent leurs messages, y répondent, regardent une appli, lisent leur courrier, y répondent ("Envoyé de mon iPhone" !). Certains regardent un film, d'autres lisent les nouvelles du jour, beaucoup jouent à des jeux vidéo, écoutent de la musique, des podcasts peut-être. Il en est même, hélas, qui téléphonent, tonitruent leur vie privée au public. People à faible portée !
Les autres, minorité qui diminue, lisent des journaux, des livres, des notes de cours, des manuels, des magazines. Du papier encore mais tablettes et liseuses prennent de plus en plus les transports en commun.
Quel avenir pour la presse distribuée gratuitement à l'entrée dans le métro, à l'arrêt de bus, du tram, dans la gare ? La concurrence du smartphone est redoutable et elle sera encore plus à redouter quand la connectivité sera meilleure dans les transports en commun (Wi-Fi, 4G).

Pour affirmer ce changement, il n'y a pas encore de données objectives. Seulement des observations bi-quotidiennes, subjectives, pas d'OJD, pas de budget-temps. C'est dommage car il y a plusieurs millions de personnes dans les transports en commun chaque matin, chaque soir, cinq jours par semaine. Voyageurs réguliers... quels 7/9 ! Quelle Big Data ! Celles, ceux qui prennent les transports en commun savent tout cela, intuitivement.
Qui nous dira ce qu'est l'audience dans les tranports en commun ? Une autre manière d'envisager l'audience, data pour un médiaplanning contextuel.
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vendredi 25 octobre 2013

Le réseau et les médias. Echange inégal ?

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Un réseau social demande aux médias de placer fréquemment des contenus sur son site. Les médias, selon le réseau, y gagneraient le surcroît de trafic que leur renverrait le réseau social. Trafic qui serait vendu ensuite aux annonceurs clients du média. Le réseau serait-il philantrope ?
Si le contenu du média est placé ailleurs, sur un réseau, gratuitement, pourquoi alors les consommateurs retourneraient-ils le voir, le lire à nouveau, sur le média d'origine ?
Pourquoi un média payant qui a créé un contenu exclusif le mettrait-il à disposition ailleurs, gracieusement ? Le média serait-il philantrope ?
Comment, en toute rigueur, faudrait-il calculer le prix à payer par le réseau au média fournisseur, aux créateurs des contenus ?
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mardi 22 octobre 2013

Si le Web c'est le mobile, alors....

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L'avenir du Web est mobile. Si, comme il semble probable, le mobile doit prendre la place du Web, les tablettes et les smartphones celle des ordinateurs, alors ne faut-t-il pas, comme on dit, que tout change - pour que tout reste pareil* ?
  • Les outils de mesure ignorant les plateformes mobiles seront bientôt caducs ; ils doivent être remis en chantier.
  • Car il faut pouvoir combiner en une seule audience toutes les plateformes, mobiles et immobiles, et construire des analytics ("cross-device conversions", etc.) dans lesquels se fondront, fatalement, la télévision, une fois connectée, et le Digital Signage aussi. Avec un RTB et un retargeting multi-écran, des sortes de cookies multi-plateforme (UID)...
  • Le marketing mobile et ses applis demandent des formats publicitaires adaptés à une culture de brièveté, de localisation et d'avantages à prendre tout de suite, à la caisse (coupons numériques, promotions, réductions). 
  • L'approche mobile s'accompagne de la qualité opérationnelle du ciblage comportemental, d'affinité pratique allant bien au-delà de catégories socio-démographiques superficielles, inertes. La dimension pragmatique, d'utilité immédiate de la culture du mobile ne s'observe jamais mieux que dans l'intelligence de la localisation de l'utilisateur (distance, proximité). 
    • Le géomarketing s'approfondit d'une localisation à intérieur-même des bâtiments, indoor location déjà mise à profit par la grande distribution, centres commerciaux, grands magasins, hyper et supermarchés (localisation des rayons, produits dans les linéaires, in-store analytics) ; à terme, cette localisation concernera tout lieu public. 
    • Le ciblage par le contexte spacio-temporel, donc par l'intention active, obvie, s'appuie sur des technologies de type beacon (Bluetooth Low Energy, Wi-Fi, etc.). Marketing de proximité, on est trouvé plus que l'on ne cherche. Mobile et localisation produisent ensemble de nouveaux types de coor-données. Data enrichie bientôt par l'Internet des objets, le wearable, etc..

* répartie politique du roman de Giuseppe Tomasi di Lampedusa, Le Guépard (1958) : "Se vogliamo che tutto rimanga come è, bisogna che tutto cambi".

dimanche 20 octobre 2013

Ecrans publics, écrans privés : du display online au Digital Signage

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Ecran public + écran privé, annonce Ströer Media AG, groupe européen de publicité extérieure, basé à Cologne.
Ströer a lancé en septembre un nouveau produit publicitaire cross-média, Ströer Primetime, qui associe (Vernetzung) les écrans de Digital Signage (DOOH : gares, centres commerciaux) et les écrans Web (mobile et immobile) : multiscreen scenario. L'ensemble de ces écrans diffuse de la publicité vidéo / rich media (Bewegtbildwerbung) : intersticiels, in-stream. Cette association concerne le planning, l'achat d'espace et le monitoring.
L'objectif déclaré est de maximiser la couverture des plans (Reichweitenpower) et la vitesse globale de cumulation d'audience qu'apporte le Digital Signage ; à terme, Ströer proposera des ciblages géographiques pour des annonceurs régionaux.

Quel est l'intérêt d'un tel montage ? Au gain en termes de couverture s'ajoute la commodité de transaction : une seule création pour plusieurs tailles d'écrans (responsive design ?), un seul adserver vidéo, un seul interlocuteur commercial. Ce qui est ainsi constitué s'apparente à un Ad Network mixte qui additionne (bundling) des couvertures sur cible sans toutefois encore, à ma connaissance, les combiner davantage. Pour aller plus loin dans l'optimisation, il manque les données de mesure qui permettraient la déduplication et le capping. La mesure d'audience individuelle des écrans publics (DOOH) est le goulot d'étranglement d'un marketing global du numérique.
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mardi 15 octobre 2013

Le différé fait de l'audience

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Du direct au différé, aux Etats-Unis, l'augmentation de l'audience mesurée (donc de l'audience commercialisable auprès des annonceurs) peut augmenter de 30 à 60%, par exemple : +58%, de 8,6 à 13,5 millions de téléspectateurs pour "Sleepy Hollow" (Fox), selon Nielsen pour la dernière semaine de septembre, ou encore, +35% pour "Person of Interest", de 12,4 à 16,8 millions (CBS). Bien sûr, il s'agit d'une audience observée sur les téléviseurs à l'aide du panel national d'audimètres ; il s'agit de l'audience différée grâce au DVR ou à la VOD (l'émission du network comporte les mêmes écrans publicitaires en VOD que lors de la diffusion directe).
  • Et cette mesure s'en tient à 7 jours après la première diffusion ! Au-delà de ces 7 jours, l'audience continue certainement de croître quelque peu (CBS réclame un Live +30 days)... Pour l'instant, l'audience publicitaire (commerciale) est celle dite "C3 rating" qui inclut le jour de diffusion plus trois jours. Le C3 n'est communiqué aux chaînes et aux annonceurs que 3 semaines après la diffusion (il n'y a pas de communication publique). 
    • Audience instantanée, Live +7, C3 rating, Live+30 : quel est l'indicateur le plus pertinent ? 
    • Faut-il séparer le mode de calcul de l'audience des messages publicitaires de celui de l'audience globale ?
Retenons que l'audience ne baisse pas, comme il est affirmé parfois un peu rapidement : elle se répartit différemment dans le temps, au fur et à mesure que les téléspectateurs gagnent des degrés de liberté (cf. le succès du "binge viewing" sur Netflix).
L'écart entre direct et différé semble augmenter d'une année sur l'autre, suivant, entre autres, l'évolution des équipements : actuellement, près de la moitié des foyers TV américains possèdent un enregistreur numérique (DVR) ; le différé est surtout consommé en fin de semaine.

Le différé constitue en acte, une rectification de la grille de programmes des chaînes par les téléspectateurs, c'est une optimisation par le téléspectateur qui donne davantage de chances aux nouvelles émissions de trouver leur public : il est plus commode de tester une émission en différé qu'en direct. Un nouvel habitus télévisuel se met en place.
Petit à petit, l'équipement des foyers et les guides de programmes numériques (applis) transforment la notion d'audience et sa chronologie ; ceci sera encore plus manifeste lorsque le mesure pourra prendre en compte et cumuler toutes les occasions de regarder une émission (on-line VOD, audience sur tablette et smartphone, OTT, hors domicile, etc.).
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dimanche 13 octobre 2013

La presse télé, du guide TV au magazine TV sans programme

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En juillet, le groupe Axel Springer a revendu toute sa presse TV, dont Hörzu, l'hebdomadaire emblématique de la TV allemande, lancé en 1946. Sa diffusion a été divisée par 3 au cours des trente dernières années. Finis aussi (juin 2013), les deux magazines que distribuaient "gratuitement" CanalSat et Canal Plus à leurs millions d'abonnés (les rédactionnels étaient réalisés par Prisma Creative Media) pour un lectorat total de 13,5 millions de personnes (Audipresse 2013). TV envie lancé en janvier 2004 par Auchan et distribué dans ses magasins s'arrête en décembre 2013.
Lancé en 1987, TéléObs a failli disparaître cet été ; finalement, le magazine devient bimestriel (un jeudi sur deux) ; son contenu évolue, les programmes faisant une plus large place au cinéma et à des sujets généraux ; en Ile-de-France, région capitale, il évolue encore plus pour devenir Paris Obs.
Télé Star (Groupe Mondadori) évolue aussi vers les sujets dits "de société".

Plutôt que les programmes (horaires, génériques, etc.), auxquels convient parfaitement l'ergonomie des applis, la presse TV papier se tourne vers l'actualité de la télévision : il est vrai que celle-ci alimente de plus en plus les rubriques people (cf. le Hors Série d'Intimité intitulé "La vie secrète des stars Télé", 26 octobre 2013). C'est également l'évolution suivie par le magazine TV Guide qui, après avoir longtemps règné sur le presse américaine, a été racheté cette année par le network de télévision CBS. En France, Télé coulisses, "magazine télé sans programme", annonce la même couleur éditoriale (c'est l'un des "80 magazines positifs" de Lafont presse, avec Entreprendre, Confidences, Stop arnaques, Jour de France et Question Philosophie, entre autres). Secrets de tournages, maquillage, bêtisier, "zapping sexy" (sic), indiscrétions... Un peu de cuisine, 2 posters, quelques jeux. Ce nouveau magazine, qui coûte 3,9 €, compte une seule page de publicité dans son premier numéro.
Prenant le contre-pied, certains titres se positionnent comme guides, pour un faible prix au numéro : Télé Z (100 chaînes, 0,40 €) ou Télé 2 semaines (1,5 €, "moins cher à la semaine !") qui propose un "nouveau" guide TV : "20 pages pour ne rien manquer".

Avec son sous-titre, Télé coulisses traduit une évolution inéluctale de la presse télévision sous l'effet du mobile. La presse télé a un problème de contenu : sans les programmes, en quoi se distinguera-t-elle de la presse magazine généraliste qui mêle, à taux variables, cuisine, santé, jeux de mots, people, loisirs créatifs et actualité ? Télérama (1947) avait en quelque sorte anticipé cette évolution en se positionnant sur l'actualité culturelle et artistique, le cinéma, les expositions, la musique. "Offrez-vous 1 an de culture", promet la promotion actuelle de l'abonnement, renvoyant les lecteurs à l'application Télérama Guide TV pour les programmes.
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lundi 7 octobre 2013

Lire la presse, c'est faire : loisirs créatifs, déco, bricolage, cuisine

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La presse constitue une catégorie générale confuse : catégorie juridique et fiscale aux contours précis, certes, catégorie matérielle assortie d'un modèle économique spécifique, certes, mais ce sont là des catégories ignorant l'usage. "Lire", "consulter", "feuilleter", disent les études pour définir audience et lectorat. Faudrait-il rajouter "faire", le terme "faire" permettant de ne pas avoir à distinguer entre travail et loisir, à démêler les constituants de ce "travail à-côté" (s'agit-il d'économie non marchande, d'auto-consommation) ?
Car que font les lecteurs avec les magazines qu'ils achètent ? A quoi leur servent-ils ?
Ne pourrait-on catégoriser les titres de presse selon les usages qu'ils suscitent, guident et accompagnent, selon l'activité à laquelle ils contribuent (les lecteurs sont des actifs) ? On pourrait ainsi tenir compte de l'engagement pratique des lecteurs - en est-il d'autres ?

A parcourir les statistiques de la presse grand public publiées au cours des dix dernières années, une catégorie d'usages émerge : la catégorie pratique, celle des titres utiles pour faire et pour acheter. Il s'agit essentiellement de magazines, de publications qui font passer à l’acte (faire), et à l'acte d'achat.
Quel actes : bricoler, tisser, coudre, cuisiner, recycler, tricoter, encadrer, décorer, réparer, photographier, restaurer, crocheter, aménager, récupérer, collectionner, configurer, échanger, jardiner, broder, ranger... et, toujours, créer. Ce sont, tout à la fois, des travaux domestiques et des loisirs (semi-loisirs ?), la plupart ont lieu à la maison et, souvent, pour la maison, pour la famille, les fêtes traditionnelles, les enfants...

On dénombre ainsi 1 100 titres centrés sur les loisirs créatifs, 350 sur le jardinage, 170 sur le bricolage, 800 sur la cuisine, 900 sur la décoration (maison), entre autres ; il faut encore y ajouter le maquettisme, les loisirs numériques, informatique, photo, etc. Cette presse montre comment "faire soi-même" ("do-it-yourself") ; didactique, elle énonce, pas à pas, un mode d'emploi, des recettes, des conseils, indiquant quel produit, quel appareil utiliser, à quelle astuce recourir ("Système D", truc de grand-mère ou secret de professionnel), fournissant un patron, des fiches, des plans. "Savoir tout faire" : en photographie, en plomberie, en électricité, en retouche beauté, avec tel ou tel logiciel... Le contrat de lecture de ces titres est sans ambiguité : il s'agit de "vie pratique" ("Déco à vivre"), de création ("Noël Créatif", "Tricots créatifs"), et la publicité en est partie prenante de la promesse.
De la lecture à l'achat, la distance est souvent franchie : ces magazines comportent presque toujours des guides d'achat (1 300 titres) : il faut acheter pour faire, et acheter le mieux possible. "Une question brico ? Une réponse produit", titre le hors série de "Bricoler du côté de la maison" (hors série du 28 mars 2014).
  • Loisirs créatifs et bricolage sont a priori le refuge de la valeur d'usage, du plaisir, de "l'artisanat facile" (Feutrine) ; le métier, c'est la valeur d'échange, le gagne-pain. Toutefois, la dimension valeur d'échange n'est jamais absente de ces pratiques qui permettent de faire des "économies". Parfois, cela peut aller jusqu'à Etsy ou Amazon Handmade...
  • La sociologie de ces pratiques permettrait une analyse plus fine des budgets-temps dans les familles (cf. Ménage, ménagère, manager) et permettrait de requalifier de nombreux titres classés dans la presse dite "féminine", catégorie faible qui mélange tout.
  • Cette presse des pratiques recourt à un large lexique technique et, par conséquent, à des actes de langage qui peuvent faciliter un ciblage en ligne précis, discriminant (souvent les termes technique sont expliqués (cf. "Debuter en couture", HS de Home Solutions de Oracom SA, mai 2014). 
  • La presse renoue avec son histoire : en 1831, aux débuts de la presse grand public, Émile de Girardin lançait le Journal des connaissances utiles (sous-titré Recueil encyclopédique de la famille). Petites choses (Little Things), dira-t-on plus tard  ! "Life's about the little things" proclame le site DIY lancé en septembre 2014, à New York.
  • Attention : la vidéo est un média concurrent, notamment avec YouTube (Google). Le how-to repésente une partie importante et croisssante de ses contenus (dont certains produits par des marques). Cf. "I want-to-do moments: from home to beauty". La presse doit apporter cette dimension éditoriale et publicitaire sur ses sites.
Source
Base MM (31 400 titres)
Ont été pris en compte pour cette analyse : les nouveaux titres et hors-séries publiés de 2003 à mars 2014 (plus de 15 000 titres grand public). N.B. A un même titre, peuvent être affectées plusieurs catégories, jusqu'à 4 ; par exemple : bricolage, décoration, guide d'achat.

Références


  • Florence Weber, Le travail à-côté. Une ethnographie des perceptions, éditions EHESS, 1989, 2009.
  • Philippe Coulangeon, Pierre-Michel Menger, Ionela Roharik, "Les loisirs des actifs : un reflet de la stratification sociale", Economie et statistique, N° 352-353, 2002). Voir, notamment, la notion de "semi-loisir".

  • dimanche 29 septembre 2013

    Réformer ou révolutionner la mesure de l'audience TV (Etats-Unis)

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    Le comptage des contacts publicitaires de la télévision aux Etats-Unis est insatisfaisant : trop de contacts sont omis, échappent à la statistique, réduisant d'autant les revenus publicitaires des chaînes et des stations de télévision.
    La définition de l'audience télévision commerciale traditionnelle est surannée. Ses postulats pour la mesure ne sont pas compatibles avec la tranformation de la réception et de la consommation d'émissions de télévision. Formés par la publicité sur le Web et le mobile, les annonceurs attendent de nouvelles performances de la mesure.

    Quelles réformes possibles, prochaines ? 
    La télévision linéaire, celle qui est organisée en "chaînes", en networks, et que finance la publicité, peut être regardée sur diverses plateformes, en tout lieu, mais elle n'est mesurée qu'au domicile, sur des téléviseurs. Manquent à compter : la télévision hors du domicile, d'une part, et la télévision regardée sur des appareils portables, ordinateurs, tablettes et smartphones, d'autre part. Les régies publicitaires aimeraient consolider tous les contacts publicitaires épars pour mieux commercialiser leur audience.
    • La première réforme serait de mesurer l'audience hors du foyer en mobilisant, par exemple, une technologie de type PPM (Portable People Meter) : Nielsen, en rachetant Arbitron, accède à cette technologie mise au point, il y a plus de dix ans, et déjà accréditée par le MRC pour la radio. 
    • La seconde réforme, que promet le Nielsen Digital Program Rating (testé au cours de l'été), recourt à une mesure du type Online Campaign Rating (OCR) associée entre autres à des données socio-démographiques fournies par Facebook. Cela suppose une amélioration du panel (taille, mode de recrutement, représentativité, etc.) : est-elle seulement possible dans des conditions sociales et commerciales acceptables ? De plus, est-il souhaitable, dans une perspective holistique, d'additionner des contacts provenant de messages diffusés dans des contextes publicitaires différents, des tranches horaires / jour différentes ?
    Quelle révolution ?
    En comparant le marché publiditaire de la la télévision avec celui du Web, ce que permettra bientôt, en acte, la télévision connectée, d'autres insuffisances, radicales, surgissent, qui demandent plus que des réformes : une révolution. Quelles insuffisances ?
    • L'audience "inutile", superfétatoire, au-delà de la répétition nécessaire ("in-efficient frequency") reste prise en compte, malgré la meilleure des optimisations : à quoi le Web répond par un capping qui limite la campagne à la répétition strictement néccessaire.
    • Actuellement, le marché TV compte dans son audience les messages publicitaires TV diffusés mais non vus : à quoi le Web répond par l'analyse de la visibilité (viewability). Suffit-il d'être dans la même pièce que le téléviseur au moment de sa diffusion pour être dans l'audience d'un message publicitaire ? Avoir perçu le message est le niveau préalable de l'engagement.
    • La publicité télévisée ignore le ciblage géographique, interdisant tout géo-marketing.
    • La sécurité de l'emplacement publicitaire reste quelque chose d'intuitif.
    • Pour les annonceurs, le marché publicitaire tend vers l'automatisation (programmatique), le temps réel, l'immédiat (cf. RTB) ; il s'agit d'étudier les taux de transformation, d'en analyser l'attribution. La télévision connectée le permettra.
    • Ni Netflix, ni Amazon, ni Apple n'ont besoin de mesure d'audience, les données de vente leur suffisent (OTT). Pour le reste, les analytics de fréquentation des sites de vente (analyse des comportements) y pourvoient. Qu'est-ce qu'un "total TV", qu'est-ce que la part d'audience d'une chaîne ?
    La mesure de l'audience aux Etats-Unis, en attendant la télévision connectée, est un monopole que le rachat d'Arbitron renforce. Un monopole n'a jamais intérêt au changement.
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