dimanche 13 décembre 2015

Presse et influence à vendre : Alibaba dans le quotidien


En 2013, le patron d'amazon s'est payé The Washington Post. Alibaba, le e-commerçant chinois (阿里巴巴), vient d'acheter le quotidien anglophone de Hong Kong, South China Morning Post et le SCMP Group Limited. Ce sont d'anciennes propriétés de News Corp. L'acquisition inclut, entre autres, les éditions chinoises de Cosmopolitan, Elle, Harper's Bazaar, des entreprises d'affichage, de formation, de recrutement...
D'emblée, le nouveau propritétaire, qui compte parmi ses actionnaires actuels Softbank et Yahoo!, annonce que le quotidien chinois sera désormais gratuit sur Internet pour les lecteurs et ce afin de développer un lectorat international et d'améliorer l'image internationale de la Chine (soft power ?).
A la différence du Washington Post au moment de son rachat, le South China Morning Post est profitable, grâce à des revenus publicitaires élevés. Notons que Alibaba a pris en novembre le contrôle de Youku Tudou (优酷土豆), une sorte de YouTube chinois (vidéo online).

Illustrant la passion de la nouvelle économie pour l'ancienne, du numérique pour le papier, ces événements, comme le projet de magazine de Airbnb avec Hearst, invitent à penser de manière moins manichéenne les relations entre modèles économiques et, peut-être la notion-même de disruption, concevant de manière trop radicale le changement de paradigme cher à Thomas Kuhn (1962).
La Une du South china Morning Post (SCMP), vendredi 11 décembre 2015, annonçant le rachat, l'engagement
de maintenir son indépendance éditoriale (comme toujours) et la suppression de l'accès payant (paywall) en ligne
Ces opérations dans les médias font également entrevoir un marché de la légitimité et de la notoriété (heritage, iconic status, influence) : s'agit-il d'externalités positives susceptibles de constituer des facteurs de croissance endogène dont profitent les entreprises numériques. Destruction créatrice ?
Par ailleurs, les synergies entre Alibaba et le South China Morning Post sont évidentes, la presse traditionnelle profitant des savoir faire numériques et de l'expérience financière des acheteurs, Alibaba accaparant la capacité d'influence politique, nationale et internationale, du journal.
Après ces deux titres, à qui le tour ? Que pourraient s'acheter Apple, Google ou Facebook, Uber ou AT&T ?
En vue d'étendre son lectorat, en avril 2016, Alibaba rend le South China Morning gratuit ("paywall down").

3 commentaires:

Elsa_M226 a dit…

Alibaba a racheté le South China Morning Post pour 266M $. Fort d'un savoir faire dans le numérique (notamment l'internet mobile), Alibaba souhaite donc mettre à profit celui-ci pour palier aux fortes chutes des ventes de SCMP et au retard technologique accumulé. Tout cela en profitant de la notoriété de SCMP. Alibaba, en mettant une somme colossale montre bien sa volonté de contrôler les médias dans l'ancienne colonie britannique. Tout ceci suit une stratégie de diversification : Youku Tudou (le Youtube chinois donc vous avez parlé), son intention d'entrer dans le capital de l'une des premières chaîne d'informations économique et financières de Chine (China Business News), ChinaVision Media Group et Wasu Media (en 2014).

A qui le tour ? En France, on peut parler d'Altice Media qui suit également un développement important dans la presse. Ces derniers jours, on évoque l'achat de trois magazines dont l'un (Télé 7 Jours) qui se vend à 1,2 millions d'exemplaires.

Le numérique au profit de la presse papier (ou inversement) c'est donc dans l'ère du temps.

Morgane 226 a dit…

Principal journal de Hong Kong en langue anglaise, le South China Morning Post, fondé il y a 112 ans, est un journal généraliste abordant des thèmes potentiellement sensibles vus de Pékin. Ce changement de propriétaire soulève donc des questions au sujet de son indépendance éditoriale alors que Jack Ma, le patron d'Alibaba, est connu pour ses relations avec les milieux politiques chinois.

Vice-président exécutif d'Alibaba, Joe Tsai a assuré dans une lettre aux lecteurs que l'indépendance du journal serait préservée, tout en jugeant nécessaire sur le plan mondial "une pluralité de points de vue en termes de couverture médiatique de la Chine".

A noté que le journal était déjà la propriété d'un homme d'affaires avec des liens étroits avec le gouvernement chinois donc il n'était pas vraiment indépendant de toute influence politique auparavant.

La question qu'on peut se poser aujourd'hui est: Est ce que les empires médiatiques menacent-ils l'indépendance des journalistes ?

Effectivement partout dans le monde et la France n'y échappe pas on assiste à une recomposition du paysage médiatique autour de grands groupes industriels et de nouveaux magnats des télécoms (Drahi, Niel en France).

Quelles sont les conséquences de cette concentration ? Dans quelle mesure l’indépendance des rédactions est-elle menacée ? Ces grands patrons se donnent-ils des limites ? Faut-il modifier la loi pour garantir le pluralisme dans les médias ?

Lé débat est donc désormais ouvert

Soumaya 226 a dit…

Les groupes d'influences tentent-ils de s'acheter une notoriété ?
Le débat a déjà eu lieu en France quand LVMH a racheté les Echos, et il n'y a pas si longtemps le Parisien.

Liberté d'expression .. oui.. peut-être ..

"L'acquisition du Parisien permettra notamment à LVMH de détenir le seul titre actif en matière de publicité commerciale dans la presse quotidienne régionale (PQR) en Ile-de-France. Néanmoins, les risques d'atteinte à la concurrence peuvent être écartés, compte tenu notamment de l'étroitesse du marché de la PQR en Ile–de-France et du caractère improbable d'une stratégie dite de verrouillage, LVMH n'ayant jusqu'à présent pas privilégié ses propres marques dans les ventes d'espaces publicitaires des titres que le groupe détient", ajoute le gardien de la concurrence.

Quel intérêt ? Une campagne de communication qui coûte moins cher ? Ou alors le contrôle des médias ?

Une loi doit clairement exister pour une indépendance d'expression. Mais surtout pour éviter que Les GAFA ne dirigent un jour le monde ...