dimanche 30 octobre 2016

The Big Bang Theory : des hommes savants, des geeks ridicules


En septembre 2016, la série de CBS a eu dix ans et a diffusé plus d'une deux cents épisodes. Programmée le jeudi, en prime time (20 heures), elle est en tête des audiences pour la cible commerciale des 18-49 ans. Reprise en syndication par TBS pour le câble cinq jours par semaine (distribuée par Warner Bros) et par les stations de Fox (0&0 et affiliées), la série est reprise également par CBS All Access et Netflix. L'ensemble de ces diffusions construisent une forte notoriété.
Sitcom, la série ne comporte pas d'intrigue générale ; l'intrigue, c'est la vie du groupe qui vieillit. Chaque épisode, indépendamment, tourne autour d'une ou deux situations plus ou moins imbriquées impliquant quelques uns des personnages clés, trois femmes, cinq hommes. Les situations sont souvent improbables, inattendues mais après neuf saisons, les personnages, leurs caractères sont prévisibles.
Le comique de "The Big Bang Theory" est d'abord de nature langagière : jeux de mots, exagérations verbales, catchphrases, gestes ; le tout est émaillé de références culturelles américaines et d'allusions cinématographiques. Suivie depuis le début de leur vie d'adulte, la biographie des personnages passe par les étapes attendues : premier travail hors de l'université, flirts, rendez-vous (dates), mariage. Bientôt un enfant ?
La série est tournée devant audience, ce qui nous vaut une bande-son avec rires, soupirs et autres réactions bruyantes de l'assistance du jour. Insupportable générique et ponctuation (virgules à tout moment, à la place des écrans publicitaires sur Netflix ?).

L'audience est celle que recherchent les annonceurs de la télévision, les 25-54 ans. Le message publicitaire de 30 secondes se serait vendu 286 000 dollars pendant le upfront market 2016-2017 (deux fois le prix d'un spot sur NCIS pour une audience voisine).

La culture scientifique est évoquée conformément à un stéréotype usé : on se moque des jeunes savants éthérés (geeks, nerds), quelque peu professeurs Nimbus, obnubilés par la science dont l'inaptitude aux relations sociales étonne. Chercheurs au CalTech (Pasadena, Californie), issus de grandes universités américaines, ces jeunes génies ont des loisirs d'adolescents. Loin du sport spectacle, fans de Prix Nobel, devisant de mécanique quantique, du principe d'indétermination de Heisenberg, du chat de Schrödinger, du boson de Higgs, des photons, de la NASA... Aussi, le bon sens pratique de Penny, la voisine sexy qui emménage sur le même palier, provoque des réactions interloquées chez ses savants voisins.
Les héros des personnages masculins de la série sont surtout des personnages de films de science fiction ("Star War", "StarTrek" dont ils savent par cœur les répliques) et de superhéros de comics (Batman, Green Lantern, The Flash, Wonderwoman : "intimate strangers" !). La série a invité, entre autres, comme acteurs d'un jour, des célébrités de la science et de l'astronautique : des acteurs de Star Trek, Elon Musk (Tesla Motors, SpaceX), Steve Wozniak (ex. Apple), des physiciens (dont Stephen Hawking)... La réalité hybridant la fiction.

Pour les Fans, un site propose toutes sortes de merchandising :
DVD, T-shirts : ceux de Sheldon, l'algorithme de l'amitié, etc.
Le ressort comique nait de la confrontation de deux discours, de deux logiques, de deux vocabulaires : ceux de la science (physique, astronomie, biologie) et ceux de la vie quotidienne, mondaine, des relations sociales. On pensera aux Femmes savantes : "un sot savant est sot plus qu'un sot ignorant" (acte IV, scène 3).

D'épisode en épisode, la série dresse le tableau clinique de Sheldon Cooper, donnant à voir toute la psychopathologie de sa vie quotidienne. Névrose obsessionnelle ? Il prend tout au pied de la lettre, il a du mal à percevoir les sarcasmes, tout comme l'intelligence artificielle des émotions ! Excessif, tétu à propos de diététique, d'hygiène, de cohabitation mais ni dépressif ni pédant.
Sheldon ne voit autour de lui qu'"obligeants diseurs d'inutiles paroles" : il n'est assurément pas "l'ami du genre humain". Car il y a de l'Alceste dans son personnage, souvent ridicule à force de franchise et de sincérité. Amoureux, il fait penser à l'"atrabilaire amoureux"(sous-titre du Misanthrope). Petit à petit, toutefois il est apprivoisé par ses proches.

La mise en scène exploite jusqu'à la corde une ambiance de colocs et de campus universitaire où l'on se rencontre partout et potine : lingerie, cafeteria, palier et escaliers, bureaux, librairie de BD (comic books), salle du restaurant (Cheesecake Factory) où Penny est serveuse, appartements, surtout celui que partagent Sheldon et Leonard. Pas de tournage à l'extérieur.

On a pu se plaindre, à juste titre, que la série développe une attitude fréquemment condescendante envers les femmes ainsi qu'un discours ridicule pour ridiculiser les savants (nerds, geeks). Finalement, malgré tout, les personnages sont attachants.
Combien de saisons la série a-t-elle encore devant elle ?

12 commentaires:

claire.manzano a dit…



L’acteur principal, Jim Parsons, prépare d’ailleurs actuellement une nouvelle série de Sciences Fiction pour la chaine CW. Intitulée The Terranauts (d’après le roman de T.C.Boyle), elle relatera les aventures de huit scientifiques cherchant à sauver l’humanité d’une catastrophe climatique.
La série sera produite par Warner Bros Television, That's Wonderful Productions et Jim Parsons.

Le roman d’origine met en scène 4 hommes et 4 femmes. Si la série reprend les mêmes proportions paritaires, ce sera une occasion de voir si les clichés associés aux scientifiques résisteront, et si la discrimination homme-femme caractéristique de The Big Bang persistera. Les personnages féminins seront-ils plus proches du Docteur Temperance Brennan, de la série Bones, qui incarne une scientifique ultra rationnelle, au caractère très semblable à celui de Sheldon Cooper ?

Arthur TERRY a dit…

The Big Bang Theory fait les beaux de CBS depuis 4 ans…
Mettant pour la première fois une bande de geeks en scène, la sitcom renouvelle un genre ronronnant depuis des années. Entre gags fantaisistes, ironie et références geek.
The big bang theory a ses fidèles en France. NRJ12 l’a bien compris et profite de l’engouement autour de Leonard, Sheldon et les autres pour dynamiser ses samedis.
Sur la saison 2012-2013, la sitcom a rassemblé une moyenne de près de 260 000 téléspectateurs, pour 2.2% de part d’audience, dont 3.8% des 25/49 ans et 4.0% des femmes de moins de 50 ans responsables des achats.

Big Bang Theory profite du renouvellement de la culture geek !

Anonyme a dit…

La série est, comme aux Etats-Unis, multidiffusée en France. Elle est ainsi diffusée actuellement sur NRJ12, MTV et Canal+ Séries.
Néanmoins les horaires de diffusion sont très différents de ceux des Etats-Unis.
Sur NRJ12, The big bang theory est diffusée à l'heure du midi afin de capter une cible jeune qui est moins intéressée par les jeux télévisés diffusés à cette heure sur les grandes chaines (Ex: les douze coups de midi sur TF1).
La série réussit à fidéliser entre 130 000 et 200 000 téléspectateurs pour une part de marché comprise entre 1,3 et 1,5%.

ChristopheMarinho226

Anonyme a dit…

En France, The Big Band Theory est en concurrence direct avec un autre feuilleton célèbre américain , se passant également dans une coloc : Friends ! Le premier sur NRJ12, le second sur TMC. Ils sont au coude à coude dans les audiences. En proposant ces séries à l’heure du déjeuner, TMC et NRJ12 espèrent drainer les jeunes, moins friands des jeux télévisés de TF1 et France 2. Les chaînes de la TNT en profitent donc pour attirer également massivement les cibles stratégiques pour les annonceurs.

Il est intéressant de voir les différences entre les deux séries dont le dispositif et l'histoire sont les mêmes malgré une quinzaine d'années de différence. Les sujets sont traités différemment et surtout TBBT traite de l'ère du numérique (avec ses conséquences sur notre génération).

JeanBenoîtHenry226

Anonyme a dit…

La réussite de "The Big Bang Theory" n'est pas sans rappeler une autre série plus ancienne : "Friends" ! D'ailleurs, la dernière saison de Friends n'était autre que... La dixième. En sera-t-il de même pour The Big Bang Theory, qui commence un peu à s'essouffler ?

C'est d'ailleurs l'information que relaie The Hollywood Reporter, qui a recueilli les propos de Steven Molaro, le producteur de la série. Ce dernier laisse entendre que la 10ème saison pourrait bien marquer la fin de cette sitcom... Nous serons bientôt fixés sur la question, la diffusion de la saison 10 ayant commencé au mois de septembre 2016 aux Etats-Unis...

mariebussy226

Anonyme a dit…

The Big Bang Theory connaît en effet un réel engouement aux Etats Unis et a su trouver son public en France, malgré des références bien ancrées dans la culture américaine ! Mais ce sont sûrement ces références geeks et pop culture qui ont charmé les fans.

Les séries les plus similaires à TBBT de ces dernières années sont Friends et How I met Your Mother Même format, mêmes rires de l’audience… et un groupe d’amis ! Penny n’est pas sans rappeler Rachel, la célèbre serveuse du Central Perk de Friends. Certes, le bar a une importance moindre dans TBBT que le McLaren’s de HIMYM, mais les lieux communs du bar et du salon restent forts. Et les ressorts comiques employés par ces différentes séries sont similaires. La force de TBBT est de donner à la culture geek, plutôt perçue comme underground et ringarde, son quart d’heure de gloire : ces personnages, bien que grotesques, sont attachants ; le téléspectateur les suit du comic book store aux fan conventions et apprend des concepts scientifiques vulgarisés.

La série en est déjà à sa dixième saison, il est donc tout à fait légitime de se poser des questions quant à la reconduite de la série sachant que Friends s’est arrêtée au bout de 10 saisons et HIMYM, 9. En attendant, l’épisode 7 de la dernière saison, The Veracity Elasticity, sort demain aux Etats Unis. Les fans seront-ils toujours au rendez-vous ?

alicefauroux226

Guillin Marian a dit…

The Big Bang Theory a fait son retour sur les écrans le 3 novembre dernier pour sa dixième saison. Les premières audiences sont tombées et la série est toujours leader de sa tranche (20h-21h) mais baisse tout de même puisqu'il n'y avait seulement que 13,9 millions de téléspectateurs pour un taux de 3.0 sur la cible privilégiée des 18-49 ans. Il faut souhaiter que la série remonte ou reste stable dans les prochaines semaines afin que cette dixième saison ne soit pas la dernière.

marianguillin226

Nicolas Bauche a dit…

CBS et "The Big Bang Theory" prouvent que la série n'a pas tué la sitcom, tout comme le feuilleton (contrairement à la France où l'arrivée très tardive de la série a ringardisé, puis quasi tué le feuilleton. Quant à la sitcom à la française, il faut remonter aux productions AB sur TF1 pour en voir quelques exemples. Plus près de nous, Kev Adams flirte néanmoins avec le genre sans trouver ses lettres de noblesse).

De manière spécifique : la sitcom est un phénomène audiovisuel qui capitalise énormément sur la bulle émotionnelle créée par la TV chez les téléspectateurs : l'attachement profond aux personnages mais aussi, aux Etats-Unis, au comique de stand-up, plus qu'à l'efficace narrative en série et l'esthétique de cinéma.

Pour la marque CBS : cette saison, le nombre de nouvelles sitcoms CBS mises à l'antenne ("Kevin can wait" notamment) prouve la vigueur du genre et sa capacité à capter l'audience sur les programmes de début de soirée.

Plus généralement : la fiction et ses trois genres (sitcom, feuilleton, série) sont trois propositions pour capter l’attention du téléspectateur aux USA selon trois modalités : l’émotion et la familiarité (la connivence avec les personnages comme les membres d’une cellule de proches : on est sur le modèle du « bon pote » de Seinfeld en passant par «Friends » jusque « The Big Bang Theory») ; les « ups and downs » émotifs (le feuilleton et la matrice CBS hystérique, « Les Feux de l’amour » et « Amour, gloire et beauté ») ; l’esthétique de vie (la série, mécanique de perfection visuelle et narrative où l’efficace télévisuelle intensifie l’existence). CBS pense les temps de nos vies dans un miroir à trois reflets.
nicolasbauche226

Anonyme a dit…

La nouvelle vient de tomber: CBS a annoncé qu'un spin-off de la série était en développement. Cette nouvelle série tournera autour de la jeunesse du personnage incarné par Jim Parsons, dans le même genre que la série Malcolm. Cependant, on ne connait toujours pas le casting de ce spin-off...
La chaîne continue donc de surfer sur la vague du succès de The Big Bang Theory, qui, rappelons le, a été la deuxième série la plus suivie aux USA l'an dernier.

AnouarLmabrouk226

Anonyme a dit…

Les acteurs de la série Big bang theory sont à ce jour mirobolant, l'interprète de Sheldon Cooper
gagne 1 million de dollars par épisode ce qui montre à quel point la série doit être rentable.

En 2014, les acteurs ont négocié avec Warner Bros pour tripler leur salaire, ce qui avait engendré une semaine de
retard dans la production. Aucun des membres de la série ne peut être remplacé, chaque personnage est important
et incarne une facette différente du geek.

Il est intéressant de voir le rapport de force entre les comédiens et Warner Bros, si les comédiens peuvent se passer
de jouer dans la série, ce n'est pas le cas des producteurs...

Angélique de La Tullaye 226


LOIC.G.226 a dit…

Je suis cette série avec plaisir depuis ses débuts, j'en ris encore malgré le peu de développement de l'histoire.

Même si je ne doute pas que le producteur se moque ouvertement de la "communauté geek" je trouve que les énormes clichés abordés dans la série ne lui sont pas si néfastes que ça…

C'est assumé depuis le début et disons que si ils abordaient des sujets plus "techniques" il n'y aurait pas d'audience et donc pas de série.
Dailleurs, Sheldon le personnage le plus « cliché » est aussi, a priori, le préféré du public. Donc, je pense qu'il ne faut pas essayer de chercher autre chose que ce que cette série veut apporter: 20min de situations décalées/clichées souvent bien marrantes!
On est donc sur du pur divertissement, même si j’ai moi-même un avis partagé sur certains épisodes, pour ce qui est de se divertir ça rempli son rôle.

Rey Laetitia a dit…

Les célèbres acteurs geek de Big Bang Theory sont parvenus à négocier une enveloppe d'un million de dollars par épisode, le succès est tel que Sheldon, Penny et Leonard ont enfin obtenu que leurs salaires soient triplés par Warner.
En effet avec 20 millions de spectateurs par semaine, la série comique la plus populaire des Etats-Unis touche le monde entier (Inde, Amérique latine, Japon, Algérie) et a eu de nombreux prix série comme le “tv comédie” en 2016 au festival de Montecarlo.
Le phénomène du geek intéresse le public, aujourd'hui on dit que le "geek is the new chic", il y a eu un phénomène de popularisation de la culture Geek, ils sont devenus des références à suivre en terme d’informatique, de pratique en jeux vidéos, ou de la culture qu'ils ont créé.

Laetitia Rey.