lundi 19 juin 2017

daron magazine : pères sévères, ou pas ?



daron : les hommes et les enfants d'abord, "Le magazine des pères qui savent se servir d'une éponge". bimestriel, 5,9€, 84p. Distribution Presstalis.

Des pères de famille, Charles Péguy, qui eut quatre enfants, disait qu'ils étaient les "grands aventuriers du monde moderne". Cela vaut bien un magazine que l'on dira masculin puisqu'il existe des magazines féminins pour traiter de la grossesse, des jeunes enfants... Et il existe ausssi des magazines dits parentaux...

Financement participatif 
daron a été mis en vente pour le week-end de la fête des pères, les 17-18 juin 2017.
Le magazine a été financé grâce au financement participatif (cf. liste des contributeurs publiée dans daron, cf. ci-contre). Le financement (crowd funding) a été organisé par la plateforme de financement Ulule.
Le financement participatif est à l'origine de plusieurs titres récents de la presse magazine française : le mensuel L'Accent Bourguignon, le mensuel bilingue Verity Magazine (avec la plateforme KissKissBankBank), le mensuel de BD, AAARG! ou Gonzaï avec Ulule comme daron.

daron vend son espace aux annonceurs avec élégance : des pages de publicité axées sur le rock (concerts, e-commerce édition), sur la santé aussi... Affinité ? On ne ressent pas d'encombrement. Editorial riche : articles sur le droit, sur le voyage, sur les règles, le rasage, sur les pères dans les séries télé, sur les comptines, etc. Le lecteur et la lectrice ne s'ennuiront pas.

Le père, parent pauvre de la presse traditionnelle
L'objectif éditorial de daron : réalisme d'abord ; redresser l'image des pères, s'opposer à celle qu'en donne une presse traditionnelle, dite "féminine", à celle qu'en donne la publicité peut-être ?
"Si daron s'adresse aux pères, c'est aussi, et avant tout, pour parler d'eux, en questionnant, pour la première fois, quelle est leur vraie place aujourd'hui, et en donnant au passage une vision plus conforme à la réalité, plus en phase avec le quotidien des familles que les préjugés et les stéréotypes encore trop souvent véhiculés dans la presse traditionnelle". "Le père a toujours été le parent pauvre de la presse traditionnelle", affirme Hugo Gaspard dans l'édito.
Iconoclaste, daron se promet ainsi de "transgresser les codes de la presse masculine". Vaste programme !
Aborder une parentalité transformée par la divorcialité (familles décomposées, recomposées), par l'adoption, par le chômage aussi... Cible marketing ? Intention d'être père ?
Le style de vie d'un homme est modifié par la paternité : réduction de son activité professionnelle (cf. Stéphanie Govillot, INSEE, "Après une naissance, un homme sur neuf réduit ou cesse temporairement son activité contre une femme sur deux", INSEE première, 25 juin 2013). L'influence d'une naissance sur la carrière, plus subtile, est sans doute plus difficile à repérer, à évaluer, à dire...
Le métier de père dure toute la vie : changer le bébé, lui donner son bain, aider une adolescente à aimer les maths et le solfège, lire des histoires à n'en pas finir, cuisiner, participer à la réunion des parents d'élèves, amener le bébé chez le pédiatre, aller au supermarché, partager la liste des courses, aider à trouver des stages, un premiers emploi... daron a un bel avenir éditorial devant lui car les changements de vie qu'amène la paternité sont plus lourds que ne le mesurent les indispensables statistiques démographiques (la fatigue et ses variations, le stress, les soucis incesssants, la gestion impossible des emplois du temps...).
Combien de pères en France, quels âges, quels enfants ? Difficile de savoir. L'INSEE nous apprend que l'on comptait en 2013 plus de 6 millions de couples avec au moins un  enfants de moins de 18 ans. Au moins autant de pères actifs donc (lecteurs potentiels) ? Mais la démographie ne dit pas tout : au-delà du cadrage, il faudra beaucoup de clustering et de data pour échapper aux lancinants clichés, qu'il s'agisse de journalisme ou de publicité. Et puis, combien de temps est-on père, à vie ? Et combien de grands-pères, "vaincus par un petit enfant" (Victor Hugo) ?

N.B. daron ? Pourquoi ce mot ancien signifiant parent, "mot vieli resté dans l'argot" (mais il y a aussi "daronne") ? Le "maître de la maison" (chef de famille ! ), dit le vieux Littré. Le mot est-il connu aujourd'hui, de qui ? En tout cas, "daron", sans majuscule, fait moins sérieux que père, met à distance pour mieux inciter à réfléchir en pères, sévères ou pas.


Références

Fabienne Daguet, INSEE Première, N°1663, 28 août 2017.

Laurent Lesnard, La famille désarticulée. Les nouvelles contraintes de l'emploi du temps, Paris, PUF, 2009, 213 p.

Médias en miettes : la semaine des conjoints actifs

Alice Mainguené, "Couple, famille, parentalité, travail des femmes. Les modèles évoluent avec les générations, INSEE Première, 1 mars 2011

Fathers, magazine trimestriel, 15€, mars 2015

Sara Brachet et al., "Avoir des enfants dans un contexte d’incertitude économique : une comparaison entre l’Allemagne et la France",  Allemagne d'aujourd'hui, N°28, 2016/4

"Etre père aujourd'hui", Enquêtes départementales de l'UNAF / UDAF, 2015-2016

2 commentaires:

Laura Dudragne a dit…

Bonjour François,
Je trouve que ce magazine soulève un problème important de société aujourd'hui. Ce magazine se veut comme libérateur du papa encore moins bien perçu que la mère, il soulève un nombre important de clichés. Il est également un des seuls présents sur le marché...
Après un petit tour sur leur site, ils surfent sur les sujets qui collent à la peau des pères : rôle secondaire, charge mentale mal partagée, sexualité féminine, papa cool/maman organisatrice...
J'ai d'abord eu peur que les auteurs ne tombent justement dans ces clichés en jouant sur l'image du mauvais père, l'infantilisation de ce dernier en lui expliquant l'influence d'un enfant sur sa vie, en se posant des questions sur sa vraie place dans la famille en tant que papa super héro...
Mais le ton des articles est bienveillant, les articles sont pleins d'humour et bien écrits. Ils arrivent à traiter des sujets importants tous en gardant une bonne dose d'entertainment et sans tomber dans le mauvais goût. Je regrette cependant qu'il faille encore séparer la presse féminine et masculine sur un tel sujet !

Mathilde Potier a dit…

Dans le mot féminisme, il y a le terme "Femme", néanmoins, dernière cette sémantique se cache un combat en faveur de tous et les hommes ne doivent pas être exclus de cette tendance.

L'arrivée sur le marché du magazine Daron illustre bien cette volonté de réussir à casser les clichés existants sur les rôles exercés par les hommes et les femmes au sein la société.
Le magazine est inédit car il est le premier à s'adresser aux hommes en tant que père, et la paternité y est abordée de façon très moderne dans la mesure où des sujets comme l'homoparentalité ou la monoparentalité sont traités.
Personnellement, je trouve la démarche très intelligente, car elle permet aux pères se posant toutes sortes de questions de trouver des réponses facilement à travers des articles traités avec un ton humoristique tout en restant sérieux.

Bien qu'étant d'accord avec Laura sur le fait qu'il est regrettable de séparer aujourd'hui la presse féminine et masculine, je pense cependant que la mise sur le marché de ce type de magazine est une étape tant importante que nécessaire pour arriver à l'unité.