lundi 24 mars 2014

Morts en séries : "The Good Wife"


Quand un acteur veut quitter une série, il faut que son personnage meure.

Spoiler Alert !

Coup de tonnerre à la télé américaine : l'un des personnages clefs de la série "The Good Wife" est mort dimanche dernier sur CBS, en plein prime-time, au cours de la cinquième saison. Josh Charles, l'acteur, ne voulait pas signer pour quelques saisons de plus, alors son personnage a été tué d'un coup de fusil, en plein tribunal.
Le choc est tel que les créateurs et producteurs, Michelle et Robert King, ont rédigé une lettre pour se justifier auprès des téléspectateurs et fans, lettre publiée par le site de l'émission (Episode 515) : "death is a part of the human experience that we want to share"...

Décidément, beaucoup de morts regrettées au cours des dernières années. Déjà, Taraji P. Henson (Joss Carter, la policière bien-aimée de "Person of Interest", CBS) est morte assassinée. Matthew, personnage central de "Downton Abbey", PBS) joué par Dan Stevens est mort dans un accident de voiture, laissant une veuve enceinte, Lady Mary, pour poursuivre sa carrière au cinéma. Brody ("Homeland", Showtime), condamné à mort par un tribunal iranien, pendu, laisse lui aussi une femme enceinte (Carrie)... En revanche, avec Finn Hudson ("Glee", Fox), le personnage doit disparaître quand l'acteur meurt (Cory Monteith)...


N.B. "The Good Wife" est diffusée en France depuis 2011 sur M6, puis sur Teva.

samedi 22 mars 2014

L'abonné, un risque d'exécution calculé ?


Fusions et acquisitions dans le câble aux Etats-Unis (Comcast / Time Warner / Charter Communications) ou dans les télécoms en Europe (SFR / Bouygues ou Numéricable ; Vodafone / ONO ; Vodafone / Kabel Deutschland, par exemple). Analystes et journalistes spécialisés y vont de leurs prédictions stratégiques et de l'estimation des risques d'exécution.
Or, nous avons affaire à des entreprises qui vendent et achètent, entre autres, des abonnés. Or ces abonnés sont souverains, même s'ils sont entrés dans un contrat avec l'opérateur.

Risques d'exécution ? Ces risques se trouvent aussi du côté des abonnés. Les degrés de liberté des abonnés sont limités mais ils existent (portabilité des numéros, durée limitée de l'engagement, durée du préavis de résiliation, reprise d'engagement... ). L'abonné n'est pas fidèle par défaut mais par intérêt.
Il peut migrer d'un opérateur télécom vers l'autre, passer du câble au satellite... Il n'est la propriété d'aucun opérateur.
ChurnCord-cutting ? Autant de réponses possibles des abonnés. L'abonné consommateur veut un système flexible et simple lui permettant de profiter à tout moment du meilleur service au meilleur prix dans un univers commercial et technologique. Les changements technologiques alimentent une occasion continue et renforcée de changements d'appareils, de services, de fournisseurs, d'abonnements.

En France, l'entrée de Free sur le marché du mobile, a provoqué de forts déplacements d'abonnés. L'arrivée de l'iPhone aussi. Aux Etats-Unis, on observe que les plus gros consommateurs de streaming (Netflix, Amazon Prime) sont les plus prompts à se désabonner du câble. Selon une étude de Morgan Stanley auprès d'un échantillon représentatif de 2 500 personnes : 28% des 18-29 ans déclarent envisager de se désabonner au cours de l'année, 20% pour l'ensemble des abonnés). Depuis 2011, le câble a perdu près de 4 millions d'abonnés (source : SNL Kagan), tandis que les télécoms (Verizon / FiOS, AT&T / U-Verse) en gagnaient 3 millions.

vendredi 14 mars 2014

Google et Facebook aux commandes des médias français d'actualité ?


Depuis des lustres, en France, on vote des aides, des subventions, on légifère, impose et réglemente les médias. Au bout des comptes, une statistique de AT Internet donne une des clefs de la situation : plus de la moitié du trafic des médias d'actualité français en ligne provient de Google, Facebook et Twitter (cf. infra).

Voilà qui appelle à réflexion. Pour aider les médias français faudrait-il les aider à acheter du référencement, de la clientèle, de la notoriété sur les méta-médias que sont, entre autres, Google, Facebook ou Twitter ? Quel budget les médias français consacrent-ils déjà aux méta-médias ?
  • Appelons méta-média, un média qui oriente la consommation des médias (guide de programmes, moteur de recherche, etc.)
  • Notons que Twitter apporte peu de visites malgré tous les discours exclamatifs sur tel ou tel record du nombre de tweets en lien avec un événement télévisé. Beaucoup de bruit pour rien : on attendait Twitter, et ce fut Facebook... 
  • Que change/ra le mobile à cette statistique ?
Source : AT Internet, mars 2014

jeudi 13 mars 2014

Aereo insupporte les puissances télévisuelles américaines


Aereo permet de recevoir aisément, sur tout support numérique, mobile ou non, les stations de télévision d'un marché local aux Etats-Unis. Avant que la Cour Suprême ne se prononce sur son avenir, le 22 avril, Aereo aura eu au moins un mérite, celui d'avoir déchaîné la fureur calculée des "experts" et groupes de pression divers en matière de télévision. Rien de tel qu'une menace pour faire voir, comme un précipité, tous les intérêts et forces de conservation en jeu dans l'économie télévisuelle américaine.
  •  Dans des avis (amicus briefs) adressés à la Cour Suprême des Etats-Unis, les groupes de chaînes et de stations font valoir que Aereo avec son "gadget" (technological gimmick) menacerait tout l'édifice télévisuel américain et la législation du Copyright. "Aereo seeks to subvert a carefully constructed legal framework with a technological gimmick". Sont en question, selon la National Association of Broadcasters, les "retransmission fees". Et puis, Aereo provoquerait une migration des émissions populaires gratuites vers la télévision payante. Bien sûr, des professeurs de droit ont largement exprimé ce point de vue dans le Los Angeles Times ; ce quotidien régional grand public appartient à... Tribune Company, qui est le premier groupes de stations de télévision.
  • Des groupes de pression canadiens et même mexicains y sont allés aussi de leur amicus brief selon lequel Aereo menace les traités internationaux : interventions du Canadian Media Production Association, de Music Canada, de l'Alliance of Canadian Cinema, Television and Radio Artists (ACTRA).
  • Les ligues sportives ne sont pas en reste : la NFL et le MLB ont fait savoir à la Cour Suprême que Aereo pourrait remettre en question l'accès gratuit aux sports populaires, dont le football et le baseball.
  • Les networks commerciaux renchérissent et font savoir que leur hostilité est absolue. Ainsi, Fox menace de diffuser son network exclusivement sur le câble, court-circuitant les stations locales. De son côté, le groupe CBS menace, en cas de victoire d'Aereo, de diffuser le network sur le Web (OTT). 
  • Le ministère de la justice de l'administration Obama (Justice Department) et le United States Copyright Office ont également pris parti contre Aereo.
  • Même PBS, network de service public (351 stations), se joint aux groupes de stations commerciales, au nom de la défense du copyright.
Cette formidable mobilisation contre Aereo confirme à quel point le modèle économique de la télévision américaine repose sur les stations locales et leurs regroupements publicitaires (du type barter syndication). Le 22 avril 2014 sera une date clé de l'histoire de la télévision aux Etats-Unis.


     Sur Aereo
Aereo TV numérique sans câble
Aereo et l'avenir du modèle américain de télévision
La télévision partout sur tout support numérique

dimanche 9 mars 2014

La TV des jeunes adultes américains


Marques préférées par les 16-34 ans ("Millennials")
Enquête initiée et payée par Verizon Digital Media Services. Donc plutôt du travail courant de relations presse que de recherche neutre ; prétexte à communiquer, à rassurer des actionnaires ou les clients.
On n'attend donc pas de grandes surprises de cette enquête. Effectivement, il n'y en a guère, à deux réserves près.

Le métier de Verizon Digital Media en matière de télévision, c'est de vendre un ensemble de chaînes (bundle de 150 à 300 chaînes ; cf. "Build your bundle") à ses clients qui achètent aussi des abonnements au téléphone, fixe ou mobile.
Le cœur de cible de son marketing, ce sont les "millennials", personnes de la génération Y, devenues adultes au début des années 2000, nées après 1980. L'objectif de cette enquête est de connaître les comportements actuels et futurs de cette cible.
Ces réponses sont des déclarations (ni le questionnaire ni le guide d'entretien ne sont publiés).
L'échantillon des enquêtés est représentatif de la population américaine.
- quanti : 1 000 personnes interrogées (passation d'une durée moyenne de 23 mn) auprès de 800 personnes de 16-34 ans et de 200 de 35-64 ans.
- quali : 8 entretiens semi-directifs au domicile (durée moyenne : 30 à 40 mn). Terrain : Hub Entertainment Research (novembre 2013).

Milleninals & Entertainement (mars 2014). Principaux résultats :
  • Ces jeunes adultes privilégient la vitesse (débit) et le confort de vision : ergonomie, immédiateté ("fewer steps between content selection and the moment of viewing"). Impatients, il leur faut des médias immédiats. Culture Apple (iTunes, Apple TV) ?
  • Ils regardent beaucoup la télévision en ligne, elle représente plus du tiers de leur temps télévisuel (12% seulement pour les plus âgés).
  • De nouvelles habitudes se mettent en place: ils veulent tout à la demande. La télévision, c'est où et quand ils veulent (omni-content distribution, TV Everywhere), plusieurs épisodes de suite éventuellement (binge viewing, marathoning). Dans sa forme linéaire courante, la télévision ne leur convient pas.
  • Faible demande de télévision interactive.
  • Marques préférées par les 35-64 ans
  • Leur consommation est multi-plateforme, certes, mais pas au point de recourir à un second écran pour une activité en relation avec une émission. Pendant l'émission, ils consultent Facebook, effectuent des achats en ligne, et, dans une moindre mesure, ils tweetent ou lisent un eBook. Adeptes du multiscreentasking, donc, mais peu de la social TV. C'est la première surprise; elle invite à scruter les modalités de production des statistiques souvent euphoriques de la social TV.
La seconde surprise concerne les marques.
Les millennials sont moins fidèles aux marques, plus susceptibles d'en changer. Leurs marques préférées sont pour partie différentes de celles de leurs aînés : Netflix, Apple, Samsung, apparaissent dans la liste des dix premières. Aucune chaîne de télévision généraliste linéaire (network) n'y figure mais YouTube est plus souvent nommé. ESPN n'est présent dans aucune des deux listes. HBO non plus.
Un glissement télévisuel se fait jour, d'une génération à l'autre, en faveur de deux marques payantes, Apple et Netflix et de deux méta-média gratuits : Facebook, Google/YouTube. Toutefois, il faut tempérer cette appréciation : les quatre networks ne sont pas crédités, comme il conviendrait, de leur présence au travers de leurs émissions. Cette dimension serait difficile à prendre en compte par ce type d'enquête brêve, aux questions simples. Problème méthodologique difficile à débrouiller.

mercredi 5 mars 2014

Du Web pour compenser la télévision ? Vers un contact tout écran ?


La chaîne de télévision américaine ABC (network de Disney) proposerait à ses annonceurs la possibilité de combler on-line, sur ses sites, un déficit d'audience off-line sur sa chaîne. On dit aussi qu'il arriverait à Fox, dans certains cas, de recourir au site de vidéo Hulu, pour des compensations.
Le principe de compensation par des make-goods ou Audience Deficiency Units (ADU) est appliqué depuis longtemps par la télévision américaine, notamment pour les achats effectués sur l'upfront market : la chaîne compense un éventuel déficit de GRP sur la cible achetée par des GRP de même nature : même chaîne, même cible, même tranche horaire. Il s'agit de la mise en œuvre de la garantie d'audience accordée à l'annonceur qui achète son espace publicitaire longtemps à l'avance.

Ce qui est nouveau, c'est de compenser on-line un déficit off-lineCela laisse augurer des plans TV conçus d'emblée comme mixtes, associant des emplacements TV et des emplacements Web. L'évolution de la mesure des audiences va dans ce sens : ainsi du Digital Program Rating (DPR, Nielsen), qui mesure l'audience du streaming des émissions sur le site des chaînes et devrait bientôt intégrer le mobile. C'est la direction que suggèrent, en France, les outils OCR Nielsen / Facebook ou encore le panel mixte TV-Web de Google / Médiamétrie. La consolidation de mesures hétérogènes reste toutefois un problème.

Jusqu'où peut-on pousser ce principe de "porosité" entre on- et off-line (l'expression est de Nielsen) ? Assistons-nous à la mise en place d'une monnaie publicitaire unique, tout écran, indifférente aux particularités de ces écrans (tailles, ergonomies, contextes de consultation), indifférence facilitée par le responsive design (RWD) ?
Alors, qu'importe l'écran, pourvu qu'on ait le contact ?
Dans ce cas, pourquoi ne pas étendre ce principe aux écrans DOOH, écrans du métro, des points de vente, des aéroports, des centres commerciaux, des gares ? Ou encore au cinéma en salles ?