jeudi 20 avril 2017

TV audience: live or not live? Is TV still a mass medium?


According to traditional interpretations of traditional US ratings, the TV audience seems to be evaporating. Really? Let's first fix and improve the ratings: that is what Nielsen keeps doing, year after year.
Where has all the TV audience gone?
  • First of all, people watch less live TV. People postpone watching, they wait until tomorrow, the next week-end, the next week. 35 days after the first broadcast, TV audience keeps cumulating, slowly, surely. DVR, VOD, catch-up TV programs see an increase in their audiences. For example, between seven days and five weeks following its broadcast, the "Big Bang Theory" (CBS) ratings increased by13%... Between live TV and Live + 35 days, the program's rating increased by 54%. TV audiences never stop beyond live TV. Not anymore. Of course, as usual, some networks still disagree with the methodology; there is still a long way before a consensus is reached.
  • Then, people also watch TV out of home, in bars, hotels, waiting rooms: this viewership is important for sports programming, especially for young people. Out of home viewership is now captured by portable people meters (77,000 panelists equipped with PPM).
TV is not dead. In-home and out-of-home audiences are incorporated to be sold as total audience to marketers during the coming upfront market. Finally! it took such a long time to take this audience into account! Total Rating Content (TCR) : people do not watch less TV, they watch TV differently. Is TV still a mass media? Yes, given the amount of time spent by so many people with TV; but no, since the audience is no longer massive; TV is not only prime time anymore: there is not a unique schedule, people do not watch the same device at the same time in the same room. The mass is atomized, but in the long run it is still there. How should a mass medium be defined nowadays? Should we revisit Marshall MacLuhan's work?

Let's note that what is true for TV is also true for magazines and newspapers: their audience keeps cumulating a long time after the vehicle has been bought. Advertising should adjust to that kind of audience instead of live audiences. Both TV and press need total ad ratings. Who wants just yesterday's audience? How does this affect advertising strategy and audience planning? How is data going to affect the role of ratings?

mercredi 5 avril 2017

L'Amérique à lire. Mook trimestriel innovant.


Mook est un mot valise pour désigner un objet média non clairement identifié. Vendu en libraire, plutôt épais, cher : c'est un livre. Son format, sa périodicité, trimestrielle, c'est un magazine. Donc un magalivre, ou un mook. Mot valise, portemanteau = mag + book (196 p., 19€). Le mook, vendu  en kiosques ou en librairies, reste plus longtemps présent sur les linéaires, il s'adresse à un public de lecteurs de livres, magazine de garde donc, comme on parle d'un vin de garde, il reste longtemps au domicile, on ne le jette pas, il compte donc de nombreuses reprises en main, il "circule" ; son format évoque les coffee table books....
Ce n'est pas le premier : on en compte au moins une vingtaine sur le marché (cf. Presse : les magalivres (mooks).

America s'annonce en sous-titre : "L'Amérique comme vous ne l'avez jamais lue". A la une : Toni Morrison, Moby Dick, F. Scott Fitzgerald... Il s'agit d'un magazine littéraire. Entretiens, reportages, enquêtes, photographies. Son site web est encore limité, quelques vidéos seulement. Pas de publicité sauf, en page 4 de couverture, pour une émission littéraire de télévision de France 5. Le magazine appartient au même groupe que l'hebdomadaire Le 1.

Le lancement d'America profite de la conjoncture politique américaine et de l'inquiétude qu'elle suscite : que deviennent les Etats-Unis avec l'élection de Donald Trump, la remise en question presque systématique des décisions essentielles des deux présidences de Barack Obama ? Protection de l'environnement, politique de santé, neutralité du net, etc. ? Dans ces conditions, que peut la littérature ? La question avait-été posée à Jean-Paul Sartre en 1964. Elle est à nouveau posée par le magazine à Barack Obama, à Toni Morrison. Leurs deux  réponses constituent le cœur du numéro.
D'abord, la reprise en français d'un entretien donné par Barack Obama au New York Times, publié en janvier 2017 ("on what books mean to him"). Barack Obama, lecteur et écrivain, qui déclare inchangée, depuis ses années étudiantes, son admiration pour Shakespeare ("I would say Shakespeare continues to be a touchstone").
Ensuite et surtout, Toni Morrison. Prix Nobel iconoclaste, provocatrice, claire, libre : elle ose penser et dire ce qu'elle pense (à quand, une édition bilingue, voire la vidéo sur le site, de cet entretien ?). En 22 pages, Toni Morrison fait flèche de tout bois. Dénonçant les slogans, même et surtout, dit-elle, "Black is beautiful", selon elle "identitaire et macho". Toni Morrison soulignant que sa mère, elle, "jugeait les gens un par un, jamais en termes de groupe comme on le fait aujourd'hui en parlant des Noirs, des Hongrois, des Italiens, des Coréens". De l'importance de "se situer au-delà des convictions raciales". Toni Morrison rappelant que l'esclavage fut, entre autres, une histoire grecque et romaine, et russe...
Toni Morrison, touchante, à propos de l'écriture : "lorsque j'étais petite, je ne voulais pas devenir écrivain mais lectrice". A 86 ans, elle écrit pour la première fois un livre avec un ordinateur. Et, subtile, évoque ce qu'avait pressenti Friedrich Nietzsche : "J'aime le contact de la main sur le papier, lorsqu'elle écrit. Et de la gomme. Et du crayon qui barre, qui rature. J'ai l'impression que c'est la main qui guide l'ensemble du roman. La main autant que l'esprit". Habitus manuscrit d'écrivain, avant l'écriture à la machine, avant l'ordinateur. De la main aux doigts du digital (digitus). Ecriture, travail manuel.

L'ensemble du magazine est riche, divers, utilement annoté en marge des articles, pour éclairer le lecteur. Discours parfois conformiste. La tonalité est globalement obamaphile.
Notons encore la belle nostalgie qu'expriment les photographies de Vincent Mercier. Saluons le dossier Moby Dick, avec texte original, traduction et présentation. Convaincant et didactique. On regrettera une reprise graphique de la composition "ethnique" de la population des Etats-Unis, sans la moindre précaution méthodologique, sans le moindre doute minimum quant aux sources et catégories mobilisées. Un reportage sur les Sioux de Standing Rock ("voir dans la nature plus qu'une source d'énergie"), sur Los Angeles...
America secoue beaucoup de nos doutes et de nos certitudes, donne envie de lire, d'aller plus avant. A propos, qu'en est-il, à l'issue de cette élection, de l'Amérique si triomphante des GAFA, de Google, Twitter, Amazon, de Facebook, Microsoft, Apple ? Rien dans ce numéro sur l'avenir de la culture numérique de "l'ère Obama". Comment comprendre le slogan "America first" ? Devant qui ? Assiste-t-on à un retour de quel refoulé ?
Et si ce que révélait l'Amérique de Donald Trump, née d'un désenchantement, valait aussi pour la France, pour l'Europe à venir ? Le reportage stimulant sur les "petits blancs" (de Sylvain Cipel) peut être lu comme une mise en garde. Est-il une France de Donald Trump, de Steve Bannon ? Avons-nous aussi notre "poor white trash" ?

Le magazine s'essaie à un nouveau genre de presse, croisant littérature et sociologie, bilingue et didactique, photographie et interviews. L'articulation avec le site est encore floue. Attendons le numéro suivant pour voir l'évolution de cette innovation. L'avenir de la presse est dans l'innovation... Pour le traditionnel, il y a le magazine American Legend, historique et descriptif (trimestriel, 7,8€).

lundi 27 mars 2017

Netflix et les 1300 clusters


"De gustibus non est disputandum", apprend-t-on à l'école : ne pas discuter des goûts. Maxime que pourrait adopter Netflix. Inutile de discuter ou critiquer les goûts, mieux vaut les admettre, les respecter et les suivre.
Finalament, Netflix considère que ce qui distingue les téléspecteurs, c'est moins leur appartenance socio-démographico-économique que leurs consommations télévisuelles. La sociologie relie en correlations les consommations et les appartenances socio-démographiques, les unes et les autres déclarées, les unes expliquant les autres. Netflix n'explique pas mais se contente de prédire des consommations futures à partir de l'analyse des consommations passées, observées, d'où se déduisent des recommandations.

Au-delà du jugement de goût : les mythèmes médiatiques
Prédire ou expliquer, ce n'est pas la même chose, soulignait le mathmaticien René Thom. Prédire a une visée opérationelle dont la validité est vérifiable à terme, expliquer a une visée spéculative, rarement vérifiable.
Pour effectuer ses anticipations, Netflix dispose des données provenant des choix et préférences de programmes effectués par ses millions d'abonnés, dans quelques dizaines de pays, pendant des années (dataset).
Netflix regroupe ces comportements en clusters de goûts ("taste communities"), plus de 1300, construits, découverts par des opérations de machine learning. Ces clusters sont rebelles à l'intuition première, spontanée. Bien sûr, chaque abonné peut appartenir à plusieurs clusters : avoir regardé des westerns classiques et des soaps coréens (K-pop), des films avec Depardieu, d'autres avec Meryl Streep ou Jane Fonda, des séries où l'on fait la cuisine...
Le machine learning déconstruit les productions télévisuelles et cinématographiques un peu à la manière dont Claude Lévi-Strauss déstructurait les mythes pour en découvrir les "grosses unités constitutives ou mythèmes" et la combinatoire. Chaque unité constitutive, dit Lévi-Strauss, " a la nature d'une relation", de "paquets de relations"...

La langue de Netflix, c'est la traduction
La personnalisation et la recommandation sont au bout de ces clusters, avec la langue des sous-titres et la localisation technique, dont la gestion du cache qui varie selon les ISP, les téléviseurs... Les combinaisons de langues peuvent demander jusqu'à 200 traducteurs pour traiter 45 langues d'une émission (le catalogue lui-même est publié en 25 langues). La langue de Netflix est la traduction, et ce sera de moins en moins l'anglais des native speakers.

Pour répondre aux besoins de sa programmation internationale, Netflix a été amené à développer une plateforme de traduction ("translator testing platform"). Netflix a donc son propre test de recrutement de traducteurs (Hermes) avec des questions à choix multiples pour calculer un score aisément. Les tests concernent la compétence langagière (notamment les tournures idiomatiques) mais aussi la maîtrise des aspects techniques du sous-titrage (timing, ponctuation, césure, etc.). Ainsi, Netflix, sans que l‘on n'y ait pris garde, est-il devenu l'une des plus importantes entreprises de l'industrie de la traduction dans le monde. Sans doute pourrait-elle un jour commercialiser ses services de traduction (à des MVPD, des éditeurs, des réseaux sociaux, des studios, etc.). Elle fait se rencontrer, sur sa place de marché, des traducteurs / sous-titreurs, d'une part, et des documents à sous-titrer (émissions, films), d'autre part. Alors que les vidéo regardées sur le web le sont souvent sans le son, le sous-titrage a un bel avenir, sous-titrage enrichi de notations culturelles adaptées à langue / culture cible et à la langue /cible /origine. Car ce que l'on ne comprend pas dans une émission étrangère, ce n'est pas seulement la langue mais aussi les allusions, les sous-entendus, les comportements et gestes symboliques...

Cette plateformisation donne à Netflix des airs d'Amazon qui commercialise sa plateforme logistique, son cloud computing ou Mechanical Turk, d'abord développés pour son propre usage... Sommes-nous en train d'assister à une uberisation de la traduction ? Reste à Netflix à produire pour ses traducteurs des outils d'aide ou d'automatisation partielle à la traduction et au sous-titrage, tout comme les chauffeurs d'Uber utilisent son logiciel de facturation, sa cartographie...
Notons que YouTube a choisi une autre voie pour la traduction, celle du crowd-sourcing avec "Contribute translated content".


Références

Pierre Bourdieu, Monique de Saint-Martin, "l'anatomie du goût" in Actes de la recherche en sciences sociales. Vol. 2, n°5, octobre 1976. Anatomie du goût,  cf. Persée
Pierre Bourdieu, La distinction. Critique sociale du jugement, Paris, Editions de Minuit, 1979, 
Claude Lévi-Strauss, Librairie Plon, 1958, (Chapitre XI, "La structure des mythes"
René Thom, Prédire n'est pas expliquer, Paris, 1991

mercredi 22 mars 2017

La TV, horizon indépassable de tout média ?


Snapchat, se déclarant "a camera company", tend logiquement vers la TV. Facebook, dès son document d'entrée en bourse avait déjà anticipé un tel mouvement dans son business plan : la vidéo, la télévision sont manifestement, désormais l'horizon de tout media (publisher). Convergence numérique.

C'est sans doute dans cette perspective que l'on peut comprendre l'intérêt croissant de Snapchat pour les contenus de la télévision américaine. A+E Networks (JV de Hearst et Disney) qui, l'an dernier, a créé 45th & Dean, filiale branded-content, produira des émissions pour Snapchat Discover : "Second Chance" (unscripted, 8 épisodes : au cœur de l'intrigue, des couples séparés se retrouvent pour tenter une réconciliation, "emotional exes").
Plusieurs émissions ont déjà été produites ou sont en cours de production par des studios de télévision pour la plateforme Snapchat, entre autres :
  • "The Bachelor" (ABC), "The Voice" (NBC), "The rundown" (E!), "CollegeGame Day" (ESPN), "Planet Earth II" (BBC, 6 épisodes, en exclusivité). Beaucoup de reality TV, format qui convient à la vidéo mobile...
  • Avec Discovery Communications, un accord prévoit des émissions au format de "Shark Week" ou "MythBusters". Des modalités de collaborations publicitaires sont également envisagées.
  • D'autres productions sont en cours. Un "Bleacher Report", l'émission sportive de Turner Sports, (Time Warner), est prévu pour Discover.
  • Vice, "Hungry Hearts with Action Bronson" (8 épisodes de TV réalité , dating show). Vice était partenaire de Snapchat au lancement de Discover en 2015.
  • Accord avec MGM Television : production de "short-form shows" (4  à 5 mn) pour Discover.
  • Accord avec NBC pour la retransmission des JO d'hiver de 2018 (comme ce fut le cas pour les JO de Rio en 2016).
De son côté, Facebook diffusera des matchs de la MLB (un match de baseball par semaine, en direct) après avoir diffusé des matchs de la NBA, des matchs de football (de la Liga Mx mexicaine avec Univision) et même du tennis de table. Twitter a diffusé des matchs de la NFL (pour lesques il est en concurrence pour la prochaîne saison 2017 avec avec Amazon, Facebook et Yahoo!) ainsi que des retransmissions directes du tournoi de tennis de Wimbledon. Amazon l'emportera our la NFL.
L'appli Facebook video est maintenant présente dans Apple TV et Chromecast (Google). A son tour, Apple a développé Apple Clips pour le partage rapide de vidéo ("spread some video joy"). De leur côé, la plupart des groupes de presse produisent beaucoup de vidéo, y compris pour Snapchat Discover.

Mobile storytelling first ?
On dit que la consommation de vidéo sur les mobiles est en hausse. Format spécifique, durée brêve, petit écran (cf. les films de 1 minute sur mobile, Blackpills, snacking, mais aussi consommation brêve de contenus longs, visonnement poursuivi sur un autre support (Netflix) : le smartphone pour la consommation vidéo de transit ? Voir Dreams, The new TV.  Comportement des plus jeunes générations ? L'audience de Snapchat serait plus jeune que celle de ses concurrents, Instagram, Facebook ou YouTube (selon Ampere Analysis). Qu'en sera-t-il de blackpills ou de Dreams TV?
Deux modèles économiques opposés
Snapchat achète l'émission à 45th & Dean puis vend des espaces publicitaires. "Flat licensing fee", pas de partage des revenus publicitaires. Facebook, en revanche, testerait un modèle où 55% des revenus d'un écran de coupure (in-streammid-roll) reviendraient aux éditeurs (revenue sharing). Periscope (Twitter) propose un pre-roll pour le parrainage. Chacun emprunte à la télévision traditionnelle (legacy) une partie de son modèle.
Dans cet espace concurrentiel, la question de la mesure des audiences des réseaux sociaux est capitale, notamment pour les médias qui travaillent avec eux (déportalisation) et doivent l'intégrer cette audience dans leur audience totale.

lundi 20 mars 2017

Télévision expérimentale ? Dé-montage de l'oeuvre audiovisuelle


Netflix travaillerait à deux nouvelles fonctionnalités qui pourraient, parmi d'autres, commencer de remettre en question la constitution finie et définitive de l'oeuvre télévisuelle ou cinématographique, en y introduisant flexibilité et personnalisation.
  • La première fonctionnalité est un dé-montage. Il s'agit de sauter les génériques de début, "séquences introductives", grâce à un bouton Skip Intro. Le statut du générique, parfois si long, est remis en question par les modalités de consommation de type binge-watching : une fois, à la rigueur mais l'imposer pour chaque épisode est insupportable. Evidemment, cela ne manquera pas de poser des problèmes de droit : le droit doit-il épouser les pratiques ou est-ce l'inverse ? Bataille perdue d'avance ! Le consommateur finit toujours par l'emporter, avec l'aide de la technologie (leçon réitérée par les adblocks).
  • La seconde fonctionnalité à laquelle travaillerait Netflix consisterait en un re-montage de l'oeuvre pour sa réception sur smartphone, support mobile avec petit écran ; il s'agit d'une sorte d'adaptation à la mobilité, aux écouteurs, à la taille de l'écran, extension du responsive design, en quelque sorte.
Après le choix de la langue, des horaires, l'audio-description, la sélection des sous-titres... Désormais les expériences télévisuelles sont de moins en moins partagées, de plus en plus personnalisées. La remise en question du côté mass média uniformisant de la télévision (broadcast), tellement dénoncé (par qui ?) a débuté avec le magnétoscope et se poursuit avec la vidéo à la demande (VOD) : le mass-media continue de se déliter... et avec lui la notion de grille, de chaîne, d'horaire...

Toutes ces variations de fonctionnalités sont fondées sur une exploitation des nombreuses données que Netflix recueille en continu auprès de sa centaine de millions d'abonnés (monitoring). Des expérimentations sont effectuées sur des échantillons d'abonnés (A/B testing avec échantillon de contrôle). Avec Netflix, la télévision passe à la data. Et à une nouvelle conception de l'évaluation de son audience (metrics), loin des enquêtes déclaratives. De l'observation à l'expérimentation en passant par les hypothèses, voici l'introduction à l'étude de la télévision comme science expérimentale !


Références :
L'avenir numérique des génériques
Navin Iyengar, "Netflix. Insider Stories at Canvas Conference, 2016"
Claude Bernard, Introduction à l'étude de la médecine expérimentale, 1865

mardi 7 mars 2017

L'atelier créatif des Nanas


L'Atelier des Nanas, bimestriel, sorti fin 2016 (voici le N° 3), 7,9€ (abonnement annuel : 39€), 116 p. dos carré, diffusion Presstalis.

Au programme du magzine : alimentation, maquillage, décoration, shopping... Les loisirs créatifs et autres bricolage ou DIY (Do It Yourself) représentent assurément une composante essentielle de la presse magazine. Classés parfois dans la presse féminine, parfois dans la catégorie mode beauté, les loisirs créatifs constituent une catégorie floue que ce magazine précise d'emblée, en bandeau à la une : L'Atelier des Nanas se déclare "nouveau magazine féminin pratique & créatif". Ce qui caractérise donc le magazine, ce ne sont pas les thèmes qu'il aborde mais l'esprit dans lequel il les aborde.

La dimension créative est essentielle, elle est affirmée à toutes les pages ; il s'agit pour les lectrices d'être astucieuses et inventives : "A vous de créer !" des gâteaux, des étagères, des masques détoxifiants, des petites pochettes, des gadgets décoratifs, etc. Le côté pratique et utile est non moins décisif : il s'agit de faire et non pas de consommer passivement (il y a de nombreuses pages shopping, pratiques, bien intégrées dans le rédactionnel). C'est le monde de la pratique, pas celui du spectacle tel que l'on s'y attarde dans d'autres segments de la presse "féminine".
Créer et pratiquer sont aussi des euphémisations de la dimension économique : il s'agit de dépenser en comptant, de s'investir plutôt qu'investir. Optimisation budgétaire, cost killing domestique (le N°1 des Essentiels du magazine publie en mars Le guide de la récup' avec des "conseils pour tout upcycler"). Loisirs bon marché. Maison, décoration, pâtisserie, tout peut être occasion de faire, d'être "créatif" tout en étant utile. Personnaliser, customiser, c'est créer aussi. Les suggestions de créations sont accompagnées de conseils didactiques précis, pour passer à l'acte, dont l'acte d'achat.

A la une, en couvertire, le maquillage. Le portrait représente la cible visée, l'âge et le genre : "c'est que pour les Filles !", proclame le site / boutique de mercerie / carterie associé. Cool. Tendance ! Le magazine se donne un côté mode, mais sans frime, à la portée de presque toutes les bourses. L'Atelier des Nanas revendique une allure et un ton jeunes, modernes ; le magazine semble vouloir dépoussiérer les loisirs créatifs parfois trop traditionnels et dont le public habituel risque de vieillir.

Les blogs, facteurs de modernisation
14 collaboratrices sont indiquée au sommaire, plus ou moins blogueuses. Le magazine fonctionne donc comme une plateforme où des blogueuses peuvent être publiées. Elles rencontrent dans le magazine un support et un public nouveaux, souvent loin des blogs, moins familiers de la culture et des outils numériques. Voir aussi, par exemple, la mobilisation des "blogs culinaires" par le Hors-Série de Saveurs.

Magazine sympathique, plutôt écolo ("mon terrarium est éternel", les succulentes, make-up bio...) et pas "cruel" (on aime et l'on respecte les animaux). Des adresses, une librairie (divertistore.fr) : tout est conçu pour être pratique. Sans doute aussi un très bon support publicitaire (publicité non captive)...

Références
Lire la presse, c'est faire : loisirs créatifs, déco, bricolage, cuisine
Loisirs créatifs à vendre : Amazon s'y met aussi
Loisirs créatifs : La Maison Victor, magazine professionnalisant

jeudi 2 mars 2017

Festival du cinéma mobile : 1 minute. Très très très courts métrages


Le Festival du film mobile a eu lieu pour la 12 ème année. MobileFilmFestival, un événement culturel témoignant de l'émergence d'une manière de voir et de dire.
La règle des 3 unités est imposée aux participant/es, claire et simple : 1 minute, 1 film, avec 1 mobile. Genre cinématographique à forme fixe, gage de créativité, comme le sonnet le fut pour la poésie. Smartphone, smart movie ?

51 films étaient en compétition. Projetés sur très grand écran dans une salle classique, plutôt grande. La salle était bondée et le public chaleureux, enthousiaste parfois, silencieux parfois, ému, surpris ou gai. Ce fut un très bon moment pour le spectateur. Merci pour l'invitation !
La cérémonie fut bon enfant, les prix remis dans l'humour et l'émotion, sans frime. Les jurys ont voté, le public aussi, sur le site du festival. Plaisir de voir les acteurs et actrices sur la scène, les réalisateurs et les réalisatrices, et les parrains offrant des prix / tremplins pour que de jeunes auteurs puissent réaliser un nouveau film (la liste des partenaires est là). Participants modestes et heureux. Le palmarès est brillant, séduisant.

Que peut-on dire en une minute ? A priori, après le générique, pas grand chose. A posteriori, après 51 minutes de visionnage, tout. Beaucoup de films engagés contre la bêtise, l'injustice visible (sexiste, homophobe, raciste, violente, etc.), des films humoristiques. Mon préféré ? "Blind date", de Xavier Inbona. Imposante et lumineuse simplicité, fraîcheur.
On peut encore regarder les films sur le site.

La brièveté impose un style, une économie de moyens, concentrés. On pense à Charles Baudelaire et à certains textes des "Petits poèmes en prose", aux aphorismes, aux haikus peut-être, aux chengyu (成 语)... Toutes maximisations sous contraintes. Cinéma-mobile comme il y eut la "caméra-œil" (Dziga Vertov) et la "caméra-stylo" (Alexandre Astruc). Le mobile voit mieux que l'œil et exprime la vérité : d'ailleurs les réalisateurs des films du Mobile Film Festival sont presque tous des enfants du smartphone, certain/es n'ont que 17 ans...
Ce genre relève de nouveaux supports de la vidéo : YouTube (il y a des Youtubeurs parmi les lauréats), Facebook, Snapchat...

Quel rapport entre la durée (1 mn) du film et le format de l'écran, et la mobilité de l'appareil (sa discrétion, etc.) ? La concision s'impose mieux qu'un long discours : "tout film est un théorème", disait Alexandre Astruc. L'universalité de "Blind Date", sa logique en font un théorème social. Le film mobile impose sa nouvelle narrativité (storytelling) loin de tout bavardage, frappante, muette et silencieuse bien souvent (voir "Hidden Beauty" de Rrza Jafarzadey). Peut-on attendre des séries de plusieurs épisodes d'une minute (minisodes) ? Enfin, n'oublions pas que la durée perçue, vécue, n'est pas la durée des horloges et qu'un film d'une minute, dans la conscience, peut durer longtemps.

Bonne idée que ce festival, à ne pas manquer l'an prochain pour découvrir les nouvelles aventures de la créativité cinématographique.

copie d'écran du site

dimanche 19 février 2017

Hallyu : Netflix dans la vague coréenne avec "IRIS" et "White nights"


Copie d'écran de l'appli Netflix.
Février 2017
"L'exotique est quotidien", dit un ethnologue à propos de l'Asie. C'est vrai également de l'immersion dans une série coréenne d'espionnage (spy drama comme "IRIS") ou "White Nights".
  • "IRIS" : le cadre de cette série est classique : ce n'est certes pas l'Allemagne de l'Est sous contrôle soviétique et le Berlin de Check Point Charlie, mais c'est la Corée du Sud, moderne et technologique, et celle du Nord où s'épanouit un dictateur. Autres uniformes, autres paysages, même scenarii. Des épisodes sont tournés au Japon et en Hongrie. La série de 20 épisodes a été programmée en 2009 sur la chaîne KBS2 avec un succès d'audience et de notoriété considérable, d'abord en Corée puis au Japon avant d'être distribuée par Netflix (sous-titrée en anglais). Le budget de production aussi était considérable. Les ingrédients du genre sont classiques et les situations cornéliennes : amitié, amour, patriotisme, réunification, retournements... Bien des ressemblances avec The Black List sur NBC ou Homeland sur Showtime. Après un film en 2010, une deuxième vingtaine d'épisodes exploitant le même filon a été diffusée en 2011 (ATHENA), puis une troisième en 2013 (IRIS II). Un comic book (manwha) sera également publié en Corée et au Japon.
  • "White Nights" est le titre d'une série de 10 épisodes que distribue aussi Netflix (saison 2016, titre original : "Night Light") ; la série est diffusée par la chaîne coréenne MBC à partir de novembre 2016. Le mélodrame se déroule dans l'univers "impitoyable" de la finance et de grands conglomérats coréens (chaebols). Il y a du "Dallas" dans cette série. L'action est racontée au travers de la psychologie de trois héros, un jeune homme romantique, héritier riche et beau, son amie, empêtrée dans une enfance massacrée par un père plus que sévère, et enfin, une jeune fille pauvre qui sombre dans l'ambition et joue un rôle ambigü entre les deux. Univers feutré de violence et de business entre la Corée et le Japon. Gestion paternaliste, intrigue balzacienne dans des décors connotant à la fois le luxe (mobilier, plantes, automobiles, vêtements et accessoires de mode), ainsi que la sagesse traditionnelle : sentences inspirées de la culture confucénne, calligraphie.
Regain de culture coréenne en Occident ? "Hallyu" a-t-on dit, en Asie, pour évoquer la vague de culture coréenne qui déferle depuis les années 1990 (韩流, hán liú, en chinois) : K-pop, séries TV, musique populaire, films, etc. assurent la promotion d'un style de vie, de produits (mode, alimentation, cosmétiques). L'Etat chinois a même pris des mesures de rétorsion anti-hallyu à partir du 1er octobre 2016 suite au déploiement en Corée du système de missiles défense THAAD. Soft power des industries culturelles et diplomatie militaire !
Signalons encore "Hello My Twenties", série distribuée par Netflix depuis décembre 2016, mi polar mi sitcom sur la vie de cinq jeunes coréennes (saison 1, 12 épisodes).

Netflix, qui est implanté en Corée, insère des éléments de la culture coréenne télévisuelle dans son offre et contribue à l'hallyu. Netflix produit "Love Alarm", une série de 12 épisodes d'après un roman avec dessins ("graphic novel", "webtoon"), ouvrage à succès de l'auteure Kye Young Chon où il est question d'une appli alertant en cas de probabilité d'amour à moins de 10 m !). La diffusion en exclusivité Netflix est prévue pour 2018. Netflix a également passé commande à l'entrepise de production Astory de "Kingdom", une série de 8 épisodes.


Références

Soo Hyun Jang, "The Korean Wave and Its Implications for the Korea-China Relationship", Journal of International and Area Studies, Vol. 19, No. 2 (December 2012), pp. 97-113

"Graphic novel emerges as comics for adults", The Korea Times, July30, 2010

Georges Condominas, L'exotique est quotidien, Paris, 1965

Seok-Kyeong Hong-Mercier, "Hallyu, la vague du soft power coréen", INA, septembre 2011

Lee Hyo-won, "Netflix Picks Up 'Love Alarm' as First South Korean Original", The Hollywood Reporter,  January 4, 2017

lundi 6 février 2017

Histoires de vies au cinéma : Neruda, Dalida


Deux nouveaux biopics en ce début d'année dans les salles de cinéma.
Des personnages, publics à différents titres. Vies parallèles, fictionnalisées de personnes illustres.
Dalida, "italienne de naissance égyptienne", chanteuse populaire, "romantique et bohème", des années 1960 aux années 1980. Sa vie est un "théâtre / roman" tissé de chansons à grand succès. Mais où le suicide rôde, qui finit par la rattraper. Ciao bambina... Restent son nom donné à une place à Montmartre et une statue. Pélerinage des fans.
N°31, janvier 2017.

Neruda poète du Chili, francophile, francophone, homme politique communiste, sénateur, militant anti fasciste, ambassadeur, internationaliste, victime du cancer et de Pinochet. Compagnon de route de l'Union Soviétique stalinienne. Beaucoup de points communs avec son ami français, Louis Aragon. "J'avoue que j'ai vécu", dira le poète, pour titre de son autobiographie (Confesio que he vivido. Memorias, 1974).

Deux vies toutes prêtes pour être dramatisées. Neruda (Pablo Parrain) est une sorte de film policier fictif qui mobilise les paysages de la Cordillère des Andes et les lieux où Pablo Neruda est traqué. Il est en train d'écrire son grand poème, Chant général (Canto General).
Dalida (Lisa Azuelos), raconte la légende d'un monstre sacré qui, de sa voix qui "roucoule", "avec le temps", chantera aussi Léo Ferré. On la voit lire L'être et le temps de Heidegger, mais elle déclare préfèrer l'être-pour-l'amour à "l'être-pour-la-mort". Décidément, le temps... Le fantôme d'Edith Piaf (cf. le film "La môme") est évoqué, rejeté. Destin de femme. Sainte Dalida ? Pourtant, Dalida n'a fait que 4 fois la une de Paris Match (Brigitte Bardot 39, Isabelle Adjani 32...).

Deux films hagiographiques (du grec agios," ἅγιος = saint, sacré).
Les médias n'en finissent pas de raconter des histoires de vie. Célébrités, people (gens célèbres pour être célèbres) aux millions de fans suiveurs (followers) ou héros ordinaires, soldats inconnus de vies si quotidiennes : prolongement de Nous DeuxVos Histoires, magazine bimestriel, publie des histoires vécues par des lectrices et des témoignages (Mondadori). Ce n'est plus "la vie des autres" qui fascine mais "vos" vies que racontent et mettent en valeur les romans photos. Objectif : créer une communauté ?
Les histoires de vie appartiennent logiquement aux méthdologies des sciences sociales. Les romans sont souvent des histoires de vie et peuvent relever aussi des sciences sociales (cf. les autobiographies ponctuelles d'Annie Ernaux, par exemple).

Signalons encore, à contre courant, l'essai subtile et savant de François Jullien sur la "seconde vie", qui inaugure l'âge du retrait, de l'accumulation, de la lucidité, "décantation" de l'expérience. Vieillir : on vieillit de très bonne heure. Helléniste et sinologue, l'auteur reprend l'histoire de la philosophie pour éclairer son propos. Epinglant les médias, dont le métier devrait être la lucidité ("la lucidité ne se fait que par forçage et démantèlement progressif de tout l'appareil discursif et idéologique par lequel tiennent à la fois la vie et sa vérité"). La "seconde vie" pourrait être ce mouvement de lucidité continu, dégagement plutôt qu'engagement grégaire, "ex-istence" : "la seconde vie est la vie qui s'est émancipée d'une première vie qui s'endiguait ou, pis encore, s'enlisait". Du bonheur de vieillir...

Références

Pablo Neruda, J'avoue que j'ai vécu, Paris, Gallimard, Folio, 538 p., Chronologie, Index.
Pablo Neruda, Antologia General, Real Academia, Española, Edicion Conmemorativa, 2010, indice onomástico, bibliografía, glosario, índice alfabético de títulos por obra, 714 p.
François Jullien, Une seconde vie, Paris, 2017, Grasset, 187 p.
Das Leben der anderen (la vie des autres), Filmbuch von Florian Henckel von Donnersmark, 2007, Frankfurt, Suhrkamp, 216 p.
"Annie Ernaux, écriture et socianalyse", MediaMediorum
Louis Aragon, Théâtre / Roman, Paris, 1974, Gallimard («Qu'on entende bien que, lorsque je dis le théâtre, le théâtre est le nom que je donne au lieu intérieur en moi où je situe mes songes et mes mensonges.»)

lundi 30 janvier 2017

Concentration dans les médias américains : Verizon - Charter / AT&T - Time Warner


Verizon et Charter relancent le débat sur la concentration dans les médias aux Etats-Unis.
Il s'agit dans ce cas d'une concentration horizontale, concernant uniquement la distribution de contenus à des abonnés. Une telle fusion est aisée à analyser sur le plan de la concentration.
En revanche, la fusion AT&T / Time Warner est une concentration verticale qui concerne d'une part, la distribution de programmes à des abonnés et, d'autre part, d'importantes entreprises productrices de programmes. Elle s'apparente à la fusion récente NBCU / Comcast. De telles fusions mixtes sont difficiles à apprécier.
Après les acquisitions récentes des réseaux câblés de Time Warner Cable et de Brighthouse Networks, Charter est le second Multi System Operator (MSO) de la distribution TV aux Etats-Unis, derrière Comcast, et troisième Multi MVPD (Multi Video Programing Distributor) derrière Comcast et AT&T (qui a racheté DirecTV). Charter compte 17 millions d'abonnés TV mais ce qui motive surtout Verizon dans Charter est la distribution haut débit plus que le câble linéaire.
Ces fusions annoncées dessinent le modèle de la future économie de la télévision : broadband, mobile d'abord, pour la distribution des programmes non linéarisés. Câble, satellite et télécoms sont conduits à se rapprocher. Quid dans cette optique de Dish Networks et de Altice ? Notons encore qu'aucun des acteurs média concernés par ces fusions et acquisitions n'a de participation dans les médias locaux (stations de télévision, networks).

Ces deux énormes projets de fusion constitueront des tests pour la nouvelle administration américaine et la nouvelle FCC.
Tout d'abord, on dit que le nouveau président de la FCC est favorable aux fusions permettant aux groupes médias une meilleure profitabilité, une meilleure compétitivité. Toutefois, durant la campagne présidentielle, le candidat Républicain s'est montré critique envers les groupes média trop puissants, évoquant avec hostilité la fusion AT&T / Time Warner voire même la fusion, déjà bien ancrée dans le marché TV, de Comcast et NBCU.
De plus, la politique de neutralité du net étant remise en cause par la nouvelle administration, les perspectives des MVPD changent ; ils peuvent espérer de meilleurs revenus (cf. la stratégie de zero rating déjà mise en œuvre par AT&T et Verizon) de la distribution. Verizon a acquis des fournisseurs de contenus en ligne comme AOL (dont The Huffington Post) et discute acquisition avec Yahoo!

Quels sont les effets possibles de ces concentrations (ou de leur échec) en Europe ? Liberty Media est actionnaire de Charter Communications et l'a soutenu dans l'acquisition de Time Warner Cable. Liberty Global est le premier groupe de distribution de télévision en Europe (20 millions d'utilisateurs).

mardi 24 janvier 2017

Un nouveau président pour la FCC américaine


Ajit Varadaraj Pai
La Federal Communications Commission FCC qui compte ordinairement 5 membres (3 en ce moment, 2 étant vacants) pilote à Washington D.C. la politique américaine de la communication (TV, radio, télécoms, Web, câble, satellite, etc.). La majorité actuelle est Républicaine (2-1).

Ajit Varadaraj Pai, le nouveau président de la FCC nommé par Donald Trump, n'est pas un nouveau membre de la FCC. Républicain, il y a été nommé commissaire par le Président Obama (7 mai 2012, à la suggestion de Républicains du Sénat) : la FCC doit respecter une partition 3-2 des Démocrates et Républicains, ce qui a conduit un Président des Etats-Unis Démocrate à nommer des membres Républicains et conduira un Président Républicain à nommer un membre Démocrate.
Républicain, Ajit Pai s'y est fait remarquer par des idées libérales, partisan d'une intervention minimale de l'Etat (free market).
Avocat de formation (Harvard puis Chicago Law School), fils d'une famille d'immigrants indiens, il a travaillé au ministère de la justice, à la FCC et a été conseiller pour Verizon Communication ; il est plutôt favorable aux concentrations (AT&T/Time Warner, Verizon/ Charter ?) aux entreprises de télécoms et plutôt hostile à la neutralité du net. Il se déclare soucieux de l'équipement broadband pour tous, du retard du monde rural, se promettant de s'attaquer en priorité au "digital divide".
On peut donc s'attendre à de prochains retournements importants sur le marché américain des médias : quelles conséquences pour Amazon, Apple, AT&T, Comcast, Google, Facebook, Microsoft, Netflix ? Quelles conséquences en Europe ?

Globalement, Ajit Paise déclare partisan d'une régulation légère (not "heavy-handed") et favorable à d'importants investissements d'infra-structure. Retenons trois affirmations directrices de Ajit Pai, mises en avant sur le site de la FCC (source : FCC) :
  • "Consumers benefit most from competition, not preemptive regulation"
  • "Particularly given how rapidly the communications sector is changing, the FCC should do everything it can to ensure that its rules reflect the realities of the current marketplace and basic principles of economics."
  • "Broadband is critical in modern American life. Especially when it comes to innovation, the Internet has leveled the playing field. It’s created a democratization of entrepreneurship. With a good idea and a broadband connection, entrepreneurs anywhere can compete in ways unthinkable a generation ago."

vendredi 20 janvier 2017

La presse automobile entre dans l'histoire par la nostalgie



En septembre 2010, le magazine L'Histoire publiait, avec Les Echos, un hors-série intitulé Le Siècle de l'automobile, qui, d'emblée, déclarait : "on croit fabriquer des automobiles, on fabrique une société". Ajoutons que l'on fabrique aussi une nostalgie. Marshall McLuhan, théoricien de la culture publicitaire, écrira que l'automobile est "l'épouse mécanique" de l'homme industriel (cfThe Mechanical Bride, 1951). "Belle oubliée", "Reine", Déesse"... Que de passion dans la champ sémantique de l'automobile ancienne...
Voiture électrique, voiture sans chauffeur. On est loin aujourd'hui de la mécanique, de la manivelle, de l'euphorie de la Nationale 7 (Charles Trénet, 1955)... Plus la technologie se modernise, plus s'accroît la nostalgie. Effet de générations aussi : à chaque génération ses nostalgies et ses souvenirs automobiles...
La nostalgie demande un recours croissant aux archives de la presse et des marques, à leur monétisation (photographies). L'automobile est toujours objet d'émerveillement et de passion, de luxe et de collection, de bricolage aussi. Tesla, déjà dix ans, nostalgie de l'avenir ?

L'histoire d'une marque appartient à l'image présente d'une marque, à son branding. Des marques automobiles sont devenues légendaires : la DS (décapotable dans The Mentalist), la 2CV, la 4CV et leurs chevaux-vapeur, la 4L... cette dimension est présente dans de nombreux titres où l'on valorise la filiation des modèles nouveaux avec les modèles prestigieux ou légendaires anciens. L'automobile permet la datation d'une époque : "années DS", "années 2CV", titrent les magazines. Une automobile peut donner naissance à un mythe : la DS -déesse - (Citroën,1955), a été élevée par Roland Barthes au rang de mythe, où il voit l'équivalent moderne des cathédrales (Mythologie, 1957). Même la Trabant (Allemagne de l'Est, 1958) a pu devenir voiture culte (trabbi) !

Logiquement, conjuguant culte et nostalgie, la presse magazine a lancé de nombreux titres et hors série consacrés à la célébration de l'histoire des automobiles et des marques : voitures de légende, voitures de collection, voitures fabuleuses... Acheter une marque (un nom), c'est aussi s'offrir une histoire, un patrimoine, une communauté : d'où l'importance pour une marque d'entretenir ce patrimoine (cf. Renault ClassicRenault Classic Car Club).
Nous distinguerons, arbitrairement, les magazines consacrés à une marque et ceux consacrés à un modèle plus ou moins ancien.

Approche par la marque
  • Marques de prestige : Porsche, Ferrari d'abord. La Vie de l'auto célèbre "70 ans de Ferrari" (janvier 2017), L'Automobile magazine, "La magie Ferrari"(HS de novembre 2010). Citons encore "Porsche, la fabuleuse histoire", HS de FLAT 6 Magazine, 9,9€, octobre 2015 ; "La Porsche éternelle", HS de L'Automobile magazine , mai 2012. RétroViseur, mensuel, 5,8 € HS "La saga Porsche", Porsche 911 - De 1963 à nos jours, HS de German Cars Magazine, août 2015. "Les 100 Porsche qui ont fait l'histoire" (HS de German Cars Magazine, décembre 2016, 6,5€). Evoquons aussi British Motors : "le magazine français des belles mécaniques anglaises"... Etoiles Passion. Les Mercedes-Benz d'hier et d'aujourd'hui, 6,5€, avril 2008 ; "Lamborghini Urraco P111, La belle oubliée", Rétro Passion "Ferrari : 70 ans de course automobile", Sport Auto, 14,9€, mars 2017.
  • Ou marques populaire, grand public : Chevronnés, le magazine des passionnés de Citroën, bimestriel, 5,9€), lancé fin 2013, avec la Traction, "reine éternelle", à la une en janvier 2017 ; Citroscopie Magazine. 100% Citroën-Panhard, 5,9€, bimestriel). RClassic ("le mag du losange sportif et collector", lancé en 2015, trimestriel, 5,95€), 4L magazine, "l'univers Renault 4", 4X4 Story, "le magazine de la Jeep" lancé en octobre 2011 (6,9€). Le luxe et le prix n'expliquent pas tout de cette consommation certes ostentatoire mais aussi intime, miroir de la relation à l'automobile !
Approche par les modèles

"Ford mustang : 50 ans de Pony Car", HS de Sport Auto, (14,9€, janvier 2017)Deuches et méhari (le magazine de TOUS les passionnés de 2CV et dérivés), Planète 2CV (1998, relancé en 2003, 5,5€) et 2CV Xpert ("le satellite technique de Planète CV"), 6€, la DS (L'Auto Journal : "les années DS") en avril 2013, Echappement Classic, "DS Compétition & Route. 60 ans spécial anniversaire", les Dauphine Gordini, la Chevrolet Corvette (Big Block, juillet 2013), la Ford Mustang (Big Block, novembre 2012), Torque American Cars Magazine : HS "Spécial Camaro 1967-2017"(janvier -mars 2017, cf. supra), 6,5 € "la fabuleuse histoire". 100% Range Rover, "La Bible du passionné 1970-2015", 5,9€, février 2015. "Voitures cultes des années 70-90" (Youngtimers, lancé en juillet 2014)...

Le cinéma participe à la célébration des automobiles, créant la légende et la notoriété de "belles américaines" (Robert Dhéry, 1961). L'automobile est un personnage (cf. le cas Ford Mustang dans "Un homme et une femme", Claude Lelouch, 1966 , ou encore la Ford Torino, celle de la série Starsky & Hutch et de la NASCAR)...
Contribuent aussi à l'édifice de célébration, à l'hégémonie de la culture automobile, la couverture des rallyes, des courses et de leur historique (Monte-Carlo, 24 heures du Mans, courses de côte, cf. les HS "Le Mans" de Ouest France (mai 2015, 6,9 €), "Les instantanés de Monthléry1963-1970" par Echappement (avril 2015). Mentionnons encore la réactualisation : Rétro Course. L'actualité des courses de voitures historiques, "le premier magazine 100% véhicules historiques" (mensuel, 6,9€). La nostalgie s'alimente de collection : "4000 voitures de collections de 1900 à 1984" (HS de La Vie de l'Auto, juin 2015, 6,1€), voir "La traversée de Paris. Le musée à ciel ouvert" (janvier 2017, La Vie de l'Auto), qui s'affirme"le numéro 1 de la presse auto de collection". Voir aussi Rétro Passion Automobiles, "La voiture ancienne autrement", 
Classic & Sports Car, "Le N° 1 mondial des magazines de voitures anciennes" (5,95€, 2008), Gazoline : "vivre au quotidien la voiture ancienne" (1995), mensuel, 4,2 € ; carbu, " Le premier magazine 100% technique et restauration de l'automobile ancienne", lancé en mars 2009. Nitro, "L'univers de l'américaine depuis 1981", bimestriel, 5,8€ ; Auto Collector & Classic, Autoretro, mensuel, 5,6 € (sous-titre  : "Soyez moderne, roulez en ancienne !"), "Le n°1 de l'automobile de légende depuis 1980", Auto Plus ClassiquesMaxi Austin Le magazine des anciennes Mini (trimestriel, 6,9€) qui a publié un hors série Spécial 50 ans Mini (1964 - 2014), 9,9€, Mustang & Shelby Magazine (2013, trimestriel)... Et enfin, Passion 43ème ("Tout l'univers de l'auto miniature", bimestriel,  6,5€), le monde ancien des Dinky Toys..., Auto modélisme, "le magazine de la miniature automobile", avril 1995, 6,5€.
Cette accumulation, volontairement en vrac, de titres et de hors série, loin d'être exhaustive, témoigne du foisonnement et de l'actualité de l'histoire de l'automobile. Un marché de l'automobile ancienne s'est structuré, un champ ou un écosystème, avec ses guides d'achat, ses collectionneurs, ses manifestations, ses clubs, ses associations, etc.), ses fascicules, ses petites annonces, ses conseils de bricolage, ses musées, ses salons. Et surtout, sa presse segmentant des passionnés par milliers... La presse automobile, lie et mélange du passé plaisir et du présent utile. Elle rentre dans l'histoire en passant par la nostalgie.

Terminons cet inventaire désordonné avec "la petite auto", poème visionnaire de Guillaume Apollinaire, inaugurant, il y a un siècle, une "époque nouvelle" :

"Nous comprîmes mon camarade et moi
Que la petite auto nous avait conduits dans une époque
Nouvelle
Et bien qu’étant déjà tous deux des hommes mûrs
Nous venions cependant de naître"

Calligrammes, 1918 (Gallimard, 1965)


*Mentionnons, non sans réticence, l'histoire refoulée de la Volkswagen, hitlérienne : issue du dessin d'un ingénieur juif dépossédé, attribuée à Ferdinand Porsche et Adolf Hitler, devenue Käfer, Beetle ou Coccinelle et inspirant la 4CV de Renault...